Couvre-feu : Santé publique France ou comment réfléchir par l’absurde ?

En préambule, je précise que ce billet n’a pas pour vocation de donner des leçons sur la lutte contre le Covid-19, mais justement de tirer les leçons de ce qui a pu être mis en place. Ce billet sera consacré au couvre-feu. Aujourd'hui, c'est le bulletin hebdomadaire 38 du 18 décembre 2020 de Santé Publique France qui va nous servir de base.

Ci-dessous trois courbes schématiques indiquant l’évolution du taux d’incidence des cas de Covid-19 par groupe de métropoles françaises. L’étude a été bien faite, il y a :

  • un groupe faisant partie du premier couvre-feu du 17 octobre 2020 ayant subi des mesures fortes avant celui-ci d’ailleurs
  • un autre ayant été en couvre-feu à partir du 24 octobre 2020
  • enfin, un dernier groupe « témoin » n’ayant fait l’objet d’aucun couvre-feu.

J’ai aussi représenté sur le graphique les dates des couvre-feux.

Santé Publique France explique que « cette première analyse descriptive suggère un impact positif des mesures de freinage mises en place pour faire face à l’émergence de la deuxième vague d’épidémie de Covid-19 en France ». D’après vous, à quels groupes appartiennent ces courbes ?

incid-moi
 

 Compte tenu de la conclusion de SPF, on peut aisément s’imaginer que le groupe du premier couvre-feu est le groupe « courbe verte » en s’appuyant sur trois éléments de comparaison qui apparaissent logique dans ce cas :

  • la hauteur du pic
  • la durée du pic
  • la temporalité (est-ce qu’un pic intervient beaucoup plus tôt que les autres)

Or, c’est l’inverse ! La courbe verte appartient au groupe témoin, celui n’ayant fait l’objet d’aucun couvre-feu. Le groupe « courbe bleue » était celui ayant subi le deuxième couvre-feu et le groupe « courbe rouge » est celui ayant subi le premier couvre-feu et des mesures préliminaires environ trois semaines plus tôt.

Maintenant, passons à la courbe du taux d’incidence reprise dans le bulletin hebdomadaire 38 du 18 décembre 2020 de Santé Publique France.

spf-1
 

Oui, vous pouvez retrouver la ressemblance avec mes courbes schématiques ci-avant.

On y découvre que :

  • le pic le plus bas, environ deux fois moins élevé que le groupe « 1er couvre-feu », est sur le groupe n’ayant pas subi de couvre-feu
  • les durées du pic semblent toutes identiques, de l’ordre de la semaine
  • la temporalité est légèrement avancée pour le groupe « 1er couvre-feu », environ une semaine par rapport aux deux autres.

Le pic sur les « métropoles sans couvre-feu » intervient alors qu’aucune mesure n’avait encore été prise. Le confinement du 30 octobre 2020 intervient d’ailleurs pendant le pic ou la baisse de l’ensemble des groupes.

A la lumière de tous ces éléments, comment Santé Publique France peut conclure que le couvre-feu a eu un effet ?

Et bien, en fait, il y a quand même une phrase dans le bulletin qui peut tout remettre en cause, mais qui bizarrement, n’est pas remontée…  

« Dans les métropoles initialement non concernées par le couvre-feu (groupes 2 et 3), une amélioration de la situation épidémiologique a été observée dès la fin du mois d’octobre, alors qu’il était a priori trop tôt pour détecter un quelconque impact des mesures mises en place dans ces groupes (deuxième couvre-feu et confinement). »

 On sent le malaise à écrire cette phrase avec le « a priori »

 

En conclusion maintenant, est-ce que le couvre-feu a joué un quelconque rôle dans la régulation du Covid en France ?

Non, trois fois non, même Santé Publique France l’admet à demi-mot…

 

Le lien du bulletin : http://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2020/38/2020_38_1.html

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.