Metal, ceci n'est pas une chronique musicale

Si bien sûr, ça ne parlera pas de ferronnerie non plus, ça n'a quand même rien à voir avec une référence à une œuvre de René Magritte.

Oui, j'aime le Metal : le heavy, le death, le thrash ... J'aime la guitare saturée, la batterie, le chant guttural ... Je ne vais pas faire une dissertation sur tous sur les sous-genres, d'une part parce que ce serait interminable et d'autre part parce que je n'estime pas assez connaisseur malgré le fait que je pourrais sans doute citer une dizaine de groupes dont la plupart des gens n'ont jamais entendu parler.

Quoi ? Vous n'aimez pas. D'accord, ça ne me pose pas de problème. Personnellement, ce qui passe à la radio (pour la dernière fois que j'en ai écouté), je trouve ça ennuyeux et soporifique pour rester poli. Mais si vous préférez ça ou autre chose, ça ne me pose vraiment aucun problème. Il y a un proverbe qui dit "des goûts et des couleurs, on ne discute pas". Je préfère la correction de mon prof de philo au lycée : "on ne dispute pas". Discuter de ces goûts, c'est ce qu'on fait le plus en fait. Quand c'est fait dans le respect et sans amalgame de bas étage, c'est même une bonne source d'enrichissement.

Dans le milieu on dirait que je suis un metalleux, un hardeux, ... Plus que la musique de sauvage que j'écoute du matin au soir, c'est une culture comme la culture nerd (geek c'est devenu trop galvaudé) par exemple et dont je me revendique aussi. Comme toute culture, elle se caractérise par des codes, des références et une certaine philosophie de vie. Je laisserai lire qui est intéressé la section consacrée de Wikipédia. Ça vaut ce que ça vaut mais à titre personnel, je trouve le résumé honnête même si je préfère le documentaire de Sam Dunn (sociologue et metalleux) : Metal, Voyage au cœur de la bête. Cette culture, elle se reflète par de nombreux aspects qui sont connus du grand public tels que les cheveux longs, la barbe, les t-shirts de groupe, les blousons de cuirs, les bracelets de force, etc. Je ne vais là non plus pas faire l'interminable liste. Les styles sont aussi variés que les sous-genres. Je suis un certains nombreux de ces codes qui reflètent mes goûts en matière de Metal. Ironiquement, une culture qui se veut anti-conformiste contient en fait beaucoup de règles. Mais comme chacun les adapte comme il veut ça laisse énormément de diversité et de liberté.

Dans un concert ou un festival, personne ne vous jugera sur ce que vous portez, la façon dont vous vous coiffez, les tatouages et les piercings que vous avez (ou pas). Bien sûr, j'aimerais dire que c'est le royaume de la tolérance. Hélas, les choses ne sont jamais aussi simple. Le NSMB est malheureusement un triste exemple nauséabond d'intolérance qu'on aurait cru disparu et qui finit par réapparaitre (pas que dans le Metal). Et je trouve regrettable qu'on en soit au point que certains groupes se sentent le besoin de faire un label pour rappeler que le racisme n'est pas l'idéologie dominante dans le Metal et même n'est qu'une minorité trop bruyante (c'est le cas de le dire). Mais ça continuera de remplir la longue liste des accusations stupides fondées sur l'ignorance. Enfin quand je vois Kreator (pourtant parmi ceux accusés à tort) les faire huer par des milliers de personnes au Wacken, je me dis qu'ils ne seront jamais la majorité. Personnellement, j'ai même souvent eu le sentiment de voir dans les concerts des gens plus polis et respectueux que dans le métro tous les jours.

La façon dont je m'habille, la façon dont je me coiffe, la musique que j'écoute disent bien sûr quelque chose de moi mais pour autant vous ne me connaissez pas. Et d'autant plus si vous ne partagez pas mes références culturelles. En vérité, ça m'amuse d'imaginer ce que les gens pensent en me voyant. Je crois que beaucoup serait surpris en sachant ce que je fais dans la vie.

Pourtant, malgré tout ce que je pourrais dire ou tenter d'expliquer, rien n'y fait, il est un mal qui ne guérit pas : l'amalgame et le préjugé. Combien de fois ai-je et aurais-je à entendre les mêmes idées reçues et toutes faites : "Le gothique / punk / métal tout ça c'est pareil", "c'est trop métal" (avec la metalhand par quelqu'un qui de toute évidence n'y connait rien), etc. On pourra trouver sur internet, la longue liste de toutes ces petites phrases qui finissent par nous énerver.

C'est un problème qui ne s'arrête pas aux cultures underground. À force, j'ai fini par me demander d'où venait cette maladie du jugement et si moi-même je ne la pratiquais pas à outrance. Mon constat, c'est qu'on place les gens dans des petits cases et si on ne connait pas alors on fait un gros pot pourri fourre-tout. Et après, on juge, on condamne. Pas grave si on y connait rien. Pourquoi chercher à comprendre, à écouter, les illusions de notre ignorance sont bien suffisantes. Finalement, c'est peut être ça la définition de l'intolérance. Et quand bien même auraient-ils tort, la valeur éducative du bonnet d'âne n'est plus à prouver, n'est-ce pas ? Comme si blâmer et culpabiliser en permanence les gens sans savoir ne pouvait avoir d'autre effet que d'exacerber une haine réciproque.

Au fond, quel droit ai-je à décider pour autrui comment il ou elle doit être ? Ça serait si difficile d'arrêter cette guerre permanente qui consiste à condamner tout le monde sans connaitre ? De laisser les gens être comme ils ont envie d'être ? S'ils se sentent bien comme ça n'est-ce pas suffisant ? Si plutôt que de critiquer à grand coup de "c'est maaaal", on argumentait raisonnablement. Si au lieu de juger, on essayait de comprendre, d'écouter. Si plutôt que de s'enfermer dans l'ignorance, on cherchait à apprendre. Mais les habitudes ont la vie durent sans doute.

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