Coronavirus: situation tendue à la prison de la Santé

Alors que les prisons ne sont pas épargnées par l'épidémie de coronavirus, les conditions sanitaires de détention restent inquiétantes même à la prison de la Santé. Le Conseil d'Etat a récemment rejeté une demande visant à renforcer les mesures de précaution. Le taux d'occupation des prisons reste supérieur à 100 %. Thierry Paul Valette

Depuis le début du confinement, la pression ne cesse de grimper dans les prisons en France. La peur de la contagion est là. Les mutineries sont une source d'inquiétudes.  Un détenu de la prison de Fresnes (Val-de-Marne) et un surveillant du centre pénitentiaire d’Orléans-Saran sont déjà décédés du Covid-19. 

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La prison de la santé n'échappe pas à ces problématiques malgré les importants travaux de rénovation qui ne sont que "cache-misère". Cette prison n'a pas plus d’atouts que d’autres établissements d’Ile-de-France. Pour, en janvier, une coupure  d'eau avait déjà touché l’établissement durant plusieurs jours. Il était impossible de se laver, de tirer la chasse d’eau . Or, se laver régulièrement les mains étant le seul des gestes barrière à peu près applicables en prison. Un cas de coronavirus a déjà  été identifié :le rappeur MHD.

Les inquiétudes se lisent dans le regard des surveillants qui sont eux-même dépassés par la crise du Covid19 et du manque des moyens à leur disposition. Les masques et les gants sont rares et peu de personnes en portent. Les détenus avaient demandé que les repas soient servis dans des barquettes.

La drogue, quant à elle, continue de rentrer au sein de la prison. On achète ainsi la paix sociale. Avant, c’était par les parloirs. Maintenant, c'est par les cellules qui donnent sur la rue. Les surveillants le savent et laissent faire.

 

 Les conditions de détention de la prison de la Santé mettent en danger les détenus et les surveillants. Les toilettes sont ouvertes dans ce minuscule espace sans porte ou il n'y a aucune intimité. Des fenêtres ont été condamnées pour éviter que les cris des détenus ne dérangent le voisinage.

Aujourd’hui, en raison de l’épidémie, il n'a plus d’école ou d’atelier, de sport. Les soins sont très limités et les consultations en psychiatrie ajournées. L'hygiène se dégrade de jour en jour alors qu'elle devrait se renforcer. Le nettoyage du linge n'est plus assuré par les familles suite à la suspension des parloirs.

L'absence de matériel de protection et de désinfection n’est toujours pas fourni. Les mesures de distanciation sociales sont impossibles et non respectées par les surveillants. 

Cet état de fait à la prison de la santé comme dans d'autres centres pénitenciers est plus qu'alarmant. Le lancement de la campagne de libération massive de détenus en fin de peine n'est pas suffisant. 

Plus grave encore, une ordonnance est venue adapter les règles de la procédure pénale à l’état d’urgence sanitaire.  Ainsi elle prolonge de 2 à 6 mois tous les délais maximums de détention provisoire et une circulaire du lendemain vient même préciser que l’allongement de la détention est automatique, sans débat, sans avocat et sans juge.

Les détenus provisoires sont présumés innocents et leur détention ne doit être qu’une exception. Pourtant, cette contorsion fait de cette exception une règle. Ils sont donc maintenus en détention dans des conditions indignes mettant en jeu leurs vies et leur santé.

Thierry Paul Valette

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