L'économie pour les très nuls

Etonnant que l'économie fasse si peu recette sur ces forums alors qu'elle indispensable à la compréhension politique. Je vais donc tenter d'expliquer simplement ce que je comprends de ces bases de l'économie dont on devrait débattre pour servir un modèle politique. L'économie doit être au service d'une politique et non l'inverse.

Attention, j'essaie d'expliquer, je ne défends pas. Donc tirez sur l'argumentation que j'énonce, mais épargnez le messager :o).

Le déficit public

Tout d'abord citons une des principales difficultés de l'économie à savoir la différence entre la micro-économie qui est l'économie des ménages et des entreprises et la macro-économie qui est l'économie de l'état, parce que leurs règles sont différentes. Par exemple en situation de crise un ménage ou une entreprise va faire des économies, quand l'état va devoir dépenser pour soutenir l'économie. Quand une entreprise investit, la dépense est comptabilisée comme investissement et n'apparait pas dans les dépenses, alors que l'état la comptabilise en dépenses et qu'il faut chercher le poste "formation brute de capital fixe" pour isoler les investissements. En effet dépenser 1000 € en salaire est une dépense quand dépenser 1000€ pour construire un hôpital est un investissement, la valeur restant présente au bilan et équilibrant l'emprunt éventuellement levé pour financer ce bien. Une entreprise ou un ménage peut faire faillite, l'état non, qui en outre garde la possibilité de créer les recettes dont il a besoin par l'impôt (en théorie).

Donc quand le parlement vote le budget 2019 en déficit de 108 milliards, alors qu'il comprend 107 milliards d'investissements, c'est un budget équilibré en fait, et l'emprunt destiné à financer ce déficit, en fait les investissements, sera levé sans problème. A l'inverse si le parlement avait voté un budget en déficit de fonctionnement de 100 milliards, donc perte nette, il aurait été plus difficile de financer cette perte auprès de marchés inquiets et donc susceptibles d'imposer un taux d'intérêt plus élevé.

Ceci appelle donc deux commentaires. Tout d'abord la définition de la règle d'une bonne gestion à savoir financer éventuellement les investissements par l'emprunt si on ne veut pas alourdir les impôts, mais par contre toujours financer les dépenses par des recettes propres de l'état, dont  bien entendu l'impôt. En clair, construire des hôpitaux, des écoles et des routes est facile parce que l'argent disponible à emprunter est sans fin, mais par contre la difficulté reste de financer leur fonctionnement parce qu'il nécessite des ressources propres donc des impôts. C'est donc le problème des dirigeants libéraux qui par conviction ou complicité ne veulent pas alourdir les impôts qui toucheront bien plus leurs riches amis qui les ont financés que les pauvres qui les ont élus et qui n'ont donc comme seules recettes pour joindre les deux bouts que de diminuer les dépenses publiques et vendre les biens de l'état, donc privatiser. C'est en fait la logique même des politiques d'austérité. A preuve les plans de relance présentés par les USA et l'Europe sont des plans d'investissements qui au mieux verront des résultats dans quelques années, mais ne règlent en rien les difficultés des états qui ont du soutenir l'économie par des dépenses comme le chômage partiel en France et vu leurs recettes s'effondrer. Une solution aurait pu être un financement de la BCE remboursant les dépenses COVID des états et cantonné pour ne pas être remboursé et éventuellement annuler. Le problème serait qu'un tel financement inquiète les marchés, mais comme il s'agit d'une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle et non un problème structurel, on peut imaginer qu'avec un peu de concertation la mesure passe

Ce problème existe néanmoins chaque année et en fait il serait possible de concevoir que certaines dépenses publiques soient incompressibles parce qu'indispensables ou qu'elle dynamisent l'économie et permettent un retour dans les caisses de l'état sous forme d'impôts et d'emplois. Si on acceptait de formaliser des règles permettant de financer ces dépenses par l'emprunt au même titre qu'un investissement, on éviterait le recours habituel à la politique d'austérité. Imaginons pour un ménage la situation de devoir faire des dépenses d'entretien dans une maison qu'il loue. Si il ne les fait pas, il ne peut louer ou louera moins cher et si il les fait il peut louer et même louer plus cher. On est donc devant des dépenses qui ont un caractère productif et il me semble qu'on pourrait les considérer différemment des dépenses courantes.

