Non je ne suis pas fou, je veux une Europe raisonnable !

Oui, oui, vous avez mille fois raisons : je suis fou, ou tout au moins je suis perclus de contradiction ! Si çà peut vous faire plaisir : je prends. Reste que l'Europe; l'Europe, l'Europe ! On pourra toujours sauter comme un cabris en s'écriant : "L'europe " çà ne voudra rien dire, ou pire çà servira d'épouvantail si elle ne se penche pas sur le sort des classes populaires !

Eh sans blague, j'les écoute "les europhiles", j'les écoute et j'rigole, parce que mine de rien, j'ai le sentiment que ces gens là n'ont rien compris ! Ils sont là à chanter les vertus de cet espace unique, ils sont là à mettre en avant toutes les "avancées" qu'ont permis cette union européenne : dans l'espace, la recherche et tuti quanti ! Et ainsi ils nous parlent sans complexe d'Ariane et d'Airbus, comme pour mieux masquer le syndrome de l'ouvrier polonais !

Ainsi ceux qui parlent d'Europe semblent n'être plus présents que pour parler de ce qui va bien !

Reste que l'Europe c'est d'abord, et avant tout des usines et des services qui ferment à l'Ouest, au profit des anciens pays de l'Est. Ce sont des ouvriers polonais ou tchèques qui remplacent nos nationaux sur les chantiers ! Ou que l'on se tourne on voit partout des salariés étrangers remplacer les Français, et nul doute que si la barrière de la langue n'était pas si prégnante : on aurait bientôt plus que des serveurs et des vendeurs "d'Austérie orientale " bien plus compétitifs et modestes que les salariés français !

Vous allez me dire que les Français sont tellement exigeants !

Eh oui, qu'en peu de mots ces choses là sont dites : en fait plus on descend dans l'échelle sociale plus on constate que l'Europe c'est d'abord le père fouettard, le nouveau gros mot du capitalisme à la mode. C'est Renault qui va construire sa nouvelle usine en Tchéquie, oubliant ainsi ce qu'elle doit à son histoire, à l'Etat qui l'a soutenue pendant tant d'années et j'allais le dire aux contribuables français qui ont mis si souvent la main à la poche !  L'Europe c'est le bureau d'Etude à l'Ouest et les fabrications à l'Est, en d'autres termes : l'Europe c'est la guerre ouverte aux catégories populaires de l'Ouest qui se voient sans cesse invitées à s'aligner sur le moins disant sociale !

Tiens çà me fait penser à des proches qui s'extasiaient, il y a quelques années, devant les performances de leur maçon Chilien : tu te rends compte on est dimanche, il est 20 h et il faut lui demander de s'arrêter de bosser pour venir diner !"

Bah oui, sans doute que dans la prochaine usine de Tchéquie on aura un peu ce genre de scènes, avec des ouvriers qui, durant un temps au moins, viendront acclamer avec passion les esclavagistes qui les feront travailler, alors que pendant ce temps nombre d'ouvriers français rongeront leur frein devant la porte fermée de pôle emploi ou la carcasse calcinée de leur ancienne usine.

Comment mieux résumer le clivage politique Français, comment mieux illustrer ce désastre européen qui n'est peut être pas un mouvement intentionnel de l'institution elle même, mais qui n'en produit pas moins des frustrations insoutenables ? Peut on faire l'Europe en recréant de tels clivages ? Pourra t-on être européen, sans communion ?

Pourquoi l'Europe n'aurait elle pas un volet populaire ?

J'ai bien dit un volet populaire et pas un volet social !

Je ne réclame pas l'aumône, je revendique la dignité, ce qui est totalement différent : si l'Europe promet plus de rentabilité au capital et de fruits à ceux qui "gagnent" pourquoi je n'en ai pas ma part ? Pourquoi l'économie réalisée lors des délocalisations ne se dirigent elle que vers le capital qui l'a organisée, cette Europe ne serait elle pas en mesure de changer les choses de ce côté là ?  Taxer la délocalisation, imposer justement la défiscalisation ? Un certain niveau de fédéralisme ne pourrait il pas imposer un minimum social et fiscal ?

Et puis, et puis, qui peut dire que la politique même de la banque centrale européenne est sans effet sur la destructuration de l'équilibre sociale en Europe de l'ouest ? L'Euro cher : c'est bien pour les catégories sociales élevées parce qu'il est synonyme de taux d'intérêt bas et d'un prix d'actifs élevés, mais qu'en est il pour les classes populaires qui de ce fait ne parviennent plus à se loger et voient les concurrences internationales s'accroître ?

L'Europe a t-elle vraiment intérêt à punir les classes populaires de ses pays riches ?

Franchement je me le demande et je me le demande d'autant plus que je dois être un des rares ouvriers Français à croire dans ce projet ! Je veux croire encore que l'Europe est un beau projet, mais pour appuyer mon parti pris, j'aimerais tellement que l'Europe se penche sur le cas de nos catégories populaires ! Elles ont aussi des aspirations, et parfois des étoiles plein les yeux. D'où vient l'idée selon laquelle celles ci (déjà jaunes ) ne pourraient pas évoluer sur fond bleu ? 

 

 

 

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