LA SÉCURITÉ INTERIEURE, UNE GÉOPOLITIQUE GÉOSTRATÉGIQUE À GÉOMÉTRIE INTERNATIONALE

La France est rattrapée par la guerre et les attentats. Sa sécurité à l'intérieur doit affronter une criminalité organisée féroce. Les menaces susceptibles d’affecter la sécurité intègrent dorénavant la sécurité financière, environnementale,sanitaire,cyber sécurité, et la lutte contre le commerce illicite obligent à repenser une géopolitique de coordination ciblée.Thierry Paul Valette @ CEPS

LA SÉCURITÉ INTERIEURE , UNE GÉOPOLITIQUE GÉOSTRATÉGIQUE À GÉOMÉTRIE INTERNATIONALE VARIABLE.

     Au Sénat, mercredi 4 avril 2018, l'audition de l’ancien Premier ministre de l'Intérieur de François Hollande, Bernard Cazeneuve, commençait. Le précédant quinquennat avait marqué une cassure dans l’histoire de notre pays. En effet en 2015 la France était rattrapé par le chaos de la guerre au travers de multiples attentats qui avaient dramatiquement touchés toutes les formes de vie de la collectivité plaçant dés-lors le territoire national à la troisième place des pays les plus attaqués dans le monde. La sécurité à l'intérieur largement confrontée au terrorisme doit affronter une criminalité organisée de plus en plus féroce.

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     De nouveaux concepts sécuritaires influent donc sur les mécanismes qui en deviennent infiniment plus complexes qu’ils ne l’était imposant alors une nécessité absolue : celle de repenser une démarche géopolitique et de coordination ciblée. Les menaces susceptibles d’affecter la sécurité sur le sol français intègrent dorénavant la sécurité financière, la sécurité environnementale, la sécurité sanitaire, cyber sécurité, sans oublier la lutte contre le commerce illicite.

     De fait la notion de sécurité intérieur se place hors des frontières. L’Europe se doit d’être un partenaire sans faille face aux risques stratégiques qui pèsent désormais sur la sécurité intérieur en France.

 

1°)  UNE MISE EN PLACE D’UNE POLITIQUE SÉCURITAIRE EN FRANCE PASSE PAR UNE POLITIQUE ADAPTÉE.

     La sécurité intérieure est avant tout l’affaire des douanes, des services de police mais aussi de la gendarmerie. Dans le cadre des différents plans vigipirates, les forces armées interviennent aussi par le biais du « plan Sentinelle ». Un tournant à eu lieu lorsque des sociétés de sécurités privées ont trouvé des assermentations auprès du procureur de la République.

     Depuis le 1 mai 2012, un code de la sécurité intérieure est appliqué sur le territoire national. Seulement ce n’est pas suffisant et la mise en oeuvre des bonnes mesures ne peut pleinement se réaliser face à une population hostile. Le processus sécuritaire doit pleinement tenir compte autant de l’individu que du collectif. Une partie de la population française est hostile aux force de l’ordre. Nombreux sont les dossiers qui ont défavorablement marqué l’actualité.

     Les affaires « Traoré », « Théo » pour ne citer qu’elles, ont laissé des traces béantes. Former la police nationale aux nouvelles complexités de la société est un impératif sinequanone pour apaiser ces tensions. L’État de droit doit être respecté et les zones de non-droits récupérées. Il est donc une nécessité impérieuse que de clarifier les missions de la police nationale et de la police municipale.À charge du ministère de l’intérieur de poser les conditions d’un partenariat adapté. L’État qui doit garantir la protection de chacun doit aussi garantir de la bonne continuité des libertés individuelles.

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     La mise en place de « l’état d’urgence » avait trouvé un échos défavorable. Des associations n’avaient pas hésité à pointer du doigt une atteinte aux liberté de tous. La récente loi anti-terroriste votée dernièrement s’était elle aussi vu stigmatiser. En effet l’élargissement de la zone des contrôles avait provoqué des rassemblements protestataires qui dénonçaient au passage des « contrôles aux faciès » contraires à la déclaration des droits de l’homme.

