L'Albanie, l'Europe et la démocratie

L'Albanie manque cruellement de juges intègres, c'est un fait. Mais le processus d'évaluation de la justice, qui fait intervenir des observateurs européens, compromet gravement la souveraineté de l'Etat Albanais et conduit de faire à une sélection très partiale des juges... autant qu'au confort des observateurs.

Récemment, un article du Figaro titrait sur le manque de juges intègres en Albanie. C'est un fait: l'Albanie qui a commencé il y a plus de 10 ans son rapprochement avec l'Europe manque de juges intègres et professionnels. Non que le pays ne sache pas les produire mais plutôt par une forme d'usage, d'habitude. 

Comme tous les Etats, l'Albanie s'est donc engagée dans une réforme de sa justice, faisant intervenir au passage des observateurs étrangers. Le processus est bien rôdé tant il a été pratiqué à l'étranger: une commission d'évaluation est mise en place, des experts étrangers sont associés, le tout en toute transparence, au moins au plan formel. 

Pour ce sujet, c'est le CICL qui opère en partie. Certains experts ont attiré l'attention, plus que d'autres. A ce titre, Théo Jacobs aura dès le départ suscité les interrogations. Ce Monsieur anti-corruption Belge pourrait se targuer d'une certaine notoriété au regard de son action en Belgique. Ses réformes ont été notées, bien sûr, mais forcé de constater que sa gestion a été pointée du doigt par nombre de rapports dont la presse Belge elle-même s'est fait l'écho. Ainsi, plus de 470 Millions d'euros saisis ont fait l'objet de ce que l'on a appelé "une gestion chaotique"... et d'ailleurs, depuis qu'il n'officie plus, c'est 1,6 milliards d'euros qui ont été saisis chaque année. Intervenu sur le front du Kosovo, il fit par ailleurs l'objet d'articles nombreux laissant penser que son impartialité pouvait être compromise. 

Intervenu en Albanie, il aura tout de suite requis un certain nombre d'éléments de conforts refusés à des ministres Albanais, considérant sans doute que son statut de simple "observateur" pourtant le justifiait. Qu'à cela ne tienne, le style de l'homme, connu pour sa rudesse aurait pu passer s'il s'était accompagné d'une forme d'impartialité. Il n'en est rien. Semblant préférer les juges "hommes" aux juges femmes pour leur qualité professionnelle et leur disponibilité pour le travail, il n'a pas hésité à dépasser très largement le champ de sa mission, menant de véritables interrogatoires, intervenant dans le champ de la vie privée des magistrats (alors même que la mission vise à évaluer les compétences des juges). 

Cet exemple d'un intervenant belge sur la scène Albanaise amène à une réflexion d'ensemble finalement, car si son cas est typique, il n'est malheureusement pas isolé: quel signal l'Europe veut-elle envoyer pour les éventuelles nouvelles adhésions ? Quels contrôles démocratiques pèsent sur ces magistrats ? Dans un système démocratique, la justice se doit d'être indépendante, bien sûr. Elle est surtout impartiale et l'oeuvre du peuple, en l'espèce, du peuple Albanais d'abord. 

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