l'imbroglio social

On a tous vu ces images de ce vieil homme blotti dans les bras d E Macron et bien sûr qu'on a pu se sentir ému par ce grand moment de communication présidentiel. Mais...

Comme beaucoup de nos concitoyens, j'ai eu une petite larme lorsque j'ai vu cette scène, scène qui tourne en boucle sur les chaines d'information en continu : ce vieil homme dans les bras de notre Président, c'était un peu une nouvelle forme d'allégorie présentant la République au secours du petit peuple. A cours d'iconographie nationale, l'image de Saint Louis lavant les pieds des lépreux m'est venue pourtant tout de suite à l'esprit ! 

E Macron en nouveau Saint Louis, l'image a effectivement de quoi bouleverser toutes les chaumières et nul doute, que cette geste Présidentielle a fait beaucoup pour la côte de notre grand personnage.

Reste que ce geste protecteur, (programmé ?  Orchestré ? ) pose en creux un autre problème : celui de la violence de notre système social !

On s'est effectivement réjoui de voir immédiatement s'améliorer la situation de notre pauvre héro, mais il n'en demeure pas moins que depuis des mois, sans doute, ce vieil homme survivait avec cinq cents euros par mois : une misère !

Comment cela est il possible ?

Pourquoi les Français ignorent ils les droits qui devraient leur être ouverts ?

L'administration Française leur fait elle bon accueil lorsque ces derniers viennent réclamer de l'aide ?

J'ai entendu dire il y a quelques semaines que près de la moitié des ayants droits aux minima sociaux renonçaient aux démarches qui leur permettraient de faire valoir leur droit ! Pourquoi ?

Aller j'vais me permettre de relater ici une petite expérience :

Il y a longtemps maintenant j'ai fait des démarches pour ma sœur en vue de l'obtention du RMI. La mairie censée m'aider a mis une mauvaise volonté évidente à m'indiquer ce qu'il fallait faire et surtout : elle s'est montrée d'un caractère tatillon qui cadrait mal avec l'urgence de la situation (ma sœur n'avait, en effet, plus de sécurité sociale, ni de revenu, au point qu'avant d'être rapatriée par la famille elle vivait dans le dénuement le plus complet ). A chaque visite auprès des autorités sociales compétentes, il manquait donc évidemment un nouvel élément au dossier, et à chaque fois donc : il fallait renouveler les recours.

Résultat la demande a pris des semaines avant d'aboutir et, cerise sur le gâteau, j'ai eu besoin de faire intervenir mon propre père (ma sœur avait alors 40 ans !) pour faire en sorte que les choses se décantent !

Vous me direz que c'était un cas d'espèce dans la famille (9 enfants tout de même).

Oui seulement voilà quelques années après ces évènements, il advint que ce fut à mon tour de tomber malade alors même que ma situation professionnelle était des plus précaires !

Pour éviter de perdre tout droit à la sécurité sociale ( la CMU n'existait pas encore) j'ai dû, moi aussi, solliciter le RMI, et cela devant les mêmes personnes que précédemment !

Je vous laisse seuls juges de l'appréhension qui fut la mienne (et ce d'autant que je faisais la démarche dans la marie d'une commune riche) ainsi que des regards qui furent échangés.

Bien sûr, il me manqua des papiers. Bien sûr, il me fallut refaire mes démarches alors même que la date fatidique de mon opération future approchait !

J'ai obtenu le RMI trois mois plus tard !

Seulement voilà, sans ressource depuis plusieurs semaines (pas de droit aux congés maladie pour les CDD), j'ai repris le travail alors que je tenais à peine debout et le premier mois j'ai perçu une vraie fortune : 700 euros !

Le RMI m'a été supprimé in peto !

Après près de quatre mois de travail, j'ai perdu mon emploi et me suis retrouvé sans aucun droit à une indemnité chômage. Mieux je me suis aperçu que mon "employeur" m'avait fait signé un de ces contrats "zéro heures" dont on a beaucoup parlé : j'étais donc sans emploi, mais pas vraiment au chômage, ce qui m'a contraint à démissionner !

Je vous laisse imaginer ma situation dans les mois qui ont suivi !

Voilà une autre réalité sociale de notre "Etat social" : prélevé des charges sociales dés le premier euro, moins on gagne au travail, moins on a de droit, ou dit autrement : plus on a besoin d'être aidé moins on l'est réellement ! Ainsi plus Emmanuel Macron fustige la Fragilité, plus celle ci s'aggrave ! Or moins on perçoit sans activité plus on est enclin à mal revivre au travail : on en arrive d'ailleurs à un tel point que le retour vers l'emploi peut s'avérer au final : une véritable catastrophe financière ! Le Monde titrait à ce propos il y a quelques années : le travail ne protège plus forcément de la pauvreté ! 

 Enfin la complexité des démarches, l'impossible compréhension des textes de droit, et parfois, le manque d'empathie des personnes chargées de l'accueil social des plus fragiles provoquent des drames comme celui dont on a eu l'écho au salon de l'agriculture. La misère sociale et économique se heurte trop souvent à des murs !

Il est vrai que ma mésaventure date des années 90. J'aurais donc voulu, pour ma part, qu'elle soit exceptionnelle et "passée de mode" et j'aurais d'autant plus voulu l'oublier qu'aujourd'hui j'ai un emploi stable. Malheureusement lorsque je raconte encore mon histoire je m'entends encore dire : "qu'elle n'a rien d'exceptionnelle". Ce que je veux bien croire lorsque j'ouvre mon poste de télévision !

Tout se passe ainsi en France comme si un des Etats les plus sociaux du monde manquait sa cible par pur manque d'imagination, de compassion, de compréhension (ou par pur égoïsme de classe ?). Le budget social de notre beau pays est, parait il, plus élevé que le budget de l'Etat, il est aussi : l'un des plus élevés des Etats modernes. Et paradoxalement, il échoue à remplir sa mission première : sortir les gens de la misère ! N'est il pas temps, alors, d'un grand soir social, quitte à remettre en cause certaines situations acquises ?

Nous sommes 70 ans après la rédaction du rapport Beveridge, rapport qui fut à l'origine de l'instauration de l'Etat Social (au moins au Royaume Unis), rapport qui posa les bases de notre sécurité sociale Française. Celui ci avait pour objectif d'éradiquer la misère et d'assurer à tous la sécurité sociale, de la naissance au cercueil, en offrant à chacun un revenu de vie garanti !

Sommes nous donc moins riches qu'en 1945 ?

70 ans après, qu'avons nous fait de cette promesse : pain, paix, liberté...pour tous ?

En matière de pain, l'objectif est déjà difficilement atteint, mais en matière de paix (au moins de paix intérieure, j'entends) ou de liberté, le compte n'y est pas. L'égoïsme règne et éloigne la France de son bel idéal !

Imaginer comme cela qu'elle puisse atteindre son objectif de paix, de paix intérieure ou de cohésion sociale s'entend est donc un peu illusoire. Les gilets jaunes ont certes déposé momentanément les armes, mais la colère est toujours là, sans doute, et vu le génie qu'Emmanuel Macron met à souffler sur les braises encore chaudes, je me demande si on est pas à la veille, là encore, de nouvelles flambées de violences ?

 

        

         

 

         

 

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