"Notre" dame.?

Oui, je le reconnais j'ai versé ma petite larme en voyant l'enfer s'emparer de notre monument national. J'ai versé ma petite larme mais en même temps, je me suis demandé sur quoi je pleurais : sur notre perte incomparable ou sur notre incapacité à véritablement définir des priorités incontournables.

Je le reconnais j'ai donc pleuré aux images de notre belle cathédrale en feu : mon parisianisme exacerbé, ma "culture chrétienne" assez moyenne et surtout mon esprit Français ont été blessés en plein cœur, en plein chœur allais je dire. Durant le temps de la sidération je me suis même demandé si cet incendie diabolique n'était pas le signe avant coureur de notre décadence, de la fin de notre fierté nationale, mais la mobilisation de tous sur le sujet m'a vite démenti, et je m'en réjouis.

Enfin, je m'en réjouis, mais jusqu'à quel point justement ?

Bah pas tant que cela justement.

Le fait que nous reconstruisions notre monument avec les meilleurs techniques du monde et que nous nous engagions à faire revivre ce qui a été meurtri est sans doute une bonne nouvelle, mais c'est oublier que Notre Dame, c'est d'abord et avant tout un symbole chrétien, une œuvre entièrement dédiée à (un) dieu et à son prophète, lequel prophète est apparu à nous sous les traits d'un être modeste, avant tout soucieux de lutter contre la pauvreté, la misère j'allais dire. Le Christ c'était l'apôtre du partage, l'homme soucieux avant tout de faire disparaitre la faim, en atteste sa préoccupation à multiplier les petits pains et les phrases allant dans ce sens : "donner nous (justement) notre pain quotidien"...   

Ici foin de cathédrale, de flonflon ou d'évêque en toge : juste un homme aux pieds nus capable  de mobiliser les masses et de leur faire accomplir des choses extraordinaires !

Et voilà que vous me direz que la reconstruction de cette cathédrale sera l'illustration même de ce que j'avance.

Peut être, mais pas sûr justement, il est même possible au contraire que la reconstruction de cette cathédrale et les sommes que nous y consacrerons constituent une nouvelle preuve de notre volonté d'oublier le message christique. Cette flèche tendue vers le ciel et soudain abattue était peut être, le signe que l'essentiel était ailleurs : dans une lutte acharnée contre la pauvreté, par exemple. Certaine que l'on pouvait maintenant passer à autre chose, l'église nous aurait ainsi aidé à ne plus l'admirer comme on vénère des reliques et l'un de ses propos supposés aurait pu être ainsi : d'aller voir ailleurs !

L'un des caractères exceptionnels de Notre Dame tenait, tient (?), dans la prouesse technique et humaine qu'elle a pu constituer pour son époque. Taillée et édifiée quasiment à main nue par des hommes animés par une foi sans pareille, elle a pu représenter un phare incontournable pour toute une civilisation parce que les hommes de cette époque avaient dépassé l'imaginable. Reste que cette œuvre appartient essentiellement au passé et que si elle nous invite aujourd'hui à quelque chose c'est à aller vers l'exceptionnel, vers le futur et son illumination.  

Or aujourd'hui plus que jamais nous avons les moyens de répondre au message christique (au moins dans les pays développés). Peut être que cette œuvre serait moins visible, moins perceptible, mais si nous avions l'ambition de l'accomplir, alors laisserions nous aux civilisations futures la grande idée qu'abolir la misère est une chose possible, un miracle qui ne tiendrait plus du divin, mais de l'humain justement ! Un autre petit pas pour l'homme, mais sans doute un pas de géant pour l'humanité et son avenir ou encore un autre moyen de prouver : que dieu a créé l'homme à son image et qu'ils sont capables d'entrer en communion...

     

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