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Billet de blog 24 avr. 2017

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France insoumise, devenir la première force d’opposition

Mélenchon obtient des scores très élevés dans les grandes villes, et finit même en tête des métropoles de Lille, Grenoble, Toulouse et Marseille ! A Paris, le score est plus qu’honorable, et remporte la première place dans les 19e et 20e. En Seine-Saint-Denis, son score dépasse les 30 %. Il est en tête en Dordogne et en Ariège. Le défi : transformer ces scores en réalité politique durable.

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Résultats de Jean-Luc Mélenchon par départements

Ces résultats viennent clore une campagne originale et, à bien des points de vue, spectaculaire. Sa remontée dans les sondages dans la phase de « cristallisation » de la campagne présidentielle montre que sa candidature a retenu l’intérêt de nombreux électeurs lorsqu’était venue l’heure de faire un choix. A quelques dixièmes de points de la troisième place, Jean-Luc Mélenchon dame le pion au Parti socialiste et fait jeu égal avec l’autre parti traditionnel de la Ve République. Ces deux mouvements, mastodontes financiers et militants, apparaissent en décalage avec leur époque. Des appareils dépassés par des forces plus horizontales auxquelles on adhère sans payer, sans s’encarter, avec lesquels (pour lesquels) on milite plus efficacement sur le net qu’en collant des affiches ou en venant faire parler un député sur le plateau de BFM TV. Des forces comme En Marche ou La France insoumise ont adapté leurs façons de faire de la politique, moins chères – on est loin des excès de la campagne de 2012 chez Sarkozy – et plus rentables.

Une leçon s’impose donc, mathématique et implacable, quoiqu’on pense du personnage et de son programme : il faudra compter avec ceux qui ont voté pour Mélenchon dans les cinq prochaines années. On a deux tendances, l’une des résultats, et l’autre de ces nouvelles pratiques militantes. Par conséquent, on observe d’une part le succès du pari mélenchonien (qui écoute Pierre Laurent, le solitaire porte-étendard du vieux PCF, appeler à voter Macron ?) et de l’autre des dispositions plus que positives pour les législatives et les futures élections intermédiaires, locales ou européennes. Comment penser que ces militants, neufs, hystérisés par la campagne, enivrés de leurs résultats, ne pèseront pas dès le mois de juin ? Que les électeurs, parmi les plus convaincus habitués à suivre Jean-Luc Mélenchon sur YouTube, ne poursuivront pas leurs choix sans envoyer des députés à l’Assemblée nationale ? Réhabitués à faire de la politique, si près du but, ces bons résultats ne peuvent que les encourager à poursuivre et amplifier.

Toutefois, nous sommes le lendemain du 1er tour, pas la veille des législatives. Où en seront les partisans de la France insoumise dans deux mois ? Quel poids va peser l’argument du vote utile pour donner une majorité à Emmanuel Macron (ou Marine Le Pen…) ? Quels seront les forces des Républicains, dont l’électorat est moins abstentionniste que celui des quartiers populaires ? Ces questions ne seront tranchées que par le suffrage, bien malin qui se livrerait à un pronostic.

Deux larges chantiers toutefois : « le vieux monde se meurt… » disait Gramsci, à la formule célèbre : et l’on peut constater que l’appareil PS tangue de tout bord, et prend l’eau. Après sa probable recomposition libérale après les législatives (parce qu’ils ne commettront pas l’erreur, pour eux, de voir un Hamon en prendre la direction, comme Corbyn l’a fait en Angleterre, c’est-à-dire démocratiquement), un espace politique immense s’ouvre, social, écologiste, pour la VIe République. Bien au delà des seuls suffrages de Mélenchon, si on y ajoute les déçus du socialisme et les électeurs de Benoît Hamon. Qui ne se reconnaîtront certainement pas dans une majorité Macron-Valls-Bayrou. Un espace politique en phase avec des attentes fortes dans la population. Et à qui l’extrême-gauche communiste trostkiste ne parvient plus à parler (encore une force du passé). Terminer et acter la prise de pouvoir au sein de la gauche, voilà le premier chantier.

Deuxième chantier, celui de demain, dans le pays. Ne pas gâcher cet élan en se limitant uniquement au travail pas si nécessaire que ça de dépasser le Parti socialiste. Gagner des députés, remporter des élections locales, faire émerger des cadres, être présent dans les mouvements sociaux. En un mot, réussir l’implantation, et apparaître crédible. Voilà les conditions d’une hégémonie culturelle qui apporterait les quelques points qui ont manqué hier à celui qui portera les couleurs de ce mouvement dans cinq ans. Mais qui ? Qui succédera à Mélenchon ? Autre inconnu, bien lointaine et floue, qui départagera entre qui du tribun et sa personne, ou des Insoumis et leur programme, a fait hier le score historique de 19,6 %.

 Pour avoir un bon bilan de la campagne des Insoumis, lire (jusqu’au bout) cet article de Thomas Baïetto sur FranceTV info : http://www.francetvinfo.fr/politique/melenchon/recit-franceinfo-presidentielle-comment-jean-luc-melenchon-a-presque-reussi-son-pari_2152721.html

.. et lire ou relire cette excellente analyse de Fabien Escalona chez Médiapart sur le populisme de gauche : https://www.mediapart.fr/journal/france/200417/le-populisme-de-gauche-au-dela-des-malentendus?utm_source=20170420&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xts=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-20170420&xtloc=&url=

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