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Billet de blog 16 févr. 2019

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Contre l’école de la confiance, bâtissons une école du commun ?

Avec « la tenue qui doit inspirer l’autorité » des enseignants ou les drapeaux français et européens obligatoires dans les salles, les débats à l’Assemblée nationale s’éloignent du fond du problème... Pourtant il y a urgence.

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Ce sont des vieilles recettes, mais elles marchent toujours. Claire O Petit avait ironisé dans le Canard enchaine en 2017 sur la tenue des profs en jean, reflets selon elle d’une société en panne d’autorité. Avec les drapeaux, l’hymne, le sempiternel débat sur l’uniforme des élèves, jusque sur le devoir de réserve des enseignants, l’Assemblée s’éloigne des véritables préoccupations des enseignants, comme le rappelle cette collègue dans son tweet : 

La profession est à bout de nerfs et les réformes au forceps épuisent tout le monde, alors même que l’on rencontre une vraie crise du recrutement. A laquelle il est proposée de pallier en offrant des suppléances de cours à des surveillants (AED), alors qu’ils sont encore en licence, ne seraient pas formés, et payés 600 euros au mieux. Dans les établissements, les DHG sont catastrophiques (les Dotations Horaires Globales, le nombre d’heures d’enseignements attribuées à un collège ou un lycée, un tableau qui détermine les moyens humains et le nombre d’élèves par classe). Partout les heures baissent, le nombre d’élèves par classe augmente. A la rentrée 2019, en leur imposant une 2e heure supplémentaire obligatoire, le gouvernement prépare des profs surchargés, plus qu’ils ne le sont déjà. Une heure en plus, ça n’existe pas : c’est une classe en plus. Donc trente cinq copies supplémentaires par évaluation à corriger, et des préparations nouvelles. 

Le ministre se fourvoie en pensant qu’on peut faire mieux avec moins. Ce qui disparaît aujourd’hui, c’est aussi et surtout des enseignements d’exploration, culturels et artistiques, et le temps disponible par enseignant pour se consacrer à des projets pédagogiques. Comment, pressés par le temps et le nombre, ceux-ci trouveraient encore le temps d’innover ? Et enfin, en faisant sauter par ci par là des postes de stagiaires, de contractuels, de remplaçants, ce sont autant d’adultes qui manqueront auprès des élèves pour être des oreilles attentives, des conseils comme des garde-fous alors que #Pasdevagues a montré le ras-le-bol face à toutes les violences scolaires, les plus visibles comme celles à bas bruit, en premier lieu les harcèlements sexistes ou homophobes. 

C’est en définitive ne pas considérer les profs comme des professionnels que de les ramener à leur tenue pour croire que c’est leur dernier moyen de se faire respecter. Ce qui fait le respect de nos élèves et leurs parents, c’est la qualité de l’enseignement et le rapport social et humain inhérent à notre métier. Peu importe ce qu’il y a au mur ou la longueur de leurs jupes. Des personnels épuisés, sous-payés et méprisés ne tiendront pas longtemps la désormais très fragile charpente de l’éducation nationale. 

Une autre politique est pourtant possible, et nécessaire : elle passe par une revalorisation du métier à commencer par les salaires et l’amélioration des conditions de travail. Il y a urgence à écouter les souffrances de tous les travailleurs de l’éducation. C’est en effet en impliquant largement le plus grand nombre, enseignants, personnels et élèves que l’on pourra relever, un peu, l’édifice. Les chantiers à venir sont nombreux, massifs. Tout cela a un coût m’objectera-t-on. La politique est une question de choix. Combien d’enseignants pourrait-on former avec les 30 milliards que l’on engloutit dans la dissuasion nucléaire, vieil héritage de la guerre froide ? 

Créer des espaces de lutte, de résistance n’a jamais été si important mais autant difficile, tant les injonctions à rentrer dans le rang sont nombreuses et viennent parfois de collègues, résignés. Quand on voit le nombre d’établissements en grève reconductible depuis le 5 février, on se dit « voilà des gens courageux », et je regrette aussi qu’ils soient si peu nombreux. On comprends les lassitudes. Le sentiment que dans l’éducation comme ailleurs la grève n’est plus audible - tant les gouvernements précédents ont tout fait pour les rendre muettes, et tant le pouvoir actuel y est sourd. Le sentiment que de toute façon, « la réforme est déjà passée, il faut bien l’appliquer ». Qu’aussi, ce n’est pas si pire. Tentés par l’individualisme, beaucoup se disent s’en sortir à bon compte, sans voir le contractuel non renouvelé ou le poste de stagiaire fermé. La destruction de notre modèle éducatif est pourtant décidée, mais elle se fait à petits coups, discrets, des entailles à peine visibles - mais qui fragilisent assurément l’ensemble. 

Demain, et pas dans dix ans, demain, l’école sera réglée par une loi de l’offre et de la demande. Aux plus compétitifs, mieux dotés en divers capitaux, les meilleurs places dans Parcoursup, les plus larges offres éducatives. Aux moins bons, aux défaillants, aux enfants des marges, les restes. Ils viendront allonger les files d’attente à l’entrée de l’université. On pourra toujours dire que de toute façon ils étaient mauvais élèves, il faudra bien se rendre compte un jour que c’est nous qui les avons laissé devenir ces mauvais élèves, leur enlevant une à une les chances de se relever. 

Heureusement il existe des moyens de lutter. Comme le proposent le collectif Questions 2 Classes, le GFEN, les pédagogies Freynet, inversées, critiques, émancipatrices. L’autogestion. Avec ou à côté du syndicalisme. Il faut d’abord accepter d’en débattre, de se réunir et de s’indigner. Il faut opposer aux discours managériaux de l’administration les réalités humaines. Il faut convaincre largement, il faut informer les parents, éveiller les consciences de nos élèves. Ne pas penser en rentabilité (« ça ne sert à rien on va perdre »), mais en expériences concrètes, partagées. Grappiller ici et là des victoires, les accumuler. Ne pas se résigner. S’encourager. Se montrer solidaires, partout, tout le temps. Montrer qu’une autre école existe, une école du commun. 

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