Le second commentaire c'est la stupidité de la règle des 3% inventée par l'équipe de Mitterrand à la recherche d'un coup médiatique pour justifier le tournant vers le libéralisme et l'austérité de 1983. Cette règle qui stipule que le déficit de l'état ne peut excéder 3% du PIB, n'a strictement aucune base économique, c'est une simple diversion médiatique, certainement soufflée par des conseillers trop bien intentionnés. En effet la conséquence de cette connerie, reprise par toute l'Europe, c'est que les états sont obligés de limiter leurs investissements, alors même qu'on a vu que c'était en fait une très bonne chose que l'état investisse. Mais fort heureusement pour les états, le grand capital dans sa grande générosité veille et a mis au point les PPP partenariats public-privé qui lui permettent d'investir en lieu et place de l'état bloqué et lui louer ensuite l'investissement réalisé. Bon évidemment, il faut bien que le capital se rémunère et prélève une si légère gratification que la cour des comptes s'en est alarmée et a estimé que ces montages étaient dispendieux. Ce que des âmes bien moins charitables auraient en fait nommé "escroquerie en bande organisée".

La dette

Donc, pour financer son déficit, l'état peut lever l'impôt ou emprunter. Si il lève l'impôt, les riches paieront effectivement plus que les pauvres alors que si l'état lève un emprunt, non seulement les riches ne paieront pas l'impôt qu'ils auraient du payer en toute justice (article XIV de la DDHC de 1789), mais ils vont profiter de cette épargne fiscale pour acheter les titres de la dette, donc financer par le prêt ce qu'ils auraient du payer en impôt. En fait si on devait rembourser cette dette, on reviendrait à la situation initiale du fait de la progressivité de l'impôt, donc ce n'est guère là que l'affaire est scandaleuse, mais plutôt dans le fait que cette stratégie met les politiques publiques sous le chantage des marchés, qui en profitent pour se rémunérer par des exonérations d'impôts, subventions, privatisations et autres cadeaux qui renchérissent le coût de l'emprunt. Une bagatelle de plus de 200 milliards par an camouflés dans plus de 800 dispositifs du budget. A preuve, aujourd'hui les marchés prêtent à taux négatif. Qui peut croire que des financiers pourraient accepter de perdre officiellement de l'argent dans une transaction si ils n'avaient pas l'assurance de récupérer officieusement leur profit ailleurs et plus discrètement ?

Donc parler de la dette ne peut se concevoir qu'en mettant en face de la dette, l'emploi de cette dette. Si les 1000€ de dette ont financé les agapes du gouvernement, il y a souci, parce que c'est une perte, donc inquiétant les marchés. Par contre si ces 1000€ sont couverts par un bien, hôpital école, route, port, pont, peu importe, l'argent n'est pas perdu et donc récupérable par la privatisation, donc la confiance demeure... Néanmoins le problème de la dette reste la capacité de l'état a la rembourser, mais en fait tant que les marchés on confiance, ils renégocient avec plaisir les dettes échues, ce qui fait dire que l'état ne rembourse jamais sa dette, mais la fait rouler, donc on ne lui demande que la capacité à financer les intérêts éventuels, aujourd'hui négatifs... donc ce n'est pas là le problème.

Le problème est en fait que l'état doit emprunter aux marchés, qui eux-mêmes empruntent à la BCE l'argent dont ils ont besoin pour financer les états si ils sont trop courts. Le but officiel est d'adapter la masse monétaire aux besoins et de ne pas prendre le risque d'un financement direct des états qui laisserait les marchés avec un excédent de masse monétaire susceptible de provoquer une hyperinflation. En effet quand il y a excès de masse monétaire disponible, cela crée un excès de demande par rapport à l'offre puisqu'il y a pléthore de crédits disponibles, donc excès par rapport aux capacités de production et génère bien entendu spéculation et inflation. Quand le marchand a 50 balais à vendre et qu'il y a deux cent clients pour l'acheter, il monte les prix jusqu'à mettre en adéquation l'offre et la demande. Mais en fait, l'escroquerie sournoise et voulue est de mettre ainsi les politiques publiques sous le chantage au financement et refinancement des marchés, donc de permettre au grand capital, en toute discrétion, de peser sur les décisions des créatures qu'il a fait élire en finançant leurs campagnes.

