Le monde du travail face au pari de l’universalité

Traverser la rue n’est déjà pas simple, mais quand on arrive sur l’autre trottoir est on vraiment certain d’être bien accueilli ?

Tout le monde sait mon attachement à la critique du monde du travail ! Je suis un monstre et il est bien connu que je maltraite cet univers merveilleux où tant d’hommes et de femmes réussissent à s’accomplir !

Et c’est vrai : j’ai du mal, j’ai du mal et çà n’est hélas pas nouveau. En fait dés ma première expérience professionnelle les choses ont mal tournées ,mal tourné au point que c’est ma mère qui a porté plainte (je n’avais que 16 ans ! ). Il y eu d’abord les insultes, puis, un jour, comme çà : les gifles, administrées pour la dernière fois juste après la visite de l’inspecteur du travail venu à 11H du matin, constater que je travaillais la nuit !

La nuit, oui, à 11H du matin.

J’ai eu beau dire que je n’avais rien dit de ce qui se passait sur le site, j’ai eu beau affirmer que je n’étais pas à l’initiative de la plainte -bang-. La dernière gifle que je prenais comme un solde de tout compte en fait, est tombée, comme çà. Puis : cerise sur le gâteau, une paie amputée de 20 % du fait que je n’avais que 16 ans. !

Moi qui rêvais d‘indépendance, voilà que j’avais vécu un des traumatismes les plus graves de ma vie : c’était donc çà le monde du travail et je je m’apercevais que ce maigre salaires serait bien loin de me permettre de vivre dignement !

Bien sûr, avec le temps et l’avertissement premier j’ai au moins appris à éviter ces coups, mais pour le reste ?

Aller, je veux bien le reconnaître  ce n’est pas la faute du monde du travail, çà n’est pas la responsabilité de la société si justement je me suis révélé aussi a-social, « parasite » diront certains. Non c’est la mienne, la mienne et uniquement la mienne ; coupable donc et responsable. Un de ces responsable qu’on condamnerait bien, si on le pouvait au chômage  vie, tiens comme çà juste pour lui apprendre ! Mieux encore, un de ces responsables qu’on verrait bien à la place de ces mendiants qui hélas peuplent encore nos rues ! 

Bien fait !

Je vous choque ? 

Et bien voilà c’est peut être là ou je veux en venir, à dire tout haut ce que nombre de mes concitoyens pensent « des autres » de ceux qui ne réussissent pas ou semblent ne pas vouloir s’intégrer ! On fustige leur manque de volonté, leur absence de goût du risque, leur inaction pathologique, et on a sans doute raison !

Mais est ce qu’on s’interroge sur les mœurs du monde du travail ? Est ce qu’on s’interroge sur les relations « sociales » et « interpersonnelles » dans le monde du travail ? 

Et si une des causes de l’apathie supposée des chômeurs se trouvait justement là ?  

Je vous entend encore : « le monde du travail n’est pas le monde des bisounours, le travail est un monde dur, sans pitié, dans lequel seul compte la production et la qualité de cette dernière ! Le monde du travail est là pour être utile et apporter du bonheur au plus grand nombre ! »

Du bonheur  dites vous ?

Vous voyez donc que nous sommes sur la même longueur d’onde : si le monde du travail doit être un monde d’accomplissement, y compris personnel, alors peut être faut il offrir aux moins qualifiés, aux plus fragiles les moyens inconditionnels de s’y insérer !

J’entends encore les plus radicaux et. Les plus stupides me dire qu’ils n’ont que faire de tous ces « traîne-savates » ou de ces « bons à rien congénitaux » . « On n’est pas là pour faire du social«  sont ils déjà en train de me répondre !

A bon ?

Mais alors à quoi servez vous : monde de l’entreprise, monde du travail ? Quelle est donc votre légitimité, si : « vous n’êtes pas là pour faire dans le social ? Doit on accepter ad-vitam aeternam l’idée imbêcile selon laquelle l’entreprise pourrait être une personne morale sans moral ?

Pire encore doit on accepter l’idée qu’il existe en France, comme dans nombre de pays industrialisés, un volant de chômage incompressible contre lequel on n’agira qu’en culpabilisant à l’extrême les gens qui sont pris dans cette spirale :quitte à les voir se suicider les uns après les autres?    

J’ai beau être sorti « partiellement » de cette spirale que je dénonce, je sais déjà qu’on me représentera la note en fin de parcours (sans doute parce que je n’ai pas été assez sage justement). Mais j’ai bénéficié à un moment de chances et d’occasions de prendre des risques que tout le monde n’a pas dans mon cas et j’en ai bien conscience. C’est d’ailleurs ce qui justifie mon écrit !

On le sait :après un an sans emploi (parfois seulement quelques mois maintenant) on devient suspect on est considéré comme « à risque » et de toute manière nombre de postes sont déjà inaccessibles ! Pire l’entreprise (ou l’administration qui s’en inspire de plus en plus) évalue sans cesse les « pertes de matières », les nouveaux niveaux d’incompétence » et. Là : pas de pitié !

Tiens donc, et si c’était cela qu’il fallait changer : donner aux chômeurs l’idée qu’ils sont les bienvenus dans le monde du travail, que celui ci est prêt à les accueillir, et pourquoi pas (?) à les accompagner, ne serait ce pas là le meilleur moyen de redonner envie, goût au travail ?

Je le maintiens encore : trouver et prendre un emploi, c’est prendre un risque, c’est même parfois prendre le simple risque de rompre avec la torpeur douçatre du chômage et vouloir que demain, demain soit plus beau qu’aujourd’hui (n’est pas aussi le pari de l’entreprise ?) ! Chercher un emploi, aller vers, ‘est un effort considérable, et un choix infiniment « dangereux » qui nécessite qu’en face on fasse preuve d’empathie , de compréhension et de patience ! Bref qu’on reconnaisse au nouveau venu le statut d’un investissement d’avenir, sacrée gageur !

Mais le monde du travail est il prêt à changer pour tendre à l’universalité ?        

    

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