Quand Alassane Ouattara veut imposer sa volonté au Peuple de Côte d'Ivoire

La cote d’Ivoire est de nouveau plongée dans la tourmente après un processus électoral inconstitutionnel, illégal et opaque à l’instar de celui mis en place par M. Loukachenko en Biélorussie pour voler les élections à son opposition. Mais contrairement au concert de condamnations et de sanctions économiques imposées par l’UE, la France en tête, au président biélorusse, le silence de ces mêmes instances au regard des multiples forfaitures de M. Ouattara est assourdissant.

 Selon les observateurs indépendants de la mission conjointe du Centre Carter et de l’EISA, l’élection s’est déroulée dans « le contexte politique et sécuritaire [qui] n’a pas permis d’organiser une élection présidentielle compétitive et crédible ». Ces observateurs concluent que « le processus électoral a exclu un grand nombre de forces politiques ivoiriennes et a été boycotté par une partie de la population dans un environnement sécuritaire volatil ».

 Au terme de ce scrutin visiblement entaché de violences graves et meurtrières, M. Ouattara pousse l’indécence à se déclarer vainqueur avec un score de 94.3% des suffrages, qualifiés par certains médias internationaux « d’écrasant » et « de fracassant ».  Au-delà de ces résultats fantaisistes, il y a avant tout la répression violente du régime contre l’opposition et les populations ivoiriennes avant et après le scrutin : 150 personnes tuées depuis début aout, très souvent aux mains des « microbes », ces hordes d’enfants et de jeunes gens désœuvrés, instrumentalisés en milices armées et encadrées par les forces de police contre les adversaires du régime Ouattara, plusieurs centaines de blessés, souvent graves, emprisonnement abusifs et arbitraires et enlèvements de centaines de personnes de l’opposition et de la société civile pour délit d’opinion, séquestrations et/ou arrestations de la quasi-totalité des opposants, commerces et résidences privées incendiés, parfois avec leurs propriétaires à l’intérieur et des dizaines de milliers d’ivoiriens déplacés et sans domicile etc.

 Devant ces graves atteintes au droit, l’Europe s’est contentée de répondre par des communiqués appelant toutes les parties à la modération et au « dialogue », sans jamais désigner de responsables aux troubles actuels. En effet, les abus flagrants de M. Ouattara sont loin de soulever l’indignation de la « communauté internationale », et de l’UE en particulier, pourtant prompte à condamner toute transgression contre l’état de droit quand elle se produit sur son sol. Il faut croire qu’il existe une hiérarchie, occulte, des populations qui méritent son indignation et son soutien dans leur combat et leur quête pour la liberté, le droit et la démocratie.

 En revanche, cette même « communauté internationale » trouve approprié de questionner la mise en place par l’opposition du  Conseil National de Transition (CNT) qu’elle qualifie de « structure parallèle ».  Il est toujours étonnant de constater que pour la « communauté internationale », les grilles de lecture fluctuent et le droit s’interprète et s’applique différemment dès lors qu’il s’agit de l’Afrique. Car le CNT n’est nullement une structure ou un pouvoir parallèle. En réalité, C’est M. Ouattara qui est seul responsable de la rupture de l’ordre constitutionnel et pour avoir établi une situation de non droit en CI. Le CNT ne fait que combler le vide constitutionnel créé par les agissements hors la loi de M. Ouattara dont elle rejette la candidature illégale au scrutin d’Octobre 2020 et à fortiori l’élection, proclamée par une Commission Électorale (CEI) et un Conseil Constitutionnel aux ordres.

 En 2016, M. Ouattara propose aux ivoiriens un projet de modification de la constitution qui soulève immédiatement des inquiétudes de l’opposition et chez les observateurs avertis. Il vient d’être élu l’année précédente pour son second mandat dont il avait dit qu’il ne voulait pas en 2011. Par conséquent, la possibilité d’un 3ème mandat cristallise toutes ces inquiétudes. M. Ouattara, directement et par la voix de l’ensemble de ses ministres et des auteurs de cette nouvelle constitution, mène une campagne tous azimuts pour la vendre aux ivoiriens. Son Garde des Sceaux déclare ainsi devant le parlement que la nouvelle constitution ne permet en aucune façon à M. Ouattara de briguer un nouveau mandat.

 Après le décès inattendu de son successeur désigné en mai 2020, M. Ouattara est soudainement frappé d’amnésie et renie totalement et sans sourciller ses propos et son serment à la nation ; rompant résolument la confiance ténue qui le liait aux ivoiriens. Non seulement Il décide d’organiser des élections auxquelles il est candidat à sa propre succession, mais il pipe grossièrement les dés en sa faveur. N’en déplaise à l’opposition qui réclame en vain depuis plusieurs années une concertation sur les conditions --notamment la partialité flagrante de la Commission Électorale et du Conseil Constitutionnel, les manipulations évidentes de la liste électorale etc.-- pour assurer un scrutin transparent, crédible et dont les résultats seraient incontestables.  Devant son entêtement, l’opposition refuse la mascarade et se retire du scrutin. La crise actuelle était prévisible et est le résultat de la volonté forcenée de pouvoir de M. Ouattara et de sa détermination de s’y accrocher vaille que vaille et quel qu’en soit le prix pour la Côte d’Ivoire.

Après 10 ans d’un régime autoritaire, le président sortant, plonge la Côte d’Ivoire, une nouvelle fois dans une crise politique et électorale graves. Ces crises à répétition, dont M. Ouattara a le secret, ont profondément déstabilisé la CI et partant l’ensemble de la région ouest africaine, déjà fragilisée et fortement éprouvée par le terrorisme djihadiste.  La crise actuelle continuera d’exacerber ces problèmes.

 En vérité, la Côte d’Ivoire est malade de M. Ouattara depuis son arrivée sur la scène politique ivoirienne en 1990. Il est regrettable que la « communauté internationale », préoccupée par son désir de ne pas déplaire à M. Ouattara et drapée dans son indifférence face à la détresse des populations ivoiriennes, refuse de reconnaitre que M. Ouattara est le seul responsable de cette situation calamiteuse et à ce titre le seul à pouvoir y mettre un terme, en se retirant purement et simplement. Ce faisant, il évitera des morts inutiles et l’aggravation de l’instabilité en Côte d’Ivoire et dans la sous-région. Si M. Ouattara devait hélas réussir son tour de force, il ne ferait qu’enfoncer le pays dans l’instabilité, lui retirant toute chance d’un avenir où la paix serait une probabilité.

 Comme l’observait François Mitterrand : « un dictateur n’a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi. »  Ne vous y trompez pas ; derrière le CNT, c’est le peuple de Côte d’Ivoire que M. Ouattara a en face de lui.

 MAMADOU KOULIBALY*

 Mamadou Koulibaly est un homme politique ivoirien de premier plan. Il a occupé les fonctions successives de Ministre du Budget (2000), Ministre de l’Économie et des Finances (2001), Député et de Président de l’Assemblée Nationale (2001-2011). En 2011, Il crée Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), un parti d’inspiration libérale classique dont il assure la présidence jusqu’en 2018.  Il est élu Maire de la commune d’Azaguié qui l’a vu naitre depuis 2018. Candidat aux élections présidentielles de 2020, il est arbitrairement éliminé de la course avant le scrutin comme de nombreux autres candidats. Mamadou Koulibaly propose un programme de gouvernement qui prône la réconciliation et l’unité nationale, le respect de l’état de droit, la démocratie libérale et la protection des libertés individuelles. Mamadou Koulibaly est Docteur en Économie de l’Université d’Aix -Marseille III (1986) et agrégé en Sciences Économiques.

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