Si qu’j’rigole pas

Si que je rigole pas c’est parce que tout est vide

Si que j’rigole pas c’est parce que j’suis livide

Et que dans mes rues pourtant si vivantes

Se sont tues une à une les voix différentes

 

Si que je rigole pas c’est que j’ai plus l’espoir

Et que le petit matin masqué sent déjà le soir

Plus de sourire à croiser plus que des visages masqués

Et des gens si méfiants qu’ils font un pas de coté

 

Maintenant quand j’m‘promène

Même les autres me font d’la peine

Peureux improvisés au regard effrayé

Que reste t’il de ces visages naguère enjoués

 

Si que j’rigole pas c’est que tout va d’travers

Et que j’ai l’impression qu’on m’la fait à l’envers

On tremble d’un virus dont on ne connaît rien

Mais on méprise encore celui qui crie la faim

 

Laissant à l’abandon, « ce qui ne sert à rien »

Il y a cette misère dont on ne s’occupe point

Qui vit là dans nos rues « J’ai faim, j’ai faim »

Il y’a cette misère, mais on ne l’entend point

 

« Elle n’a rien de nouveau, elle est trop terre à terre

Elle ne sent même pas bon, et elle est si vulgaire

Paris a oublié ces femmes tourmentées qui là mandaient du pain

Peureuse du Corona, elle ne sait d’où elle vient : « j’ai faim, j’ai faim »

 

Elle en a traversé de ces crises assassines

Mais elle délaisse encore celui qui crie famine...

 

Si que je rigole point ; c’est que « j’ai faim, j’ai faim, j’ai faim »

Et que par peur du corona si lointain les gens de biens nécoutent point

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