C'est la Guerre

C’est la Guerre !

Brûlé vif enfermé dans une cage, le pilote Jordanien immolé par Daech hurle en lançant ses yeux au fond des nôtres ; la nuque craque,  la corde se tend et le corps de la terroriste exécutée par Aman en représailles pend  ce matin dans le vide de notre émotion silencieuse.

Nous voilà sidérés, encore une fois!

Sidérés…que la barbarie s’installe, doucement, pernicieusement, telle la mauvaise herbe  envahissante. Sidérés de tant d’horreur, de violence, d’absurdité au nom de dieux qui pleurent de honte. Sidérés que cette haine soit si méticuleusement pensée, réfléchie, planifiée, appliquée.

Et nous voilà de nouveau Charlie, Ahmed, Franck, Yohan, Philippe, Yohav , François-Michel, Maaz…Nous voilà encore dessinateurs , flic, clowns, pilote, militaire, civil, victimes, tout simplement.

Nous, sommes les victimes.

En réveillant nos émotions, Charlie a réveillé nos âmes. Ce fut comme la goutte d’eau, l’étincelle qui réveille la flamme étouffée  par 25 ans de violence télévisée, maquillée, présentable. 25 ans, 1990, la première guerre du Golfe : une génération née dans la violence, nourrie d’une  crise permanente,  grandie dans l’insécurité. 25 ans de nos vies à tous, terrifiés de l’horreur, la peur, l’angoisse distillées partout, tout le temps, au nom de l’audience, de l’argent, de la crise, encore.

Nous sommes les victimes.

Qu’allons-nous faire ? Marcher ensemble en silence ? Encore..?
Nous sommes les victimes et nous ne nous laisserons pas faire !

Nous sommes les victimes mais nous ne le serons plus. Au nom des morts, au nom des vivants déchirés, au nom des dieux, au nom de l’Humanité : brûlons la haine, pendons là haut et court, massacrons l’intolérance, la bêtise, la peur de l’autre, la différence. Eliminons nos propres haines, nos  peurs, notre angoisse et notre défaitisme avant qu’il ne soit fatal ! Soyons Justes, fiers et droits !

Nous ne serons plus jamais victimes.

Que cette pleine conscience de la haine, terrible, nous offre le détachement nécessaire pour ne pas tomber entre ses mains, ne pas devenir haineux, surtout, ne pas basculer de son côté,  du mauvais côté.

Nous sommes bons, au fond, nous le sentons, nous le savons, c’est une certitude, intime. Alors disons-le, répétons-le, crions-le,  appliquons-le : soyons bons, bienveillants, optimistes ! Soyons aimants, doux, sages et soyons en fiers ! Portons haut notre drapeau, nos couleurs, notre étendard. Soyons forts, combattants, guerriers. Oui, car c’est bien une guerre qui commence,  qui s’étend, qui éclate, partout. Une guerre sans nom, pour ne pas faire trop peur, par peur, justement qu’elle ne soit vraiment ce que nous redoutons tous, mondiale, planétaire, universelle, sauvage.

Levons-nous, battons-nous,  jusqu’à la victoire ! La haine ne gagnera pas ! Ni reddition, ni compromission!  

Ni-ceci, ni-cela, ni-pour, ni-contre ? Ni-ni …vraiment ? C’est une guerre et nous allons la gagner, alors choisissons notre camp, car l’ennemi ne fera pas de prisonniers !

Aux armes ? Non, aux urnes! Tous ensemble! Pour leur foutre au cul, comme dirait Coluche !

Merci Charlie ! Merci ! Vraiment merci !

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