Si Benoît Hamon appelait à voter Jean-Luc Mélenchon...

Uchronie irréalisable où Benoît Hamon, vainqueur de la primaire de la gauche, se prononcerait pour un scénario pas si improbable... Nous sommes quelques jours après le 29 janvier.

"Mes chers amis, 

 

La primaire m'a désigné largement vainqueur pour porter, comme candidat à l'élection présidentielle, des idées fortes d'une gauche qui s'assume, articulées entre la question sociale et la question écologique. Des idées pensées ensemble et non pas séparément. C'est évident qu'après le quinquennat qui s'achève, sans doute beaucoup de déceptions et de frustrations se sont exprimées. C'est un message fort qui consiste à dire que ce qui a été essayé jusqu'à présent, les solutions qui ont déjà été proposées ne marchent plus. Pourtant, la gauche a encore des choses à dire : que ce soit pour le revenu universel, une idée que d'aucuns jugeaient irréalisable, voire utopique, mais qui accompagne assurément le changement de notre société ; que ce soit pour la légalisation du cannabis, quand le tout répressif montre depuis plusieurs années son inefficacité ; que ce soit sur l'accompagnement de la fin de vie par l'autorisation qui serait donnée aux personnes atteintes d'une maladie incurable de pouvoir mettre un terme à leurs souffrances reconnues inutiles. Sur toutes ces idées, des centaines de milliers de personnes m'ont accordé leur soutien, réaffirmant l'idée qu'ils se font de la gauche : offensive, imaginative, elle propose des pistes nouvelles et des solidarités nouvelles adaptées à la société de notre temps. 

 

Je n'ignore pourtant pas l'état dans lequel se trouve la gauche aujourd'hui, à quelques mois du scrutin présidentiel. Le mandat qui s'achève la laisse dans un état de faiblesse rarement atteint, tant la déception est grande, et la défiance aussi, à l'égard d'un personnel politique qui a failli dans le mandat que le peuple lui avait donné d'incarner un changement. Au contraire de changement, les inégalités se sont amplifiées. Les nouvelles règles de licenciement, qui sera facilité par la loi travail, fragilisent les salariés. La loi Macron, l'orientation libérale des réformes du CICE, ont permis aux grands groupes, au capitalisme, de renforcer leurs avantages sans offrir de redistribution supplémentaire aux Français. L'état d'urgence, les lois sécuritaires ont mis en place un État d'exception où la police a plus de droits et la justice offre moins de protection. Nous sommes dans une France sous surveillance, qui envoie des escadrons de gendarmes casqués arrêter des sympathisants des migrants ou perquisitionner des militants syndicaux, sous couvert de lutter contre le terrorisme. Nous sommes à un tel point de tension des rapports sociaux que les manifestations traditionnels du mouvement ouvrier, celles du 1er mai, celles contre la loi travail, qui par l'idée qu'elles se font d'une conscience politique forte engagée pour les droits des travailleurs, appartiennent à l'identité profonde de toute la gauche et donc du Parti socialiste, ont pourtant été violemment réprimées par le pouvoir dirigé par des membres du Parti socialiste. Pire, c'est sous ce quinquennat que Remi Fraisse ou Adama Traoré sont morts dans les mains de la police. Et enfin, alors que s'organise une autre façon de penser le monde, place de la République, à Paris, cœur battant des imaginaires de révolte et d'insoumission de la gauche, dans ce mouvement "Nuit Debout", qui voulait incarner cette idée que notre imagination n'a pas de fin et se poursuit au-delà des crépuscules, à cet imaginaire dont voulaient s'emparer des milliers d'anonymes pour le vivre et le réinventer, le pouvoir socialiste a envoyé une fin de non-recevoir et pour toute réponse des gaz lacrymogènes, le démontage des installations provisoires, de nombreuses arrestations. C'est encore sous le pouvoir socialiste, contre les idées et les traditions socialistes, qu'on a pensé interdire une manifestation ! 

 

Je ne veux pourtant pas moins que la victoire de nos idées véritablement socialistes. Je le sais, elles sont très vivantes, très proches des miennes, chez Jean-Luc Mélenchon. Lui et moi avons été membres du Parti socialiste. Nous avons milité ensemble. Nous avons débattu ensemble. Face à la droite totale et son projet de régression, et une extrême droite dangereuse, nos idées doivent trouver l'issue qui leur est la plus favorable, et rencontrer l'écho le plus large chez le peuple. Ce ne sont pas les hommes qui comptent en politique, ce sont les projets : or celui de Jean-Luc Mélenchon et le mien sont compatibles. Comme il le dirait lui même, nous ramons dans le même sens. Soyons des millions à pousser vers cette alternative que lui et ses camarades ont joliment nommé "la France insoumise". Insoumise à la finance. Insoumise à la haine. Insoumise à l'oligarchie. Il est aujourd'hui en meilleure position que moi... Et avec moi à ses côtés, ces idées qui comptent plus à mes yeux que ma propre destinée, elles sont en mesure de figurer au second tour et de l'emporter. Et d'enfin incarner en France ce changement que le peuple souhaite et que le monde attend. Car le monde regarde vers la France, apres le Brexit et l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Et c'est un message d'audace politique que la France va répondre au monde, comme elle en est coutumière dans son histoire depuis 1789. Et moi, j'ai l'audace de ne pas penser à ma personne mais à des sentiments plus hauts et je vous appelle, mes amis, à voter pour un candidat qui nous rassemble, en la personne de Jean-Luc Mélenchon. Je resterai à ses côtés et dans vos rangs pour mener ce combat, comme je l'ai toujours fait depuis que j'ai commencé à militer au PS. 

 

Vive la République, Vive la France. 

 

 

Benoît Hamon" 

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