Convertir nos centrales à charbon à la cogénération biomasse, un atout pour la PPE

Plutôt que de fermer les quatre dernières centrales électriques françaises fonctionnant au charbon, il serait beaucoup plus écologique, économique et soutenable de les convertir en grandes unités modernes de cogénération biomasse-biogaz à haut rendement, indispensables dans le contexte de la transition énergétique de la France.

Dans ma contribution au débat public PPE[1], "Vers un système énergétique efficace pour la France", je montrais que la mise en place d'une architecture énergétique efficace en France au cours de la prochaine décennie nécessite de modifier profondément le système énergétique actuel, intrinsèquement inefficace, en construisant les futurs réseaux énergétiques intelligents couplés, basés sur l'imbrication étroite et complémentaire entre l'électricité, la chaleur, le froid et le gaz (Smart Energy System).

Comme il est impératif de fermer d’ici 2030 les plus anciens des réacteurs nucléaires après leur 40ème année de fonctionnement pour diverses raisons de sécurité (vieillissement, fissures, risques terroristes, large modulation risquée en suivi de charge, etc.), d’efficacité (difficulté de la cogénération nucléaire, surproduction d’électricité, introduction de la flexibilité de la demande électrique, élimination du chauffage électrique et des pointes de charge hivernales), de coûts (économie de grand carénage,  déplacement des charges nucléaires vers les investissements efficaces et générateurs d’emplois dans les réseaux intelligents, les réseaux de chaleur, les énergies renouvelables, la mobilité et le stockage électrique), l’abaissement de la puissance installée du parc nucléaire d'au moins 20 à 22 GW doit impérativement s’accompagner de la montée rapide et simultanée en puissance des parcs éoliens et photovoltaïques, de la rénovation et de l’extension des STEP (stations de transfert d’énergie par pompage), de la mise en place des stockages électrochimiques (batteries fixes rédox-flow, véhicules électriques V2G-G2V), et de la construction et de l’extension des réseaux de chaleur:

  • en les connectant aux réseaux électriques intelligents par des pompes à chaleur industrielles absorbant les excès d'électricité éolienne ;
  • en les alimentant systématiquement par des champs de capteurs solaires thermiques, très efficaces, soutenables et productifs ;
  • en les couplant à de nouvelles centrales de cogénération biomasse-biogaz (voire hydrogène) de haut rendement énergétique global (supérieur à 94%, alors que le rendement d’un réacteur nucléaire n’est que de 33%).

C'est dans ce contexte que le problème posé par la fermeture des quatre centrales à charbon encore en fonctionnement en France à Cordemais (Loire-Atlantique), à Gardanne (Bouches-du-Rhône), au Havre (Seine-Maritime) et à Saint-Avold (Moselle) peut trouver une réponse écologique et sociale moderne, soutenable et efficace.

Étant donnée la trop faible part de la cogénération en France (2%), il est indispensable que notre pays se dote rapidement d'un parc de plusieurs unités de grande cogénération biomasse ou biogaz pouvant servir à moduler la puissance du réseau en complément de la part variable de l'électricité éolienne et photovoltaïque (installations de back-up), avec des temps de réponse rapide de l'ordre de la minute à la dizaine de minute, parallèlement à l'hydroélectricité des barrages et des centrales hydroélectriques au fil de l’eau dont le potentiel pourrait ainsi être mieux valorisé au lieu d’être gaspillé dans la modulation de suivi de charge.

Il est à cet égard indispensable de disposer au plus vite d'un parc de quelques centrales de cogénération, totalisant entre 1 à 2 GW de puissance disponible, connectées d’une part aux réseaux de chaleur pour la récupération de l'énergie thermique, et capable d’autre part d'assurer la régulation de puissance du réseau électrique national et régional.
Comme je l’ai exposé dans ma contribution, ainsi que dans mon étude publiée dans les Cahiers de Global Chance[2], c’est la solution que le Danemark, qui est le pays le plus avancé au monde dans le développement de la cogénération et de l’électricité éolienne, met en œuvre actuellement en sortant du charbon par la conversion à la biomasse et au gaz puis au biogaz de toutes ses anciennes centrales de cogénération au charbon.

C'est la solution que je propose pour nos quatre centrales électriques au charbon encore en fonctionnement en France : au lieu de les fermer brutalement, il serait infiniment plus utile, efficace et donc écologique de les convertir au plus vite à la cogénération biomasse après modernisation de leurs chaudières de combustion, de leurs turbines et de leurs installations de contrôle-commande en suivi de charge, et de les connecter aux réseaux de chaleur locaux dont il faut repenser la structure.
Ceci permettrait en outre, non seulement le maintien des emplois dans ces centrales, mais la création d'autres emplois nécessaires à ces conversions et à ces modernisations, ainsi qu'à la création ou à l’extension des réseaux de chaleur, indispensables à l'efficacité énergétique de la France.
De plus, la création de partenariats entre les agriculteurs, les forestiers locaux et ces centrales publiques de cogénération biomasse permettrait d'assurer une revitalisation des activités agricoles et forestières dans une perspective soutenable (sans engrais ni pesticides) grâce à l’accroissement de la demande en biomasse à cycle court, au développement du biogaz et au retour des cendres de combustion aux agriculteurs en substitution des engrais minéraux.

 

[1] https://ppe.debatpublic.fr/systeme-energetique-efficace-france

[2] La transition énergétique du Danemark : un modèle de planification démocratique européen, T. de Larochelambert, Les Cahiers de Global Chance n°38 – janvier 2016, http://www.global-chance.org/IMG/pdf/gc38p17-55.pdf.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.