Chine : +82% de millionnaires en un an

La lente adoption de l’économie de marché et du capitalisme par la Chine s’est accompagnée de taux de croissance soutenus, compris entre 9 et 10% par an pour les 30 dernières années.  Le phénomène s’est accéléré avec l’entrée du pays dans l’OMC en 2001, qui a ouvert les vannes de l’appareil de production chinois. Durant la dernière décennie, le pays s’est considérablement enrichi, en se hissant progressivement à la seconde place de l’économie mondiale, derrière les Etats Unis.

Un accès fulgurant à la richesse

Toutefois, la richesse des Chinois est longtemps restée très relative, la progression de l’économie reposant plus sur une population nombreuse que sur un véritable enrichissement. Par ailleurs, l’économie chinoise a longtemps été tirée par les investissements et les exportations au détriment de la consommation et du marché intérieur.

Il semble que le pays ait désormais franchi une nouvelle étape. Selon l’étude « Golbal Wealth » publiée par le BCG (Boston Consulting Group) en 2014, la Chine compte aujourd’hui 2,4 millions de millionnaires. Et la progression est fulgurante : + 82% en seulement un an !

A titre de comparaison, le Japon en dénombre seulement 1,2 millions. Et seuls les Etats-Unis comptent plus de millionnaires que la Chine (7,1 millions sur les 16 millions de millionnaires mondiaux).

Toutefois, ces données doivent être relativisées au vu de la méthode de calcul retenue. Le BCG n’a retenu dans le champ de son étude que les millionnaires en patrimoine mobilier (actions, cash et investissements financiers). Ces chiffres excluent donc le patrimoine immobilier des ménages, ainsi que les actifs illiquides (art ou objets de luxe notamment). Dans ces conditions, il est évident que les chiffres du Japon sont largement sous-valorisés, quand on sait que les prix de l’immobilier atteignent des sommets dans l’archipel.

Le calcul tend également à sur-représenter les économies ayant choisi un système de retraite par capitalisation, dans lesquelles les ménages détiennent une épargne liquide considérable sous forme d’actifs financiers afin de survenir à leurs besoins futurs.

 Des équilibres mondiaux bouleversés

Toutefois, la tendance est nette : les Chinois s’enrichissent, et ils s’enrichissent vite. En 2013, la fortune privée mondiale a progressé de 15% pour atteindre 152 000 milliards de dollars. Et cette progression est très largement tirée par la Région Asie-Pacifique (hors Japon), dont la richesse a cru de 31% sur un an.

Et cette tendance bouleverse les équilibres mondiaux. L’étude du BCG prévoit ainsi que la région Asie-Pacifique dépassera l’Europe en 2014, pour devenir la deuxième région mondiale en termes de capitaux privés, derrière l’Amérique du Nord.

Le marché du luxe est donc promis à un bel avenir en Asie, et en Chine en particulier. A ce titre, la campagne anti-corruption déclenchée l’an dernier qui avait provoqué un ralentissement des ventes de produits de luxe dans le pays fait figure d’épiphénomène. Les marques européennes, qui jouissent en Chine d’un prestige certain ont encore de beaux jours devant elles et les dépenses somptuaires sont loin d’être oubliées, dans un pays où les signes extérieurs de richesse sont culturellement valorisés.

La première classe moyenne mondiale

La « République Populaire de Chine » est aujourd’hui le pays qui produit le plus de millionnaires au monde, mais la croissance ne profite pas seulement à une poignée de privilégiés. D’ici 10 ans, la classe moyenne chinoise comptera 500 millions de ménages, selon une étude produite par le cabinet EY. Et en 2030, 70% des ménages auront accès à la consommation, formant une classe moyenne d’un milliard d’individus.

Thierry Leprince

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