La nomination de Rémy Heitz : le fait du prince.

Nicole Belloubet a donc  choisi Rémy Heitz, l'actuel directeur des affaires criminelles et des grâces, pour succéder à François Molins au poste de procureur de Paris. Il s'agit d'un très mauvais signal envoyé avec le choix de ce profil assez politique qui jette l'opprobre sur l'indépendance du parquet.  Thierry Paul Valette

Nicole Belloubet a donc  choisi Rémy Heitz, l'actuel directeur des affaires criminelles et des grâces (DACG), pour succéder à François Molins au poste de procureur de Paris. Il s'agit d'un mauvais signal envoyé que le choix de ce profil assez politique. De toute évidence, l'indépendance du parquet ne sera pas pour aujourd'hui. Dans un contexte d'affaiblissement, Emmanuel Macron retente donc de reprendre la main et de remettre de l'ordre.

La ministre de la Justice Nicole Belloubet a choisi Rémy Heitz pour remplacer François Molins La ministre de la Justice Nicole Belloubet a choisi Rémy Heitz pour remplacer François Molins

Le nom de ce proche de Jean-Pierre Raffarin avait circulé pendant le psychodrame ou le président Emmanuel Macron avait été pointé du doigt concernant le choix du remplaçant à François Molins. L'Élysée ayant recalé nombreux profils.

Les magistrats candidats à la succession de François Molins à la tête du parquet de Paris avaient jusqu’à lundi minuit pour envoyer leur candidature à ce poste très exposé et au centre d’une polémique, l’Élysée étant accusée d’intervention dans le processus de nomination.

Le ministère de la Justice avait lancé le 24 septembre un nouvel appel à candidatures, alors que trois candidats à la succession de M. Molins avaient été reçus en juillet par la garde des Sceaux Nicole Belloubet. Marc Cimamonti, procureur de Lyon, était, de sources concordantes, le candidat favori de la ministre. Mais selon Le Canard enchaîné et Le Monde, le président de la République Emmanuel Macron est lui-même intervenu pour s’opposer à ces trois candidatures retenues par la garde des Sceaux.

Ce poste stratégique qui cumule de nombreuses affaires, est incontournable pour l'actuel locataire de l'Élysée. Des dossiers sensibles y seront traités et des réquisitions devront être prises dans les affaires "Bénalla", "Nyssen", "Pénicaud" etc...D'une certaine manière ce choix stratégique jette l'opprobre sur l'indépendance du parquet.

L'exécutif garde donc son emprise sur le ministère public de cet ancien conseiller technique au cabinet du Premier ministre chargé de questions de justice. Par ailleurs sous l'ère Jacques Chirac, entre 2003 et 2006, Rémy Heitz était surnommé "monsieur sécurité routière.

Le fait que Emmanuel Macron s’immisce ainsi dans le choix du successeur de François Molins est très inquiétant concernant la séparation des pouvoirs. L'exécutif a de facto entravé le bon fonctionnement des institutions.

Cette nomination est une volonté de renforcer le pouvoir présidentiel. L’affaire Benalla avait en effet mis à jour les difficultés entre l’exécutif et une partie de l’administration publique. Renforcer les rouages d'une administration qui échappe au président de la République est une pratique   contraire à l'éthique du nouveau monde que nous promettait le candidat LREM à l'élection présidentielle de 2017. 

Désormais,  une suspicion permanente planera sur toutes les décisions qui seront prises par le parquet de Paris.

 

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