VERS UN TERRITOIRE INCLUSIF – PYRÉNÉES ORIENTALES

Il faut rappeler aux villes que la campagne est un endroit productif et propice aux développements. Nos politiques doivent concentrer une plus grande portion des investissements hors de nos métropoles, ce territoire se sentirait alors inclus dans le processus politique et non exclus, comme il nous l’a prouvé à de nombreuses reprises aujourd’hui.

Ville et campagne : une rupture irrémédiable ?

"A plupart des courants socialistes du dix-neuvième siècle se sont refusés à considérer comme une évolution positive la séparation entre ville et campagne que le mouvement d’industrialisation tendait à accentuer et à rendre irréversible. Ils insistaient sur le danger d’une rupture entre citadins et ruraux. Toutefois, les problématiques des premiers théoriciens socialistes sont loin d’être uniformes : à un réel passéisme de certains répond l’acceptation d’un présent industriel encore limité et semi-artisanal, mais mêlée à la peur d’une industrialisation plus massive. Le déséquilibre entre espace citadin et environnement champêtre a été trop brutal - ou ressenti comme tel - dans la phase de percée industrielle pour que les penseurs du progrès social, même les plus favorables à une certaine urbanisation, acceptent de sacrifier le peuple de la terre au profit des classes chargées de faire fonctionner les machines logées au coeur des villes.

Proudhon veut « marier l’agriculture à l’industrie (...) ; la cause des paysans est la même que celle des travailleurs des villes, la marianne des champs est la contrepartie de la sociale des cités (...). C’est à la démocratie industrielle des grandes villes (...) à chercher les points de raccordement qui existent entre elle et la démocratie des campagnes ». Conscient de l’opposition d’intérêts entre la paysannerie et les classes urbaines, Marx est plus favorable à la victoire sur la ruralité des forces libératrices qu’il voit à l’oeuvre dans les villes ; il n’en est pas moins persuadé de la nécessité de combler le fossé qui ne cesse de s’élargir entre le monde industriel, riche de promesses futures, et la vie rurale, qui reste à la traîne. Il faut cependant toujours distinguer chez Marx la vision globale, indiscutablement industrialiste, des analyses sur la conjoncture historique, où s’expriment, à certaines occasions, de véritables plaidoyers pour la paysannerie déshéritée, ou même l’espoir, à propos de la commune paysanne en Russie (le MIR), que le monde rural devienne, dans ce pays, la force sociale décisive pour un combat conduisant à une société post-capitaliste.

Plus que jamais, il semble impossible de stabiliser ou de maîtriser les convulsions sociales d’un monde qui serait de plus en plus soumis à des effets de polarisation, symbolisée mais aussi inscrite spatialement dans la dichotomie ville/campagne. Le monde rural, dédaigné, est pour longtemps encore une réalité trop massive pour ne pas peser, par la pression de ses plus élémentaires besoins, sur le sort des villes qui apparaissent, à l’échelle planétaire, comme de simples îlots menacés d’encerclement."


– Roland Lew, Avril 1982

Les Pyrénées Orientales est un département unique en son genre. Il bénéficie d’une double orientation, à la fois sur la mer et la montagne, d’une richesse culturelle variée (à la limite entre l’Espagne et la France) et d’un climat agréable. Il accueille de nombreux touristes sur ses côtes méditerranéennes et sur les pistes de ses stations pyrénéennes. C’est un endroit propice à l'agriculture (viticulture, verger, pâturage, etc.) à l'industrie, aux échanges commerciaux et à toutes sortes d’activités sportives. Malheureusement, Perpignan, chef-lieu du département, concentre la majorité des infrastructures, de l’investissement et de la population. Ce qu’il manque avant tout à ce département c’est une infrastructure adéquate pour créer un territoire inclusif. Ce que l'on entend par inclusif, c'est réunir les zones urbaines de Perpignan aux communes les plus isolées de montagne. Aujourd’hui le lien entre montagne et mer se fait uniquement par la biais de la route nationale, longue péripétie, traversant de nombreux villages (qui pâtissent de cette circulation dense). L’infrastructure ferroviaire, qui pourrait soulager la route et servir de colonne vertébrale aux renouvellements du département, est vieille et obsolète: surtout face aux demandes d’une clientèle souhaitant bénéficier d’un trajet peu cher et rapide entre Perpignan et la vallée de Cerdagne.

Il faudrait désormais restructurer ces modes de transport afin d’ouvrir la montagne à la mer et permettre à une nouvelle génération de venir s’installer dans ces lieux riches en culture et espaces naturels. Depuis quelques années, le département bénéficie d’un système de production d’énergie axé sur l’énergie renouvelable (hydraulique et éolienne). Il faudrait donc continuer dans cette direction en agrandissant le parc éolien déjà présent sur les abords de Perpignan et créer un véritable parc solaire dans la plaine de Cerdagne. La fibre optique devra également faire son chemin vers le haut de la vallée, dans toutes les communes, en parallèle à la nouvelle infrastructure ferroviaire et routière. Il serait grand temps de redistribuer l’infrastructures équitablement à travers le territoire. Afin de servir l’ensemble des citoyens, il faudrait voir des universités, des hôpitaux, des théâtres, des musées prendre place dans ces territoires isolés. Il faut rappeler aux villes que la campagne est un endroit productif et propice aux développements. Nos politiques doivent concentrer une plus grande portion des investissements hors de nos métropoles, ce territoire se sentirait alors inclus dans le processus politique et non exclus, comme il nous l’a prouvé à de nombreuses reprises aujourd’hui.

Pour voir l'article en entier : http://atlasofplaces.com/Vers-un-territoire-inclusif-Part-I-Atlas-of-Places

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