Quelle majorité législative ?

Réflexions sur la future majorité à l'Assemblée Nationale.

Emmanuelle Macron a fait le choix de nommer un Premier Ministre, issu des rangs du parti de droite, Les Républicains. Cette nomination ne reflète pas l’envie de constituer une majorité large à l’Assemblée Nationale. Le nouveau Président de la République espère asseoir son autorité législative sur plusieurs groupes dont les deux principaux seront le centre droit et les transfuges du Parti Socialiste. Afin de compléter cette majorité, M. Macron s’alliera avec quelques représentants de la droite, mais non sur l’ensemble des Républicains, parti bien disparate. Cette alliance, qui ne dit pas son nom, sera sporadique, parce qu’elle ne repose sur aucun programme clair présenté par le vainqueur des présidentielles 2017. Cependant, elle sera nécessaire pour passer quelques projets et démontrer que le nouveau gouvernement ne passera pas en force en censurant la parole parlementaire.  

Pourquoi sporadique ? En Marche ne sera pas une partie réunissant d’anciens cadres des anciens partis de gouvernement. Au vue des investitures, les candidats issus des partis rechignent à quitter leur étiquette (même si celle-ci est erronée) parce qu’elle signifie encore quelque chose pour bon nombre d’électeurs et d’électrices. Le mouvement En Marche va plutôt correspondre à une formation parapluie où des accords seront possibles sur certaines lois.

Le ciment de cette future formation sera les projets économiques libéraux souhaités tant par les Républicains, que le Centre et l’aile droite du Parti Socialiste, soutenu par le MEDEF. Ils ne sont d’accord que pour mettre fin au code du travail, favoriser la politique de l’offre et couper dans l’investissement public. Pour ces réformes, M. Macron pourra compter sur une large majorité de député, fréquentant les mêmes cercles, issus des mêmes écoles et partageant les mêmes valeurs économiques.

Pour le reste ; la culture, l’environnement, les sujets sociétaux, l’accès aux services publics, le nouveau Président de la République n’en a que faire. Il suffit de parcourir son « programme » pour s’apercevoir que peu lui importe les débats culturels, sociétaux, ou éthiques. M. Macron n’a jamais exprimé une réelle vision de la société, préférant se préoccuper que des comptes et des dettes de la France.  

La prochaine majorité va nous rappeler une autre majorité, tout aussi contesté, celle du Parlement Européen. Ce même parlement fonctionne grâce à un consensus entre le Parti Populaire Européen (les Républicains), les Sociaux & Démocrates (Parti Socialiste) et l’Alliance des Démocrates et Libéraux Européens (UDI). Ces partis alternent pour diriger le Parlement et s’associe pour composer la Commission Européenne. M. Juncker, l’actuel Président de la Commission Européenne avait expliqué qu’il voulait une commission plus « politique » que technique au début de son mandat. Ce vœu pieu a été balayé par la poursuite de la crise de l’Euro et la crise migratoire, où les institutions européennes non aidées par les gouvernements nationaux, n’ont su prendre des décisions claires et dessiner un réel projet pour l’Union Européenne. On se retrouve avec un ventre mou, seulement d’accord pour libéraliser l’économie et s’opposer à toutes protections sociales et écologiques, et se retrouvant contester à chaque élection européenne depuis une dizaine d’année par une défiance toujours plus grande des citoyen(ne)s européen(ne)s.

De plus, l’hégémonie de cette alliance se retrouve grignoter par ses deux bords, dont l’un, l’extrême droite, ne remet pas, du tout, en cause le projet économique de l’Union Européenne.

L’autre bord, composé par les Verts Européens et la Gauche Unitaire Européenne, tergiverse comme en France sur la stratégie à adopter pour lutter contre d’un côté la montée du nationalisme et de l’autre, ce consensus économique libérale. À la veille des élections législatives, les électeurs de gauche se retrouvent avec des appareils de partis incapables de se parler et d’avancer ensemble pour proposer un projet alternatif capable de mettre à mal les inégalités sociales et répondre au défi écologique.

La nouvelle majorité d’Emmanuelle Macron ne sera pas un renouveau pour la politique française, encore moins lorsque l’on regarde la sociologie des candidats, en majorité issus du milieu patronal ou politique. La politique du nouveau président ne sera que la perpétuation d’un consensus mou entre la droite et la gauche de gouvernement, ne cherchant qu’à satisfaire les intérêts des plus puissants et d’accentuer ainsi les inégalités sociales.

 

 

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