C'est pour cela que s'est levé le débat de réformer les traités européens pour en finir avec les arnaques du 3% du PIB en déficit public et des 60% de dette par rapport au PIB et donner à la BCE le droit de financer directement les états. Pour ma part, il y aurait plus de cohérence à financer les programmes d'investissement des états présentés par le parlement européen. Néanmoins se pose la question de savoir ce que deviendrait l'énorme masse monétaire disponible des marchés qui n'aurait plus à financer les états. Donc à mon sens, la solution logique est de collectiviser l'activité de prêt et d'obliger les marchés à passer par la BCE pour employer leurs ressources, afin d'éviter qu'ils ne développent une politique contraire aux intérêts de la BCE et risquent de relancer l'hyperinflation.

La création monétaire

Néanmoins, pour bien comprendre la situation, il faut comprendre le mécanisme de la création monétaire. Si je veux m'acheter un bien de 1000€, je vais voir ma banque pour lui demander un prêt. La banque bloque donc 80€ en garantie sur son compte à la banque centrale et la banque centrale lui ouvre un crédit de 1000€ qu'elle me prête avec intérêts, censés financer ses charges et son bénéfice. Au fur et à mesure que je rembourse ma banque, celle-ci rembourse la banque centrale qui annule informatiquement cette somme. Ainsi, la masse monétaire est censée être toujours en adaptation avec l'économie et éviter les chocs d'hyperinflation par excès de masse monétaire. Là où le mécanisme devient magique c'est qu'en fait la banque centrale a créé ces 1000€ par une simple ligne informatique et n'a pas besoin de justifier cette somme par de l'or détenu sans ses coffres, ni un emprunt à qui que ce soit. La pierre philosophale.

Donc si on reporte ce mécanisme au niveau public, cela veut dire que l'état (personne publique) doit se financer auprès des marchés (personne privée) qui se financent eux-mêmes auprès de la banque centrale (personne publique). Ce qui veut dire que si on sautait l'intermédiation des marchés, la banque centrale (publique) pourrait créer de l'argent pour financer les investissements de l'état (personne publique) et donc qu'en réalité, cette dette de la poche droite sur la poche gauche serait totalement fictive et non exigible. Mais c'est la qu'on aperçoit la perversité des traités européens qui ont limité l'autonomie et la capacité de la banque centrale de manière à laisser les états sous les contrôle du grand capital qui les finance avec leur propre argent public, le notre en fait. Si demain, un chef d'entreprise essaie de faire la même chose, il se retrouve de suite au pénal pour abus de biens sociaux... curieux non ?

L'autre problème que pose cet argent magique, c'est que les banques utilisent l'argent central pour spéculer et blinder les paradis fiscaux (on estime à près de 50 000 milliards de dollars les avoirs planqués dans les paradis fiscaux) et rechignent à financer le crédit des entreprises et des ménages, pas assez profitable à leur goût et freinent donc l'économie. Ce qui a amené Mario Draghi, alors président de la BCE, à menacer que la BCE fasse l'hélicoptère à monnaie en déversant directement argent et crédits sur les entreprises et les ménages pour relancer l'économie par la demande. Outre que les traités européens l'interdisent, cette stratégie sans discernement poserait un problème au niveau des ménages. En effet, si de l'argent mis à disposition des plus pauvres serait bien immédiatement consommé pour satisfaire leurs besoins, les ménages les plus riches, épargnant quelques 150 milliards par an et disposant déjà de plus de 5400 milliards d'Euros d'épargne ne consommeraient pas plus, mais épargneraient ou spéculeraient. Donc je doute que l'hélicoptère à monnaie, sans discrimination de ses cibles, soit une solution et encore moins une solution pérenne. La solution pérenne serait plus de donner un travail à chacun. Voir la garantie universelle à l'emploi https://blogs.mediapart.fr/thierry-verson/blog/250918/le-plein-emploi-cest-faisable-la-garantie-universelle-lemploi. En fait, malgré que ce ne soit pas dans le mandat de la BCE, Mario Draghi a eu le courage d'imposer que la BCE rachète sur le marché les titres des états les plus touchés pour soutenir leur cours et faire baisser le taux d'intérêt dont les frappaient les marchés. La Grèce et l'Italie empruntaient à un moment à plus de 20%. Les politiques ont tout aussi courageusement fermé les yeux et laissé super Mario sauver l'Europe alors que la cour constitutionnelle allemande ne s'y est pas trompée et a fustigé cette action du quantitative easing de la BCE comme violant son mandat. Mais on en est resté là parce que personne n'a vraiment envie de repasser devant des opinions publiques hostiles pour modifier les traités. C'est cette dette publique que détient maintenant la BCE dont certains demandent curieusement l'annulation, alors même que cette dette n'est plus exigible et correspond à une créance de la collectivité sur la collectivité. L'annuler ne servirait donc en fait à rien. Débat bidon de politiques en mal d'audience ou/et ne comprenant pas le fonctionnement de l'économie, ce qui ne laisserait pas d'inquiéter. Comme si il n'y avait pas des débats plus importants à mener, comme celui du revenu universel ou de la garantie universelle à l'emploi.

