L'arnaque des 6 milliards de la baisse d’impôts annoncée par le gouvernement

Le président de la République a dévoilé un chiffre aux parlementaires LaREM qu’il avait invités à l’Elysée. Selon Matignon, il s’agit de la plus forte baisse de prélèvements obligatoires sur les ménages depuis la loi Tepa de Nicolas Sarkozy en 2007. Le chiffre avancé de 6 milliards n'est pas tout-à-fait vrai. Thierry Paul Valette

À en croire Emmanuel Macron vendredi soir face aux députés de la commission des Finances venus à l’Elysée l'écouter, le budget 2019 serait une révolution. Un chiffre avancé : celui de 6 milliards quçi correspondrait à la hausse du pouvoir d’achat des Français et la baisse de la fiscalité en 2019. L’élément de langage bien rodé. Nombreux articles de presse reprennent cette information providentielle ( JDD, Les Échos )`

Budget 2019: Bercy annonce une baisse d'impôts de six milliards d'euros ... La Voix du Nord gouvernement promet de redonner du pouvoir d'achat aux ménages.PHOTO AFP Budget 2019: Bercy annonce une baisse d'impôts de six milliards d'euros ... La Voix du Nord gouvernement promet de redonner du pouvoir d'achat aux ménages.PHOTO AFP

« Il s’agit la plus forte baisse (de fiscalité) depuis la loi Tepa mise en place (en 2007) par Nicolas Sarkozy pour défiscaliser les heures sup »
Un collaborateur d’Edouard Philippe à Matignon, cité dans Le JDD

Seulement la réalité est inexacte, elle s'avère plus complexe. Les Français ne récupèreront pas dans leur portefeuille l’année prochaine toutes ces sommes avancées. En effet le total avancé par Bercy. L’exécutif chiffre à 600 millions d’euros le gain de pouvoir d’achat pour les salariés qui font des heures supplémentaires. Le hic, ce n'est pas l'ensemble des salariés qui est concerné. Ce gain s'établira sur la base des quatre derniers mois de l’année. C'est rendu possible par la mesure de «désocialisation» des revenus tirés de ces heures déclarées (exonération de cotisations sociales) qui doit entrer en vigueur à compter du 1er septembre 2019.

De plus le ministère de l’Economie compte  3,8 milliards d’euros de moins pour l’Etat en raison de la suppression du deuxième tiers de la taxe d’habitation. Elle avait été promise pendant la campagne présidentielle par Emmanuel Macron pour 80% des Français.

A contrario le gouvernement tient compte dans son calcul des deux mesures qui vont peser négativement sur le portefeuille des Français et par conséquent grever leur pouvoir d’achat. Ces deux mesures sont : hausse programmée des taxes sur le tabac ( 600 millions d’euros) et l’accélération décidée en 2017 de la montée en puissance de la fiscalité écologique (2 milliards sur l’année).

Bercy se livre donc à un petit tour de passe-passe pour arriver à ce chiffre de 6 milliards. En effet, Bercy comptabilise en effet pas moins de  4 milliards d’euros de hausse de pouvoir d’achat liée à la mesure de suppression des cotisations salariales (les fameux 3,15 points de cotisation chômage et maladie effacés des feuilles de paye en contrepartie de la hausse de 1,7 point de CSG) survenue en deux fois en 2018, dont la seconde doit avoir lieu au 1er octobre prochain (soit dans une semaine). Ce total arrondi de 4 milliards tiendrait toutefois compte de la ristourne de 350 millions d’euros de CSG accordée à 300.000 retraités modestes de plus et dévoilée jeudi par Edouard Philippe sur France Inter.

« Ces chiffres reflètent un budget en cohérence avec l’action entreprise depuis le début du quinquennat, qui vise à ce que le travail paye »
Amélie de Montchalin, députée LaREM et coordinatrice de la commission des Finances, citée par Les Echos

Reste que ces 4 milliards d’euros de pouvoir d’achat rendus, «en année pleine», précise Bercy, ne sont pas nouveaux (la mesure date en effet de 2018) et surtout ne concerne pas toute la population française.

Seuls les actifs en bénéficient (avec l’extension aux fonctionnaires et aux travailleurs indépendants qui ont eu une mesure compensatoire, via une prime ou un autre mécanisme ad hoc) et il n’en demeure pas moins vrai qu’un peu plus de sept millions de retraités, considérés comme aisés par aisés, n’en verront toujours pas la couleur… Soit 7 millions de non-bénéficiaires pour… quelque 25 millions de bénéficiaires (salariés, fonctionnaires et indépendants). «Ces chiffres reflètent un budget en cohérence avec l’action entreprise depuis le début du quinquennat, qui vise à ce que le travail paye», assume d’ailleurs Amélie de Montchalin, coordinatrice du groupe LaREM à la commission des Finances de l’Assemblée nationale sur le site lesechos.fr.

 

 

 

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