Au delà de la justice : la grâce

Enfin le Chef de l'Etat a mis fin à ce feuilleton judiciaire et gracié Jacqueline Sauvage ! On peut, peut être, lui reprocher d'y avoir mis le temps, mais le résultat est là et il faut souhaiter avant tout que Jacqueline Sauvage, elle même, puisse jouir le plus longtemps possible de cette liberté retrouvée !

 

Oui à l’humanité, non à l’oubli

Je viens d’apprendre une décision qui m’enthousiasme : Jacqueline Sauvage a été graciée par le président de La République et celle ci devrait très prochainement sortir de prison ! Je crois qu’il faut saluer cette décision qui, j’espère, mettra fin à cette terrible affaire et permettra à tous ces protagonistes de retomber dans un anonymat qu’ils n’auraient jamais dû quitter !

On pourra dire ce que l’on veut sur cette « méchante femme » et nul doute que les trois balles tirées par celle-ci contre son mari auront pesé lourd dans les décisions des jurés qui ont condamné par deux fois l’intéressée aux assises.

N’empêche qu’aurait on gagné à conserver cette femme derrière les barreaux ? La peine qu’elle a subie, les malheurs qui ont été les siens, ne constitueront ils pas un prix suffisant ? L’opprobre cessera t-il de s’exercer dés lors que Jacqueline aura quitté sa cellule ?

Bien sûr que non, au quotidien, chacun se souviendra en croisant cette femme de ce qu’elle a fait. J’en veux pour preuve les propos de mon grand père à l’égard de sa voisine(une femme pourtant adorable) impliquée dans une affaire similaire il y a bien longtemps : « elle a quand même tué son bonhomme ». Oui, pour 50 % des personnes sur terre, cette femme « aura tué son bonhomme » et personne ne pourra nier ce fait intangible.

Oui, faute d’avoir vu les coups pleuvoir, les humiliations se multiplier, et bien sur les actes supposés contre nature d’un père, l’opinion, le voisinage, le système compteront et recompteront à sassièté ces trois coups de fusil implacables, et moi même, homme, je ne pourrai m’empêcher d’y penser ! Ces trois détonations tueront dans l’œuf toutes les tentatives pour révéler, pour réveiller, ces « tortures à bas bruit », ces humiliations abjectes. Il en faudra alors du courage à jacqueline Sauvage pour surmonter le regard des autres, supporter les réflexions sans y répondre, autant dire que l’intéressée n’en a pas fini avec cette affaire. En fait, sa peine ne fait que débuter, il reste en effet à l’intéressée à regagner la confiance du monde extérieur, à reprendre son rang, de citoyenne et de femme normale, et çà, c’est une autre affaire ! Le Président a gracié, mais l’opinion, elle ?

Condamnée à vivre parmi nous, donc, Jacqueline Sauvage, petit soldat perdu d’un honneur bafoué, a encore du chemin à faire. Il va lui falloir réapprendre à marcher la tête haute , alors même qu’ elle n’a pas fini de porter son malheur. Elle a tué, elle n’en disconvient pas, elle a porté la mort et il va lui falloir vivre! Vivre avec !

Ceux qui croient que c’est une peine bien légère à coté de celle qu’elle aurait dû endurer se trompent. Entrer quelque part sans susciter de passion, passer inaperçue, redevenir Madame Sauvage (et mon dieu, avec un nom pareil !) va prendre du temps. Souhaitons lui donc de vivre de manière un peu apaisée. Ce n’est peut être pas juste pour la mémoire de sa victime, mais c’est ce que la société dans son ensemble peut espérer de mieux pour tout le monde. Cette liberté n’atténue sans doute pas la culpabilité, mais si l’on en croit encore les rapports établis sur cette triste affaire, l’opinion, le public auraient été mieux inspirés d’intervenir avant, et leur impuissance a tout autant forcé le destin que ces trois épouvantables coups de feu. Nous n’avions pas à tolérer l ‘intolérable mais il aurait fallu y remédier avant, avant donc de nous ériger, même à raison, en donneurs de leçon.

…Ce pardon nous honore donc. Il est, bien sûr, au dessus de ce que la société aurait pu, aurait dû pourtant accorder, à cette "méchante femme" mais il rappelle à chacun que nous avons tous, sans exception, droit à la dignité et au sentiment qu’au fond l’espoir peut exister.

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