PLFR : le gouvernement remet une pièce dans la machine

Alors que la puissance publique mobilise 20 milliards d'euros pour l'injecter dans l'économie et faire face aux lourds impacts de la crise sanitaire, aucune conditionnalité n'est exigée de la part des industriels bénéficiaires qui participent pourtant à entretenir le modèle économique dévastateur sur les plans sociaux et environnementaux que nous connaissons aujourd'hui.

Entre le krach de 2008 ; la crise industrielle et sociale qui s'en est suivie dont la mobilisation des gilets jaunes, plus de 10 ans après, montre encore les blessures tenaces de celles et ceux qui en ont réellement fait les frais ; la crise de notre système démocratique représentatif qui n'a jamais autant été boudé par les électeurs ; la crise écologique sans précédent qui conduit à un dérèglement climatique palpable et son lot des désastres environnementaux ; et la crise sanitaire qui dévoile les failles de notre puissance publique pour protéger correctement sa population : qui ne peut voir le lien entre cette conjonction de crises et les limites de notre société de marché qui fait reposer la responsabilité de la régulation de nos besoins et de nos vies sur la concurrence des intérêts économiques des géants industriels ?

Dans son discours solennel du 14 avril dernier, Emmanuel Macron évoquait l'un des effets insoupçonnés de la crise sanitaire et du confinement. La remise en place de l'échelle de la valeur sociale : ces fonctionnaires qu'on se vantait de brader à grands nombres dans les projets présidentiels, ces livreurs.es ubérisé.es qui n'étaient même pas légitimes à bénéficier de la Sécurité Sociale ; ces métiers mal-rémunérés, davantage vecteurs de bien-être social que de profitabilité, ces femmes et ces hommes qui n'étaient rien hier, ils deviennent tout aujourd'hui. Au péril de leur vie, c'est grâce à eux que nous pouvons bénéficier de l'essentiel.

Pourtant, loin de lier le discours aux actes, ceux qui nous gouvernent continuent aveuglément dans la même direction. Biberonnés au discours libéral et armés d'une foi inébranlable - presque divine - dans le salut technologique qui viendrait des "fintech's, biotech's ou autres greentech's", la Start-up Nation remet une pièce dans la machine en mobilisant la puissance publique comme béquille du libre-marché. 20 milliards sont mobilisés dans le Projet de Loi de Finances Rectificative d'urgence sanitaire, ils s'ajoutent aux 4 milliards dédiés au fond de secours des start-up's, sans aucune conditionnalité écologique ou sociale. Campés sur leur position, le gouvernement et les députés de La République En Marche vont jusqu'à rejeter les amendements les moins ambitieux qui visent à conditionner ces aides au simple respect des accords de Paris sur le Climat. Malgré une crise qui ébranle les fondamentaux et les croyances collectives, un rapport de force considérable de la puissance publique face au secteur privé, quel incroyable paradoxe que de voir ceux qui se présentaient hier comme des "marcheurs", acteurs centraux de ce "monde qui bouge" se cramponner au chemin de l'inertie productiviste. Faire le choix que rien ne change. Quel manque d'imagination et de courage.

Plutôt que d'attendre béatement que se multiplient ces innovations industrielles, ces véritables "révolutions" à parts-entières qui en viennent aujourd'hui à désigner le passage d'un gadget hors de prix à sa nouvelle version redessinée, toute aussi gadget et hors de prix... il serait temps de faire le paris de l'innovation humaine. Celui qui réinventera nos rapports au temps, à la consommation, à la nature, au travail, qui proposera un nouveau pacte social. Machiavel disait pourtant que c'est dans les crises les plus profondes que le prince doit se révéler le plus impétueux, mais loin d'être le vecteur du nouveau monde qui vient, ce gouvernement a décidé d'être le dernier rempart de l'ancien. Plus qu'à attendre qu'il s'écroule avec...

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