Nota: une petite digression quand même pour aborder le problème des pays pauvres qui doivent rembourser leur dette et en sus payer l'intérêt quand les pays riches ne remboursent pas et ne paient même pas d'intérêts parce que ce sont eux qui créent l'argent. C'est pour cela que Macron est vent debout contre ce projet de monnaie africaine et d'une banque centrale africaine et fait donner ses amis dictateurs pour couler le projet. En effet, les pays qui veulent s'unir autour d'une même monnaie ont comme argument essentiel qu'une Afrique unie, démocratique, indépendante, et bien gérée,  premier producteur de matières premières au monde, pourrait donner suffisamment confiance aux opérateurs économiques en sa monnaie. Ce que Sankara et Lumumba notamment n'ont pu faire, une banque centrale et une monnaie unique pourraient le faire, parce que l'Afrique serait obligée de s'unir et se gérer pour garder la confiance en sa monnaie et accéder ainsi comme nous à la création monétaire. Une Afrique qui pourrait créer sa propre monnaie pourrait ainsi financer ses innombrables investissements et se passer de recourir à nos services et serait obligée d'imposer enfin les riches et les multinationales qui vivent sur son sol pour financer ses budgets de fonctionnement. Il est bien évident que tout le monde ne voit pas cela d'un bon œil, parce qu'une Afrique indépendante verrait sa monnaie concurrente de l'Europe et des USA et diminuerait d'autant leur capacité de création monétaire. Sans compter que l'Afrique n'aurait plus besoin d'être aussi docile envers les puissances militaires qui protègent ses dictateurs et envers les multinationales qui la pillent.

Donc l'urgence pour nous, serait en fait de modifier les traités européens pour permettre à la BCE de financer les états directement, libérer les politiques publiques du chantage des marchés et renvoyer ces marchés au financement des ménages et des entreprises. Pour ma part, j'ajouterai la mise sous contrôle de la BCE des opérations financières pour éviter la spéculation et éviter que l'énorme masse monétaire disponible des marchés s'investisse sans discernement et provoque une hyper inflation. Collectivisation de la Finance, parce que service public. Mais pour pouvoir modifier les traités européens, il faut un coup de force démocratique, parce que cette Europe du capital bien organisée à son profit ne permet qu'à la commission, émanation des états, de proposer les textes à voter par le parlement. Il faudrait donc que des partis avec un programme commun prévoyant expressément la modification des traités européens gagnent majoritairement et largement en Europe pour pouvoir imposer les réformes que bloquent les traités. La motivation de droit serait du fait que nos démocraties sont toutes régies par la volonté des peuples, qui s'imposerait donc de facto aux technocrates et aux états. Néanmoins, il faut bien avoir conscience qu'il ne peut s'agir que d'un coup de force démocratique et qu'il nécessite de gagner largement pour arguer du soutien populaire. D'où la difficulté quand on constate que les partis de gauche ne font pas plus de 25% en France et n'arrivent même pas à s'unir derrière un programme commun.

Ceci dit, même si la BCE finançait directement les investissements de l'Europe et de la France, on ne résoudrait pas le problème posé par un budget de fonctionnement qui ne peut se financer par l'emprunt et dont on ne peut augmenter les ressources du fait de la concurrence fiscale et sociale au moins disant. Sans harmonisation européenne de la fiscalité, on est limité par le chantage du capital à l'investissement privé et à la délocalisation, combien même ce ne serait que la délocalisation facile des bénéfices imposables. Donc encore une fois c'est l'Europe le problème mais c'est l'Europe la solution.

