L'Enseignement Supérieur et la Recherche, entre LRU et PIA

L'appel lancé dans Médiapart par un certain nombre de Présidents de nos Universités françaises fait écho à la loi LRU de Pecresse qui avait mobilisé fortement les chercheurs que nous sommes à travers les actions de Sauvons la Recherche. Entretemps, le gouvernement actuel a enfoncé le clou et privilégié la tendance politico-économiste néolibérale dans sa forme qui consiste à regrouper – artificiellement si nécessaire – les Universités et pôles de Recherche pour drainer les financements et les attirer vers les grosses unités et les grandes métropoles sur des objectifs qui visent de plus en plus l'application industrielle au détriment du fondamental, la concentration au détriment des petites structures et des tissus locaux, pour créer un affichage souvent artificiel (sur le plan territorial) en ne faisant plus apparaître qu'un nombre réduit de pôles d'Enseignement Supérieur et de Recherche susceptibles de passer le seuil des 100 premiers du classement de Shanghaï, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il ne correspond en rien au fonctionnement et à la structure fondamentale de la Recherche en France (les laboratoires des centres de recherche CNRS, CEA, INSERM par exemple n'y figurent pas alors qu'ils représentent une part considérable des résultats et de la production scientifique ; les prix Nobel sont survalorisés, ainsi que certaines revues scientifiques ; les aspects didactiques et épistémologiques ne sont pas comptabilisés, etc.).

On en vient à marier de force des Universités qui n'ont pratiquement aucun lien historique entre elles sur des territoires énormes, avec la même absurdité politicienne qui prévaut au regroupement forcé et absurde (sur le plan géographique, historique et écologique) des régions françaises dans des super-régions purement administratives et bureaucratiques, sans âme ni squelette, encore plus éloignées du Peuple que le sont déjà certaines régions.

Les risques soulignés par l'appel des Présidents d'Universités sont réels et les luttes d'influence pour exister, passer devant les autres Universités, phagocyter les petites Universités se voient inévitablement renforcés, quand il faudrait au contraire irriguer davantage les petites structures pour y attirer et former les jeunes à la recherche, l'Enseignement et les métiers de la connaissance et de la décision de manière efficace et démocratique, en stimulant financièrement non seulement les grandes structures (ce que l’État français sait très bien faire depuis des lustres) mais aussi les petites structures décentralisées dans les petites et moyennes villes, les logements étudiants, les laboratoires innovants locaux, et en équilibrant les recherches fondamentales et appliquées.

Il faut dénoncer – et c'est aussi le sens de cet appel que j'approuve - le désengagement de l’État au profit des collectivités territoriales, source de gaspillage administratif et financier mais aussi d'inégalité territoriale, et instaurer un véritable service public d'enseignement supérieur démocratique et républicain, capable d'harmoniser et de dynamiser l'ensemble des territoires de la France dans des conditions réelles d'égalité et de stimulation de la créativité scientifiques.

C'est ainsi qu'émergent les élites scientifiques du Peuple et non des oligarchies autocratiques sans contrôle démocratique.

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