Un peu d’espoir ne ferait pas de mal

Il est vraiment regrettable que les discours d'espoirs ne soient plus réservés qu'au septième art tant on en aurait besoin aujourd'hui.

Il est des moments où, à lire l'actualité, j'aurais envie de reprendre à mon compte les paroles de Renaud:

La liste est bien trop longue de tout ce qui m'écœure
Depuis l'horreur banale du moindre fait divers
Il n'y a plus assez de place dans mon cœur
Pour loger la révolte, le dégoût, la colère

Les discours de haine et de mépris sont devenus monnaie courante. On monte tout le monde contre tout le monde. Ceux qui ont un emploi contre ceux contraints désespérément d'en trouver un. Ceux qui résident déjà ici contre ceux qui voudraient y venir pour fuir la misère et la guerre. Ceux qui ont tout contre ceux qui n'ont plus rien. La sexualité des uns contre celle des autres voire un genre contre l'autre. L'individu monté en pilier de la société moderne n'est plus devenu qu'individualisme et égoisme. On lui fait oublier que celui qui est en face est lui aussi un être humain. On montre le plus faible, le plus opprimé, le plus exploité comme le responsable de tous les maux, le parasite dont il faudrait se débarrasser.

Ce qui n'aurait dû être que l'apanage d'une minorité extrême, c'est répandu comme une maladie contagieuse. Les discours médiocres sont devenus la norme renvoyant ceux de courage aux calanques grecques. Ceux-là même qui se targuent de défendre de grandes causes justes ont fini par céder à la facilité. On cherchera chez l'autre un responsable à blâmer plutôt qu'un ami avec qui construire.

Les vers de Walt Whitman (Ô moi, Ô la vie) semblait déjà chercher la réponse :

O moi ! O la vie ! Les questions sur ces sujets qui me hantent,
Les cortèges sans fin d’incroyants, les villes peuplées de sots,
Moi-même qui constamment me fais des reproches, (car qui est plus sot que moi et qui plus incroyant ?)
Les yeux qui vainement réclament la lumière, les buts méprisables, la lutte sans cesse recommencée,
Les pitoyables résultats de tout cela, les foules harassées et sordides que je vois autour de moi,
Les années vides et inutiles de la vie des autres, des autres à qui je suis indissolublement lié,
La question, O moi ! si triste et qui me hante – qu’y a-t-il de bon dans tout cela, O moi, O la vie ?

Réponse:
Que tu es ici – que la vie existe et l’identité,
Que le puissant spectacle se poursuit et que tu peux y apporter ta rime.

Et pourtant comment exister en regardant le monde autour de soi courir à sa propre destruction et se sentir si impuissant à en changer la course. Quand ces idées noires finissent par m’assaillir, je me tourne vers le cinéma. Une source de réconfort comme une autre. Et récemment, ce fut The great dictator de Charlie Chaplin, 1940. En voyant et entendant pour la première fois le discours final, l’espoir était bien là. A posteriori, quel courage et soif d’espoir il aura fallu à Charlot pour écrire un tel texte (surtout sachant que le pire était encore à venir). Est-ce si difficile d’imaginer réellement de vivre ensemble? D’un monde où chacun aurait sa place sans lutter pour des miettes toute sa vie et / ou subir le jugement et le mépris des autres? D’un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur ? Combien je préférerai entendre ces discours d’espoir à un récit conté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien (Macbeth, Shakespeare).

Ces lignes, je voulais les écrire depuis quelques semaines. Mais l’histoire semble avoir voulu me répondre par la voix de mes concitoyens avant que je les publie. Peut être est-il enfin venu la fin de ceux qui entendent enrégimenter nos vies. De ceux qui nous ont fait tant de belles promesses qu’ils n’ont jamais tenus. Enfin pourrons-nous construire des Utopies réalistes pour citer le titre du livre de Rutger Bregman. L’Espoir en somme.

Il y aura toujours des personnes pour dire que les discours c’est bien beau mais que la vie c’est plus compliquée et qu’il faut être réaliste. Je préfère la réponse de john Lennon (Imagine) : Tu peux dire que je suis un rêveur, Mais je ne suis pas le seul, J'espère qu'un jour tu nous rejoindras, Et que le monde vivra uni.

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