Retrouver le chemin de la croissance

On se scandalise souvent de l'apathie des sans emplois et par ces motifs il est de bon ton de désigner ces derniers sous les vocables de feignants, parasite et autre noms d'oiseau. Pourtant...

J'entends déjà vos critiques mais laissez moi m'expliquer : 

de ma longue expérience de chômeur précaire et inadapté, je n'ai pas tiré grand chose et sans doute que mon parcours professionnel en fera sourire plus d'un. De là à dire que je suis mal placé pour donner des leçons, vous aurez peut être raison, mais justement, cette raison dont vous vous parez sera, au moins pour certain, la preuve que vous avez tort !

En effet s'il est de bon ton de critiquer et de fustiger les personnes qui paraissent apathiques et "sans ambitions", force est de constater qu'on n'invite pas vraiment les plus fragiles à changer et surtout à s'intégrer dans le milieu de l'emploi. Tout et fait même pour les en dissuader.

J'en veux pour preuve les multiples expériences que j'ai opérées en tant que demandeur d'emploi, ou même en tant que salarié. Le milieu du travail reste ainsi et avant tout un milieu de production et non un centre d'intégration social. On jauge, on évalue, on mesure chaque jour la performance de chacun et éventuellement on la sanctionne quand celle ci apparait trop faible. Je ne parle même pas là des concours d'entrée dans les administrations qui ne sont faits que pour rassembler, certes, les bêtes à concours, mais aussi pour participer à l'éviction des autres, de tous les autres. 

  Bref, et c'est là que je veux en venir : depuis pas mal d'années déjà, le marché de l'emploi c'est le marché de l'exclusion, de l'élimination ("malgré tout l'intérêt qu'a suscité chez nous votre candidature...).

Fort de ce constat, on est bien obligé d'admettre qu'avant même d'entrer sur le marché du travail : beaucoup de personnes apprennent (et parfois de manière durable) à en être exclues ! Superbe accueil, non ? 

Alors bien sûr, on ne va pas contester ici la légitimité du milieu économique à sélectionner ses collaborateurs, mais...

Mais justement peut être que le malaise de nombreux inscrits à Pôle emploi vient de là : de l'idée que de toute manière le marché de l'emploi ne veut, ou ne voudra, pas d'eux !

Autrement dit, si on reprenait un peu la logique du marché qui veut que ce soit l'offre qui fait le marché : on serait bien obligé de considérer que si le marché de l'emploi est à ce point déprimé c'est que l'offre ne fait pas son boulot ! Mieux on pourrait glisser discrètement à certains employeurs que s'ils veulent trouver des salariés, il faut les payer, pardon : bien les payer ! On pourrait même imaginer qu'un Président Français reprenne cette idée à l'instar d'un de ses grands homologues (suivez mon regard ).  

Salaires directs trop bas, perspectives d'évolution nulles et dans certains secteurs des heures de travail qui comptent double (suivez mon regard), comment éviter que les employés potentiels fuient ces postes dés qu'ils le peuvent ? Pardon comment mieux expliquer le fait que malgré des taux de chômage records on ne trouve personne pour occuper les rangs dans les salles ou les cuisines ? 

Peut être que le regretté B Loiseau pourrait avancer quelques explications sur le sujet. Peut être que le milieu du travail en lui même n'est pas la douce terre promise que nombre de chômeurs imaginent avant de se heurter à la dureté revendiquée du milieu  ! Pourquoi tant de suicides ? Pourquoi tant de dépressions et de mouvements violents ?   

Compétition, élimination, productivité accrue et ... salaire en berne (?) comment mieux expliquer le désarroi de la demande face à une offre qui continue de se croire maîtresse du marché, surtout dans un pays où l'un de ses corolaires :  le marché du logement, est aussi impitoyable ? 

Allez, j'espère qu'on pardonnera son esprit critique au rédacteur de ces lignes, mais à l'heure où l'on parle en permanence de "la réforme du marché du travail", il me semble que sans une réflexion approfondie sur les conditions dans lesquelles on entre et on se maintient dans l'emploi on ne parviendra pas à endiguer le chômage. Transformer l'entreprise ou le milieu du travail en "milieu de vie et d'intégration POUR TOUS" est donc sans doute un des chantiers les plus ambitieux que le monde économique ait à conduire, mais c'est peut être le seul moyen pour nos sociétés de retrouver le chemin de la croissance, alors... 

 

     

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