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Le Club de Mediapart mar. 9 févr. 2016 9/2/2016 Dernière édition

Les tueurs de Bachar al-Assad ciblent les journalistes

Comme tous les dictateurs, Bachar al-Assad craint plus que tout la transparence et la liberté d’expression. Que l’on se permette d’essayer de rendre compte de la réalité de ce qui se passe dans son pays lui est insupportable. Alors, il a trouvé la parade, la même que celle qu’il emploie contre ses concitoyens qui contestent sa mainmise absolue sur le pouvoir : il tue.

Comme tous les dictateurs, Bachar al-Assad craint plus que tout la transparence et la liberté d’expression. Que l’on se permette d’essayer de rendre compte de la réalité de ce qui se passe dans son pays lui est insupportable. Alors, il a trouvé la parade, la même que celle qu’il emploie contre ses concitoyens qui contestent sa mainmise absolue sur le pouvoir : il tue.

La mort, mercredi matin à Homs, des reporters Marie Colvin et Rémi Ochlik, la première, américaine et correspondante du Sunday Times, le second, photographe français, n’est pas le fruit du hasard mais d’un ciblage organisé des journalistes. Comment expliquer autrement le fait que six journalistes professionnels et trois journalistes-citoyens sont morts depuis six mois en Syrie alors que, précisément, très peu de reporters peuvent rentrer dans le pays ? Pourquoi y a-t-il autant de tués parmi les professionnels de l’information dans une guerre qui est justement sous-couverte, du fait des obstacles mis par la dictature de Bachar al-Assad à l’entrée dans le pays, et des graves dangers encourus quand on s’y infiltre clandestinement ?

Reporters sans frontières dresse la liste macabre : « Le journaliste français Gilles Jacquier de France 2 a été tué le 11 janvier dernier à Homs, alors qu’il était entré légalement dans le pays. Le journaliste syrien Shoukri Ahmed Ratib Abu Bourghoul, blessé par une balle reçue en pleine tête le 30 décembre dernier, a succombé à ses blessures, le 2 janvier 2012, à l’hôpital. Basil Al-Sayed, journaliste-citoyen, avait été tué à Homs le 29 décembre, alors qu’il filmait un énième bain de sang dans le quartier de Bab Amr. Visé à la tête par les forces de sécurité, il est décédé au cours de son transfert à l’hôpital. Le photographe et vidéaste Ferzat Jarban avait quant à lui été assassiné le 20 novembre dernier, après avoir été arrêté la veille à Homs. Enfin, Soleiman Saleh Abazaid avait été assassiné d’une balle dans la tête, le 22 juillet 2011. Il était l’administrateur de la page Facebook “Liberated people of Horan”. Deux citoyens-journalistes syriens ont également trouvé la mort : le 21 février 2012, Ramy Al-Sayed, du Shaam News Network, tué dans un bombardement ; et ‘Omar le syrien’, qui collaborait depuis deux mois avec l’Agence France-Presse, dans la nuit du 3 au 4 février dernier, lors de l’important bombardement de la ville de Homs. » On peut y ajouter Anthony Shadid, du New York Times, décédé des conséquences d’un crise d’asthme aigue le week-end dernier alors qu’il rentrait clandestinement en Syrie.

Quel est le point commun à toutes ces morts ? Ce sont généralement des assassinats. Il y a ceux qui sont évident (« une balle dans la tête »), et ceux qui s’avancent masqués, comme celui de Gilles Jacquier, dont le décès ne semble pas résulter d’un bombardement malencontreux. Et puis il y a ceux de Marie Colvin et de Rémi Ochlik qui, comme leurs confrères blessés lors de la même attaque, se trouvaient dans un « centre de presse » dans la ville de Homs. Connaissant ce genre d’endroits pour en avoir fréquenté quelques uns par le passé, ce « centre de presse » était probablement juste une maison occupée par une poignée de journalistes et de fixeurs, partageant quelques matelas et du matériel de transmission pour les articles et les photos. Mais cet endroit était sans aucun doute connu. Par les rebelles de Homs, qui facilitaient le travail des journalistes venus rendre comte de leur combat contre le régime d’al-Assad. Mais aussi par les forces gouvernementales qui possèdent leurs réseaux d’informateurs et des moyens technologiques d’espionnage. En dépit du pilonnage intense subi par la ville de Homs, il semble peu probable que le « centre de presse » ait été visé au hasard.

Je conclurai par une note personnelle : j’avais rencontré Rémi Ochlik l’an dernier à Tunis, le 14 janvier 2011, jour de la chute de Ben Ali. Il rentrait à notre hôtel avec des habits ensanglantés. C’était ceux de Lucas Dolega, autre photographe français mort ce jour-là. J’avais retrouvé Rémi les jours suivants, puis nous nous étions croisés de nouveau au Caire, à Benghazi et à Tripoli. J’avais été très heureux d’apprendre qu’il avait obtenu un prix au World Press il y a une dizaine de jours. Comme il était jeune (28 ans), je m’imaginais que nous aurions plein d’autres occasions de nous revoir. C’était sans compter un tyran sanguinaire, prêt à tout pour s’accrocher au pouvoir…

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