sacrifier les bêtes pour sauver les hommes ?

Contre une tendance qui vient à s'affirmer je dirai qu'il ne faut pas interdire le sacrifice de nos animaux destinés à la boucherie ! Que l'on pratique l'abattage rituel ou que celle ci prenne une tournure industrielle, cette mise à mort doit avoir, ou acquérir du sens ! Devoir tuer les bêtes que l'on mange, ou assister à leur mort c'est prendre conscience de la valeur de la vie !

Au risque de choquer le rédacteur de la précédente chronique, je ne signerai pas sa pétition. Et pire encore j'irai affirmer haut et fort que ceux qui consomment du foie gras doivent plus se préoccuper de ceux qui souffrent dans nos pays que de la santé des oies ! Mon propos est peut être indigne mais hurler en permanence, contre les mauvais traitements faits aux animaux, revient à se voiler la face sur ce que les hommes subissent eux mêmes au quotidien !

Les monstruosités infligés aux animaux (qui soit dit en passant n'auraient jamais existé s'ils n'avaient été conçus pour être sacrifiés) apparait toujours plus urgente à traiter aux yeux de certains "humanitaires" que l'indignité que subissent encore trop d'hommes sur cette terre !

Il va sans dire pourtant que si les hommes étaient mieux traités ! S'il n'y en avait plus pour vivre dans le froid et la peur l'hivers, s'il n'y en avait plus pour crier famine dans nos propres rues, alors effectivement la cause animale pourrait nous paraître à nous, humains, une juste cause, car je le reconnais quand même : le vivant est sacré !

Seulement voilà l'homme ne reconnait pas l'homme. L'homme peut se passer de son prochain et vivre à coté de ses ennuis sans que cela ne le touche. Pire encore : non content de les ignorer, il peut même les provoquer et ce ne sont pas ces centaines de milliers d'Alep que compte l'histoire humaine qui iront me démentir sur ce point !

Oui, au risque d'enfoncer des portes ouvertes et d'énoncer des banalités :" l'homme est un loup pour l'homme " !

Alors, que faire ? Que faire pour l'animal quand l'homme lui même n'est ni respecté, ni sacralisé ?

Il y a, me semble t-il, des priorités à énoncer ! Des droits à faire valoir, et il ne faudrait pas que les droits de l'animal prospèrent sur les ruines des droits de l'homme ! On aurait alors une société "policée" "gentille", en apparence, prenant soin de son chien, de son chat, ou de son canaris, pendant que le SDF du coin meurt de froid à deux pas !

On verrait (on voit) des humains sacrifiés quasiment sous nos yeux, en direct, en s'interrogeant dans le même temps de savoir si le chien de la maison a eu à manger !

Mais, me direz vous, si l'homme prend soin de ses animaux, il apprendra à prendre soin de son prochain ! L'un n'est pas incompatible avec l'autre, au contraire ! Et d'ailleurs n'est il pas important que les enfants vivent au contact de nos animaux ?

Comme on aimerait y croire et comme on voudrait s'assurer de la survie de ces pauvres oies que l'on a sans doute déjà sacrifiées pour notre plus joli noël !

Mais l'homme, (doit on le regretter ?), est un animal, un animal comme un autre ! On lui attribut une conscience, mais bien peu de gens savent ce qu'il en fait réellement ! Et d'ailleurs, puisque l'on parle de sacrifices animaliers, j'aurais plutôt tendance à penser qu'il faudrait que nos contemporains touchent du doigt cette réalité, la réalité des brutalités faites aux bêtes ! Faites à nos frères animaux !

En saignant nos oies à noël, en évicérant nos cochons, peut être que nous prendrions conscience (chacun d'entre nous) de notre sauvagerie. En allant dans les élevages gaver les oies, en touchant de près, ce qui n'est plus pour nous, qu'une barquette dans un supermarché, sans doute que nous aurions un peu plus de mal à nous regarder dans la glace !

Sauver les animaux, et au delà sauver les hommes, pourrait se faire par une prise de conscience de nos fragilités communes, de notre caractère mortel ! Nos morceaux de bidoches sous cellophane (sans têtes et sans yeux) nous ont fait perdre de vue qu'ils avaient été des êtres vivants, et lorsque leur date de péremption parait trop proche, nous les jetons sans un soupçon de honte ou de remord !

Au risque de sembler moralisateur : c'est d'abord cela qu'il faut changer ! La vie des bêtes : c'est aussi notre vie et apprendre à respecter l'une, c'est aussi percevoir la fragilité de l'autre ! En tuant nos animaux, nous faisions l'expérience paradoxale de la fragilité. Dés lors que la mort de l'animal n'a plus été qu'une "idée" un concept lointain : nous avons paradoxalement perdu une part de notre humanité !

Alors, je comprendrais volontiers ceux qui me traitent déjà de monstre, s'il n'y avait dans nos sociétés autant de brutalités à bas bruits, de meurtres symboliques ( licenciements...) qui semblent dédouaner ceux qui les commettent : parce que ces morts sont sans douleur, ni sang !

Le malheur, c'est que même aux USA où l'on a "inventé" la "mort douce" (pour les témoins sans doute), celle ci est, parait il, l'occasion de souffrances atroces pour le supplicié !

Alors cessons de nous voiler la face ! La mort d'un être vivant est toujours épouvantable, mais si la mort des bêtes pouvait déjà sauver l'homme, parce qu'elle procure une expérience irremplaçable de la fragilité à ceux qui en sont les témoins et parfois les acteurs : alors peut être qu'elle retrouverait aussi du sens, et finirait par sauver aussi de ces "bêtes" par millions...

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