     La France doit faire face à une menace terroriste permanente depuis les attentats de 2015 mais aussi à la radicalisation même au sein du monde pénitencier. La lutte contre le terrorisme ne peut donc se résumer seulement à une gestion de fiches. Les débats se succèdent dans la gestion des fichiers « s » et les fichiers « FSPRT ». Pour autant rien n’est réglé tant les facteurs qui sont à prendre en considération sont nombreux. L’opposition au Président actuel, Emmanuel Macron, est à ce sujet sans concession.

     De Laurent Wauquiez qui souhaite le rétablissement de l’état d’urgence à Manuel Valls qui voudrait que soit interdit le salafisme, le pouvoir en place affronte ces nombreuses réticences qui divisent les français. Les trêves politiques n’existent pas et aucune décision n’a pour l’heure fait l’unanimité. La France, confrontée à d’importantes vagues migratoires, doit sans cesse composer entre une population francaise souvent hostile nourrie de populisme et d’amalgame et pour ne pas arranger les choses les filières djihadistes ont souvent utilisé les flux migratoires pour passer d’un pays à l’autre.

 

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2°) LA COOPÉRATION FRANÇAISE DOIT ÊTRE RENFORCÉE PAR LA POLICIARISATION DES MISSIONS INTERNATIONALES.

     Un monde en sécurité est une affaire de tous. Gardons à l’esprit l’ordonnance du 7 janvier 1959 et son article premier concernant l’organisation de la défense nationale. Il indique que « la défense a pour objet d’assurer en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d’agression, la sécurité et l’intégrité du territoire, ainsi que la vie de la population. Elle pourvoit de même au respect des alliances, traités et accords internationaux ».

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     Par conséquent, un continuum de réponses doit être apporté. Les multiples nations devront oeuvrer en y apportant des moyens civils et militaires de multiples nations. Les conflits entre les États n'ont pas disparu même si ces derniers ne se déclarent plus la guerre. Comme le rappelle la Charte des Nations unies, la guerre est « illicite ». Ainsi des situations de zones dîtes « grises » se multiplient. Des pays qui ne sont ni en guerre ni en paix doivent donc coexister.

     C’est dans ces conditions que des opérations de paix prolifèrent face à des états faibles et des institutions de plus en plus défaillantes. Les tensions existantes dans ces « zones grises » sont autant de facteurs et de dangers pour notre sécurité intérieur. Pour exemple l’action en Afghanistan de la France avait trouvé sa conséquence sur notre sol dans les réseaux dit salafistes de la métropole. La France, sous le couvert de la communauté internationale, doit renforcer sa politique de renforcement face aux risques stratégiques.

     Les contrôles aux frontières sont défaillants voir inexistants dans certaines zones. Les mesures doivent être prises afin que la coopération sur le renseignement soit la plus large et la plus efficace possible notamment face à la constitution de nouvelles puissances. La Chine, la Russie, la Turquie et l’Iran ont crée une nouvelle donne sur la scène internationale. Nicolas Sarkozy avait lors de son mandat mis en place un élan de réflexion autour des questions de défense et de sécurité. Mais les ministères et les services spécialisés doivent encore plus renforcer des réflexions commune.

     L’élargissement de la « notion de sécurité » depuis le attentats du 11 septembre 2011 prend désormais de nouveaux éléments. Ainsi, la menace islamiste est considéré comme un fait structurant dans le processus de l’insècurité. L’idée donc de protection de l’individu a remplacée celle de la protection collective même si cette dernière doit continuer d’être considérée. En toute logique, cette approche s’est étendue dans la sécurité économique, humaine, et celle dite fonctionnelle.

     Un travail reste à faire : celui du parfait fonctionnement entre les missions et les acteurs. Le pouvoir politique se doit de résister à la tentation de l’utilisation de forces militaires au moindre conflit extérieur. C’est la fameuse « économie des forces » chère à Foch. La sécurité nationale qui entame un processus de réflexion doit tenir compte du crime organisé plus que jamais mais aussi de la multiplication des champs de violence et de la finance criminelle. Pour ce faire la mobilisation de l’opinion publique doit être toujours sollicitée car elle demeure une composante aussi importante que celle des acteurs militaires et civils.

 

3°) LE COMMERCE ILLICTE, LE POINT COMMUN ENTRE TERRORISME ET CRIMINALITÉ ORGANISÉE.