L'harmonisation de la fiscalité européenne devrait à mon sens reposer sur l'article XIV de la DDHC de 1789 qui prévoit le financement du collectif à proportion des ressources de chacun. Donc le seul IRPP impôt sur le revenu des personnes physiques, sans TVA, sans taxes ni impôts indirects, mais strictement égalitaire et sans aucune niche fiscale, ni tabou sur le taux marginal. La fiscalité incitative c'est le début des embrouilles et du copinage. Abrogation aussi de l'impôt société et imposition des bénéfices distribués dans les mains des bénéficiaires à l'IRPP. Nul doute que le taux marginal auquel ils seront imposés rapporterait bien plus que les 8% de moyenne auxquels sont imposées les entreprises du CAC 40 en France sur les quelques 100 milliards qu'elle acceptent d'y déclarer bon an mal an. Bien plus aussi que les 20% auxquels sont imposés en moyenne les 100 premiers groupes français. L'harmonisation européenne ce pourrait aussi être l'établissement d'un impôt mondial sur les bénéfices consolidés mondiaux de tous les contribuables ayant un intérêt financier direct ou indirect en Europe, à déduire de cet impôt les sommes régulièrement versés d'autres états en paiement de leur impôt. Ainsi on en finirait avec les territoires fiscalement moins disant, puisque la différence des taux d'imposition serait lissée par l'impôt européen sur les bénéfices mondiaux. Charge au parlement européen de définir cet impôt et de le redistribuer vers les états de son choix. Ce qui permettrait de financer ainsi des investissements ou des programmes dans les pays pauvres sans justification fiscale à priori.

Autre commentaire lors d'un débat que je reporte ici pour redire et compléter mon premier propos

L'Europe a la confiance des opérateurs économiques parce que c'est le premier marché commercial au monde 720 millions d'habitants et un PIB de 16 000 milliards pour 12000 de dettes. La BCE gère bien, est indépendante, et même si les états ne respectent pas les règles des traités européens en matière de bonne gestion, les opérateurs pensent que le bateau tient bien la route et que pas un producteur ne veut manquer ce marché. Donc, ils pensent que tout le monde a confiance (parce qu'en matière économique, il faut bien comprendre le rôle moutonnier de l'opinion, et que l'important c'est ce que croient les opérateurs que les autres vont croire). Donc comme tout le monde a confiance, les opérateurs conservent les Euros émis par la BCE à travers les banques commerciales, donc la BCE peut fabriquer des Euros à partir d'un ordinateur et d'une ligne de code tant que cette confiance perdure. Même confiance pour le dollar du fait de la taille du marché 330 millions d'habitants pour un PIB de 20 000 milliards et malgré une dette de 26 000 milliards de dollars (attention à la différence de change entre Euro et Dollar, il faut diminuer les chiffres en dollars par 120% pour les comparer avec les chiffres en Euros). En sus le dollar est la monnaie de référence pour la plus grosse partie des transactions et est une monnaie de réserve pour de nombreux pays. Donc les opérateurs économiques ont confiance dans le dollar et le conservent. A l'inverse le Brésil qui représente un marché de 200 millions de personne avec le même PIB que la France pour 3 fois plus d'habitants, est dans une insécurité totale, économique, juridique, politique, sanitaire, monétaire avec une forte volatilité du real, et les contrats se forment en dollars, euros ou yuans (la Chine est un partenaire important du Brésil) et donc la banque centrale du Brésil doit acheter des devises, quand tous ceux qui ont du réal ne veulent le conserver. Résultat la monnaie baisse quand elle en émet, ce qui n'affecte pas encore trop le Brésil qui exporte plus qu'il n'importe, mais ne lui permet pas de créer la monnaie qu'il voudrait pour financer ses investissements publics. On le voit avec l'aide d'urgence que le Brésil a libéré chaque mois depuis avril pour soutenir sa population la plus faible. Mesure socialiste, émise par un gouvernement d'extrême droite, mais d'extrême droite libérale et non extrême droite national socialiste, à la base (autre débat). Cette création de monnaie a fait plonger la devise de 50%, mais surtout la mesure ayant été mal ciblée du fait du bordel ambiant, de la roublardise des Brésiliens, et de l'absence de fiscalisation efficace du pays, a généré un excès d'argent disponible qui a poussé beaucoup de gens à construire et déclenché une inflation importante qui a commencé par le prix des matériaux de construction avant de s'étendre à quasiment tous les secteurs, dont l'alimentaire.

