Richard Ferrand: la présidence qui achève la moralisation politique d'Emmanuel Macron

Le nouveau monde versus Emmanuel Macron n'aura pas duré longtemps. L'élection de Richard Ferrand au perchoir sonne le glas de la moralisation publique tant vantée par le président de la République lors de la campagne présidentielle de 2017. Le député du Finistère vient d'être élu pour être le nouveau patron de l'Assemblée nationale. Thierry Paul Valette

UN COUP DUR PORTÉ À LA MORALISATION PUBLIQUE 

FIN DU NOUVEAU MONDE... 

C'était une élection jouée d'avance du fait de la majorité absolue du parti LREM. Le candidat était est assuré d’être élu après une campagne interne agitée. Seulement la victoire de Richard Ferrand n'est pas sans conséquence. Loin des questions du renouveau et de féminisation des hautes fonctions de l'État, c'est de la moralisation publique dont il est la plus question. 

Richard Ferrand élu président de l'Assemblée nationale. Richard Ferrand élu président de l'Assemblée nationale.

C'était le premier chantier du candidat fraîchement élu. Emmanuel Macron avait signé, le vendredi 15 novembre, la loi de moralisation de la vie politique. Une mise en scène pour immortaliser l'instant directement inspirée des fameuses signatures de son homologue Donald Trump. Le président de la République avait expliqué qu'il restait fidèle à ses engagements de campagne. Cette moralisation devait donc constituer une vraie rénovation de la vie politique et l'entrée dans le nouveau monde. 

Emmanuel Macron signe la loi de moralisation de la vie politique Emmanuel Macron signe la loi de moralisation de la vie politique

Mais il aura fallu un an à peine pour que l'illusion du nouveau monde s'envole et avec elle la fin de l'état de grâce du président Macron. Malgré les délicatesses du nouveau président de l'Assemblée nationale avec la justice, être fidèle d'entre les fidèles paye encore.

DES AVANTAGES CONSÉQUENTS...

Par conséquent Richard Ferrand pourra désormais jouir d'avantages importants. Il disposera donc de l'hôtel de Lassay un prestigieux bâtiment qui date du 18e siècle est accolé au Palais Bourbon. À sa disposition : des appartements privés et plusieurs salons de réception sans oublier une cuisine digne des restaurants étoilés et une exceptionnelle cave à vin. À cette confortable liste s'ajoute un abonnement gratuit aux lignes TGV et des voitures de fonction. 

L'Hôtel de Lassay vu du "Jardin des quatre colonnes"L'Hôtel de Lassay vu du "Jardin des quatre colonnes" afp.com/JACQUES DEMARTHON L'Hôtel de Lassay vu du "Jardin des quatre colonnes"L'Hôtel de Lassay vu du "Jardin des quatre colonnes" afp.com/JACQUES DEMARTHON

Sa rémunération mensuelle s'élèvera à presque 20 000 euros bruts. En effet le titulaire du "perchoir" cumule de nombreuses indemnités :

     - celle de base perçue par tous les députés :7.209 euros bruts

     - une indemnité spéciale de 7.267 euros bruts

     - une indemnité représentative de frais de mandat ( IRFM ) : 5.840 euros bruts

Pour rappel, une grande partie de ses revenus ne sera pas soumise à l'impôt sur le revenu.

RETOUR À L'ANCIEN MONDE...

Richard Ferrand avait quitté le gouvernement en juin 2017 en raison d'une enquête le concernant. Seulement Emmanuel Macron après lui avoir demandé de démissionner l'a sollicité pour briguer la présidence du groupe La République en marche à l'Assemblée nationale. Son départ faisait suite à ceux de François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard. 

François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard. François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard.

L'AFFAIRE DES MUTUELLES DE BRETAGNE...

L'ancien chef des députés La République en marche avait été mis hors de cause par le parquet de Brest dans l'affaire des mutuelles de Bretagne. L'affaire a été classée sans suite par le nouveau procureur, Jean-Philippe Récappé. Les infractions d'abus de confiance et d'escroquerie ne sont pas constituées faute d'un préjudice avéré. Mais l'affaire avait rebondi en janvier 2018 : le parquet national financier (PNF) s'est penché sur le dossier. C'est le parquet de Lille qui désormais devra trancher sur cette situation.

hqdefault-4

UNE MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE EN FRANCE COMPLIQUÉE...

La question de la moralisation publique a encore de beaux jours devant elle. Les belles phrases fusent et les actes ne suivent pas. Il est évident que de simples mesures symboliques ne peuvent plus suffire.

C'est toute une mentalité qu'il faut désormais changer. Encore de trop nombreuses pratiques et de mauvais comportements viennent discréditer la vie politique française.

Les citoyens tolèrent de moins en moins cette situation qui fait de la France un mauvais élève par rapport aux pays scandinaves. Le principe de "recevabilité", d'avoir à rendre des comptes ne s'inscrit pas dans la culture historique de la France. L'inefficacité en matière de contrôle des comptes publics démontre que la corruption n'est pas encore assez sanctionnée.

L'élection de Richard Férrand porte donc une atteinte majeure à ce voeu de moralisation de la vie publique. De facto la République des "fidèles", des "amis" et des "petits arrangements" risque de perdurer encore quelques années.

AUCUNE DÉMISSION EN CAS DE MISE EN EXAMEN POUR RICHARD FERRAND...

Contrairement à la règle posée par Edouard Philippe pour les ministres, Richard Ferrand exclut de démissionner s'il est mis en examen. Un vide juridique que compte bien exploiter le président de l'Assemblée nationale. Selon lui une décision procédurale n'a pas vocation à décider de l'avenir d'un parlementaire. Pourtant le principe d'Emmanuel Macron est clair :"Un ministre qui serait mis en examen devrait démissionner". Ce principe s'applique ausi aux collaborateurs. Mais voilà que cette règle de moralité ne s'applique pas aux députés. La séparation des pouvoirs est de facto l'alibi parfait pour exclure une éventuelle démission. La moralisation de la vie publique ne serait donc pas une évidence pour tous...

 

Thierry Paul Valette

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.