      Mercredi 11 avril 2018, le CEPS en partenariat avec le Club Géopolitique et la présence de l'Égalité Nationale, organisait un dîner-débat qui traitait des liaisons dangeureuses du commerce illicite avec le terrorisme et la criminalité organisée autour d'Alain Juillet (Président de l'association de lutte contre le commerce illicite)  de Daoming Zhang (directeur d'interpol) et de Sylvain Raymond ( Organisation mondiale des douanes) rappelant que la pratique du commerce illicite se déroule dans un contexte de mondialisation qui nécessite une coordination internationale sans faille. Présidé par  LOIC TRIBOT LASPIERE

Présidé par LOIC TRIBOT LASPIERE,mercredi 11 avril 2018, le CEPS en partenariat avec le Club Géopolitique et la présence de l'Égalité Nationale, organisait un dîner-débat qui traitait des liaisons dangeureuses du commerce illicite avec le terrorisme et la criminalité organisée autour d'Alain Juillet (Président de l'association de lutte contre le commerce illicite)  de Daoming Zhang (directeur d'interpol) et de Sylvain Raymond ( Organisation mondiale des douanes) Présidé par LOIC TRIBOT LASPIERE,mercredi 11 avril 2018, le CEPS en partenariat avec le Club Géopolitique et la présence de l'Égalité Nationale, organisait un dîner-débat qui traitait des liaisons dangeureuses du commerce illicite avec le terrorisme et la criminalité organisée autour d'Alain Juillet (Président de l'association de lutte contre le commerce illicite) de Daoming Zhang (directeur d'interpol) et de Sylvain Raymond ( Organisation mondiale des douanes)

     En effet, l'Union européenne doit affronter une hausse continue de la contrebande et de la contrefaçon de produits. L'explosion du commerce illicite pose des défis sanitaires, sécuritaire et financiers. l'Europe doit prendre le leadership de la lutte contre le commerce illicite si elle souhaite augmenter les rentrées fiscales pour ses Etats. La contrefacon  c'est plus de 400 milliards de $ dans le monde soit 2,5% du commerce international.

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     Sur un plan sanitaire, la contrefaçon de médicaments est un fléau qui touche certaines régions d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine.30 % des médicaments vendus seraient des contrefaçons, selon l'OMS. Des faux médicaments responsables de plusieurs centaines de milliers de morts tous les ans.

     Quant à l'aspect sécuritaire, la contrefaçon est la deuxième source de revenus criminels dans le monde et sert au financement d'organisations terroristes. La vente de cigarettes contrafaites est en plein se développe rapidement et engendre des revenus conséquents.

     La contrefacon demeure un enjeu financier de taille. Pour exemple, en 2015, les états membres de l'Union Européenne ont perdu prés de 14 milliards d'euros de taxes à cause des ventes de cigarettes illicites. Cette problématique touche tous  les secteurs mais surtout  le luxe, les jouets, les pièces détachées automobiles et aéronautiques.

     Plus que jamais il est impératif de renforcer l'arsenal juridique et d'harmoniser les sanctions pénales envers les contrebandiers qui agissent en bandes organisées. Les moyens alloués à cette lutte doivent être eux aussi renforcés. La coopération avec les états concernés est un impératif. La Chine et l'Europe de l'Est sont des zones de sources des produits falsifiés. Il faut donc renforcer les vérifications des produits commercialisés sur leurs sites. Les entreprises criminelles jouent du manque d'harmonie sur le plan fiscal entre les états. L'hétérogénéité des politiques fiscales donc des prix de vente pratiqués s'impose de facto. 

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     Les consommateurs doivent être intégrer dans la lutte contre le commerce illicite. Il ne s'agit plus pour eux de réaliser des bonnes affaires mais plutôt de prendre conscience des conséquences néfastes du commerce illicite. L'Union européenne doit donc sensibiliser et mobiliser les citoyens. Pour ce faire, les consommateurs devraient disposer eux-mêmes d'informations certifiées sur l'origine des produits. Enfin, la tracabilité des produits nécessite une orientation technologique qui accélèrerait le travail des douanes et des autorités policières. 

 

TPV

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