KARABAKH. ARMÉNIE. AZERBAÏDJAN. C'est très clair !

Résumé en trois points (article actualisé au 14/10).

1) Le Haut-Karabakh, Artsakh en arménien, est une terre arménienne depuis plus de 2000 ans.
Celle-ci a été donnée par Staline (d'origine géorgienne) à l’Azerbaïdjan en 1923, afin de : diviser pour mieux régner, affaiblir l'Arménie (pourtant exsangue après le génocide), rivale historique de la Géorgie, et s'attirer les bonnes grâces du pouvoir pétrolier à Bakou.

Il n'est donc pas question ici de séparatisme. Il est question de rendre, conformément au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, sa souveraineté à l'Artsakh.

2) L'idéologie panturquiste fantasme d'un espace homogène turc du Bosphore à la mer Caspienne. Quel projet ! Supprimer toute diversité culturelle dans ce territoire. Et ils y ont presque réussi. Alors que pas un seul Turc ne vivait là avant leurs premières invasions au 11e siècle !
Il ne s'y trouvait alors qu'Arméniens, Grecs et Syriaques. Tous ont été exterminés ou contraints à l'exil, hormis au Caucase où se trouve la petite République d'Arménie. Dont la survie ne tient qu'au bon vouloir du grand frère russe, gardien de la frontière avec la Turquie.

 

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3) Les Turcs ont pris aux Arméniens 90 % de leur territoire historique, ainsi que leurs bien économiques, et ils veulent encore leur en prendre une partie.
C'est inadmissible. Et il est aisé de comprendre la détermination arménienne à ne plus céder le moindre km2 ; et que cette fois-ci, les Arméniens ne se laisseront pas berner, piller et massacrer sans résistance, mais combattront à mort pour leur liberté.
Quand bien même, une nouvelle fois, comme en 1915 et 1942 (nouvelle vague de pillages et crimes envers les survivants), les Turcs profitent d'une situation de chaos mondial pour accomplir leurs bas desseins.
Quand bien même l'Azerbaïdjan bénéficie des milliards de dollars du pétrole, qui lui permettent d'acheter des terribles drones kamikazes israéliens dernier cri (accusant ici une grave faillite morale d'Israël), ainsi que de l'aide de la Turquie (matériel et envoi de 4.000 djihadistes syriens).
Oui, le combat est très inégal, c'est David contre Goliath.
Mais comme dit le Livre des Proverbes, "Rien n'ébranle la racine des justes" (12.3).


La situation n'est donc en réalité pas complexe du tout, elle est très claire, et la France et l'Union européenne peuvent et doivent agir par :

- La reconnaissance de la République d'Artsakh, afin que celle-ci puisse légalement fusionner avec la République d'Arménie, que le peuple arménien recouvre son unité et sa souveraineté indivisible dans la région, et qu'une force militaire de l'ONU puisse s'interposer.
Tant que l'Artsakh n'est pas reconnu, ce conflit ne peut entrer dans le champ d'application de la Charte des Nations unies et l'Azerbaïdjan et la Turquie s'engouffrent dans cette brèche sans scrupule.

Sur le principe d'intégrité territoriale qu'oppose l'Azerbaïdjan, il n'est en fait pas pertinent ici pour deux raisons :
d'abord, ce territoire a été acquis de manière arbitraire et illégitime en 1921 ; ensuite et surtout, la Cour internationale de Justice a statué en 1995 (affaire Timor Oriental) que le droit des peuples à l'autodétermination primait sur le principe d'intégrité territoriale (cf. G. Guerguerian, Les différends arméno-turcs ou la quête de justice au regard des principes du droit international, Sigest, 2011, p. 103-105, 126- 127).

- La prise de sanctions économiques envers l'Azerbaïdjan et la Turquie. Ne soyons pas une nouvelle fois naïfs : les Turcs ne comprennent, hélas, à ce jour, que le langage de la force et n'ont de respect que pour la force.

Le 13 octobre, les manifestants devant l'Assemblée nationale ont débuté leur intervention en chantant la Marseillaise. Oui, ce sont bel et bien les valeurs universelles de la République qui sont ici en jeu : droit à la liberté, droit à l'autodétermination, droit à la démocratie (l'Artsakh en est une, la Turquie et l'Azerbaïdjan, non). Sont également en jeu la Vérité historique et la Justice.

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