L'audition d'Alexandre Benalla, le coup de force institutionnel réussi du Sénat

Benalla est bel et bien devant le Sénat mais il aura tenté de mettre à mal l'institution au nom du principe d'indépendance de l'autorité judiciaire. Par conséquent des sujets seront écartés. Cette commission qui a peu de chance d'apporter des précisions supplémentaires aura tout de même le mérite d'exister. Thierry Paul Valette

ALEXANDRE BENALLA DEVANT LE SÉNAT, l'HOMME QUI AVAIT DÉMORALISER LA POLITIQUE MACRONIENNE.

Alors qu'Emmanuel Macron sort la carte du volet social avec le plan pauvreté, l'affaire Alexandre Benalla continue de faire parler d'elle. La fonction présidentielle, avec ses lots de privilèges et de copinages avait été égratignée dans cette affaire. 

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Alexandre Benalla a donc finalement accepté de se rendre devant la commission d'enquête du Sénat. Ainsi les sénateurs vont tenter de faire la lumière sur son rôle précis et ses fonctions au sein du palais présidentiel.

Le 1er mai à Paris il s'était rendu coupable de violences contre un manifestant. L'homme qui est mis en examen avait dans un premier temps évoqué le "principe de la séparation des pouvoirs" pour ne pas être auditionné : l'article 6 de l'ordonnance du 17 novembre 1958 

Alors pourquoi l'homme a-t'il changé si vite d'avis ?  La raison avancée est celle des poursuites judiciaires. En effet, le refus de se présenter est punissable de deux ans d'emprisonnement et 7500 euros d'amende.

Alexandre Benalla a averti dans son communiqué que ses prises de paroles seront limitées : "je ne pourrai répondre à aucune question concernant les faits dont la justice est saisie"; "je ne pourrai pas non plus répondre aux questions dont la réponse supposerait de violer le secret de la défense ou le secret professionnel auquels je suis lié". Ses dernières déclarations ont été violentes : "Je n'ai aucun respect pour eux"

Cette démarche du Sénat a donc peu de chances de faire la lumière sur ce dossier.

Un peu avant c'est la ministre de la justice en personne qui était positionnée sur une éventuelle absence d'Alexandre Benalla brandissant l'aspect de la séparation des pouvoirs. Nicole Belloubet en "avocate" de l'ex bras armé du président. Une attaque frontale envoyée au Sénat. Ce n'est pas la première foiso que cette institution est pointée. 

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En effet depuis cinquante ans, certains s'interrogent sur l'utilité du Sénat et son éventuelle supression. Son fonctionnement est souvent jugé opaque et inutile. Le principe de "la navette" est souvent critiqué. Emmanuel Macron avait devant le Congrès à Versailles évoqué le sujet. Le général de Gaulle avait lui aussi estimé que le Sénat était :" le talon d'Achile qu'il faut opérer". N.Mamère, L.Jospin et JL.Mélenchon l'avaient pointé du doigt.

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Son budget considérable est fortement mal vu : 350,9 millions d’euros ( 323,6 issus de l’Etat ) en 2017. Cette insitution qui pour certains est viellissante et conservatrice joue t'elle son va-tout ? 

Cette institution se veut donc un maillon important dans l'appareil législatif et entend ainsi peser de tout son poids dans le jeu politique. L'affaire Benalla est donc l'occasion de prouver sa valeur ajoutée au Parlement. Espérons que des réponses puissent être apportées mais réjouissons-nous que le pouvoir ne soit pas in fine concentré entiérement autout d'un seul homme : le président de la République.

Thierry Paul Valette 

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