crash en plein vol ?

Alors que les centrales syndicales ont massivement mobilisé peut on avoir une vision différente du problème ?

Non, non, ne vous trompez pas, sur le fond je reste très dubitatif et espère sincérement dans un changement radical de ce système, injuste, et profitant essentiellement aux « chanceux » : à ceux qui ont pu bénéficier de la stabilité de l’emploi. Leur empressement encore actuel à fustiger les chômeurs, à les sanctionner à bas bruit me donne encore envie de vomir : ces grévistes courroucés disent dénoncer l’émergence d’un système à deux vitesses, mais çà fait des décennies qu’ils le cautionnent et le justifient, alors : leur faire confiance… pour rejeter sur les autres les frais de leur propre tranquilité, je leur fais confiance…
Reste que leur attitude me fait plaisir pour bien d’autres raisons
Et premièrement parce que, mine de rien, les grévistes font redécouvrir à notre population que nous avons une paire de pieds, autrement dit que nous sommes encore capables de nous déplacer de manière autonome. Dire qu’ils participent ainsi au rétablissement de la santé publique serait peut être, exagéré, mais reconnaissez que tous ces gens qui marchent dans nos rues et leur rendent vie ont un petit côté réjouissant ! Il ne manquerait plus que le temps se mette au beau pour qu’on en trouve assis sur les bancs publics…
Oui, oui, vous allez me dire que j’ai de la chance d’être parisien et d’avoir fort peu de kilomètres à effectuer tous les jours pour me rendre au travail !
Peut être mais si je suis actuellement résident de la capitale je ne l’ai pas toujours été, et en 1995 (vous vous souvenez ?) j’ai vécu des heures héroïques, malgré la chienlit !
Coincé à la gare j’ai fini par partir à dos de pouce pour aller jusqu’à…
Et sans mentir, très vite j’ai trouvé « voiture à mon pied » (trois se sont arrêtés en moins de cinq minutes, du jamais vu !)
Je dis à mon pied parce qu’au fond, il nous a fallu tellement de temps pour rejoindre mon point de destination que franchement, j’aurais presque pu y aller à pied ! Cependant durant les trois heures qu’il nous a fallu pour franchir ces 15km j’ai eu l’occasion de faire une rencontre que je n’aurais pas faite autrement et de m’amuser comme jamais : Merci la CGT !
C’est fou de voir comment les gens peuvent se dérider dès lors qu’on bouscule leur petites habitudes et qu’on leur demande de : faire avec !
Au bout de trois heures de promiscuité relative : on en était presque à échanger nos adresses et nos numéros de téléphone, comme quoi la grève c’est aussi l’occasion de faire des rencontres improbables. Merci Henri Crazuky ! Vous vous rendez compte, si aujourd’hui encore les français s’apercevaient qu’ils étaient un peu moins seuls à deux dans leurs voitures : j’irai embrasser les camarades de la CGT et de l’UNSAA et leur demanderais de continuer leur grève à l’infini !
CAMARADES !
Bah oui : CAMARADES ! On va enfin s’engueuler, ça faisait longtemps non ? Entre privilégiés , entre riches et plus riches on va enfin retrouver les vertus de la chicane, la couleur incomparable de noms d’oiseaux , et surtout , le plus drôle : ces défilés où ceux qui brandissent le drapeau rouge n’imaginent même pas ce qu’ils auraient à y perdre, si jamais la Révolution survenait !
« Touche pas à mes droits » : révolution conservatrice ?
C’est vrai que le slogan « touche pas à mon pote « est un peu éculé aujourd’hui et que pas mal de cégétiste ont embarqué chez … !
Alors, sûr que les questions du logement, de l’intégration des jeunes, de la disparition progressive de tous les emplois peu qualifiés peuvent attendre : on défile pour la retraite en imaginant que les chômeurs d’aujourd’hui auront la bonté de nous la financer demain ! Vive l’esclavage !
Tiens donc : qui pose la question des cotisants ?
On est loin de l’enjeu à mon sens : qu’arrivera t-il pourtant demain si nos jeunes des banlieues récusent en masse la condition salariale et tournent casaque pour retrouver qui en Algérie, qui au Maroc, ou plus loin en Afrique noire les Eldorado que la France leur interdit désormais ?
Bref, peut être que si nous voulons un tant soit peu résoudre la question des retraites, faut il prendre la question autrement et quitter le guidon des yeux pour regarder un peu la route ! Ca vous questionne pas un peu, vous, de voir qu’on nous mobilise pour les retraites, alors même que l’ensemble des retraités forment aujourd’hui une catégorie sociale plutôt privilégiée ? Cà vous questionne pas un peu vous qu’on puisse traiter aussi facilement les chômeurs de parasite et qu’on menace maintenant de les remettre au travail à tout prix ? 12000 euros d’argent public par an et par emploi aidé et vous n’avez rien à dire ?
Je ne suis pas forcément d’accord pour tout changer, mais si les données présentées par les différents gouvernants depuis presque trente ans sont exactes, alors, peut être faudrait il mieux opter pour une réforme négociée, et négociée au profit des plus fragiles (qu’on entend bien peu d’ailleurs) qu’assister à un crash en plein vol !

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