Prenons maintenant l'exemple des pays africains qui reproduit en beaucoup plus important les problèmes du Brésil, ils n'ont aucune chance de séduire les opérateurs économiques. Mais si l'Afrique s'unissait sous un pouvoir central, dont on souhaiterait évidemment qu'il soit démocratique, mais ce n'est pas l'élément le plus important de la confiance, et que les opérateurs prenaient confiance dans un continent qui devrait être le premier producteur de matières premières, ils pourraient conserver la monnaie africaine et donc permettre aux Africains d'accéder à une réelle indépendance et à la création monétaire qui leur permettrait de financer leurs investissements publics. Donc bien entendu Macron et toute la clique des libéraux est vent debout contre un projet qui serait à leur désavantage avec une Afrique qui ne serait plus soumise au chantage de ses créanciers et pourrait enfin faire passer à la caisse nos multinationales, augmenter le prix de ses matière premières, et consacrer ses ressources non plus à rembourser la dette et payer les intérêts, mais à développer ses infrastructures et sa propre industrie de production et de manufacture; en n'oubliant pas évidement l'économie des énormes diversions de l'argent public par les despotes et leurs affidés soutenus par les créanciers et les multinationales pour piller ensemble le continent. Bien entendu, il faut aussi comprendre que la création monétaire africaine serait en concurrence avec celles de l'Europe et des USA, voire de la Chine ou de toute autre monnaie solide. Juste un convive de plus pour partager le gâteau, donc des parts plus petites. 

Quelle règle tirer de ces exemple? A mon avis, si j'ai bien tout pas compris, on peut en conclure que la création monétaire est limitée par la confiance des opérateurs économiques qui conservent la monnaie au lieu de courir l'échanger contre une autre devise et par le risque de créer un excès de monnaie qui doperait l'inflation. C'est ce qui permet de comprendre que pour soutenir les titres des états chahutés et doper le crédit aux entreprises et aux ménages pour dynamiser  l'économie,  la BCE en rachetant les dettes des états, a libéré de la monnaie (monétiser la dette) que les marchés ont préféré employer à spéculer sur les actifs financiers, créant une bulle qui ne repose que sur la confiance dans les arbres à monter jusqu'au ciel. Les économistes craignent donc que cette confiance ne finisse par exploser et génère un krach boursier. Toujours ce pb de l'anticipation autoréalisatrice des opinions.

C'est donc pour donner confiance aux opérateurs économiques qu'on crée des budgets présentant des déficits d'investissements, parce qu'il s'agit d'un simple transfert de la richesse monétaire vers la richesse d'un bien qui reste et garantit, des déficits d'investissements qu'on peut facilement faire financer et non des déficits de fonctionnement qui représentent une perte, donc un appauvrissement de l'état et inquiètent les opérateurs économiques. Comme ils sont inquiets, ils se détournent de la monnaie, la font plonger, freinent le processus de création monétaire et vont lever un intérêt plus important sur le prêt pour financer leur risque, en fait leur trouille que l'état ne puisse répondre. Et c'est donc parce que les états ne peuvent emprunter pour financer leur déficit de fonctionnement qu'il leur faut lever les impôts. Mais comme la concurrence entre états et le chantage des marchés bloquent les mesures fiscales envers les détenteurs du capital, et qu'on ne peut pas plus imposer des classes moyennes et pauvres tondues jusqu'à l'os si on veut leur laisser un peu de fric pour consommer et faire marcher l'économie qui assure les taxes et impôts, il n'y a d'autre solution que la politique d'austérité à savoir matraquer les classes moyennes et couper dans les dépenses publiques, donc sociales.

Donc la politique monétaire ne peut tout contre la pauvreté et elle est liée à l'organisation politique et fiscale des états. C'est en fait le principal argument d'une Europe démocratique et non plus libérale.

 

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