Pour une studécratie française

Cette lettre au président propose un principe de studécratie en réponse à plusieurs problématiques, certaines découlant de la loi ORE : l'Université n'est légitime pour sélectionner sa communauté que si celle-ci dispose du pouvoir d'élire directement les gouvernements modulant cette sélection. Cette thèse implique l’inconciliabilité de Parcoursup et de l'actuelle gouvernance universitaire.

Monsieur le Président de la République,

Au destin de la France, mère aînée de l’universalisme, se mêle celui des universités. Cette vérité traverse la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants qu’a soumis le Gouvernement à l’examen du Parlement et de la Nation. Dans ce cadre, par ces mots, j’ai le souhait, Monsieur le Président, de défendre une avancée qui, si vous l’épauliez, inscrirait votre action dans l’union séculaire agrégeant France et Université.

Ici nommée studécratie, cette entreprise a pour fin le gouvernement de l’université par les étudiantes et les étudiants, pour autant qu’un cursus les y rattache, qu’une mission d’enseignement les y anime ou qu’une quête de recherche les y occupe. Elle a pour moyen l’élection du président au suffrage universitaire direct.

L’approfondissement libre du savoir, soit l’existence universitaire, a toujours catalysé l’orientation et la réussite étudiante. Toute mesure renforçant cet apport sert l’intérêt public et, par là, l’intention préfaçant le projet de loi ORE mérite salutation. Toutefois, en délaissant le volet civique de l’orientation et de la réussite, cette loi entérine un déclin du lien entre l’Université et sa communauté.

En effet, le chemin politique de nos facultés longe celui de notre pays. Il a son tracé propre que la France : des franchises universitaires à la loi relative aux libertés et responsabilités des universités, a pris soin de préserver. La loi ORE, prônant l’autonomie des politiques d’admission au sein des établissements, s’inscrit d’ailleurs dans cette continuité.

Cependant, notre démocratie manque à cette autarcie, et si la neutralité des droits d’accession a pu bercer la critique étudiante à ce sujet, en assurant les libertés de parcours aux sources de l’actuelle existence universitaire, tel n’est plus le cas aujourd’hui. Aujourd’hui, ces citoyennes et ces citoyens, membres légitimes des académies, leur portent un regard éclairci.

Que leur apparaît-il alors, Monsieur le Président ?
Que le pouvoir de l’Université croît comme le leur s’y réduit.
Que les conseils en charge de l’administrer n’ont de légitimité qu’au mieux dérisoire.
Que les modalités de son gouvernement conditionnent l’intrusion du politique dans les travaux de recherche et d’enseignement.
Que les collusions d’intérêts opaques y égalent la délusion sociale.

Dois-je étoffer la liste ? D’autres y seraient plus à même, et nul mieux que les multiples voix du monde étudiant. Et dois-je évoquer la présidence universitaire ou inter-universitaire ?

Monsieur le Président, en cette matière, une nocive impuissance a fait place aux maux de la régression. Régression actée vis-à-vis de la République. Car cette instance, naguère maillon d’une direction fonctionnariste, bafoue les avancées au cœur de notre idée nationale du gouvernement non salarial d’assemblées publiques. Nous trouvons donc à la tête des facultés ces personnes sans mandat de leurs gouvernés, dirigeant sans vrai contre-pouvoir, nanties par suite de longs leviers d’influence sur leur réélection, n’ayant dès lors aucun compte à rendre en leur domaine, et sous le joug desquelles les universités se croient fondées dans des actes antidémocratiques, tels la dissimulation aux Françaises et aux Français du détail de leurs procédés d’admission, entre autres faits d’actualité peu reluisants.

En somme, cette fonction n’a de président que le non Gaullien. Elle est indigne de l’attachement du pays à ses universités. De là, le principe de lui faire résistance et de réprouver tout commandement de la vie académique issu d’elle est sain dans son rapport à notre République. Et tout ordre qu’elle peut invoquer contre l’expression de ce principe dénature l’ordre républicain.

Monsieur le Président, bien des pouvoirs sont vôtres : comme chef de l’État celui d’agréer ce diagnostic et de porter l’évolution qui établira dans toute sa gloire la société universitaire, et comme être humain celui de ne pas faire cas de l’opinion que je vous soumets. Pour ma part, j’ai l’espoir que l’attachement intime et unique de votre fonction à la Constitution de la Cinquième République, ainsi que votre attachement personnel au peuple et au monde étudiant, vous presseront d’agir pour une studécratie française.

Sur ce, m’excusant d’avance si cette lecture fut un gâchis de votre précieux temps, je vous rends à votre inestimable mission et vous prie d’accepter, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération.

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