Je ne suis pas CETA

Non. Non absolu. Le traité de libre-échange CETA ne sera pas, en tout cas pas chez moi. Hors de question qu'un bout de papier dont je n'ai jamais vu la couleur, paraphé par des incapables soumis aux puissances de l'argent détermine ma vie.

 

Comme prévu, Paul Magnette s'est résigné. Après avoir joué les gros durs, le premier ministre wallon s'est rangé parmi les mous. La nouvelle version du CETA serait tout à fait différente, plus démocratique, et nous offrirait les garanties que nous attendions. N'empêche que le texte a été négocié en secret. Or, les choses qu'on nous cache n'ont jamais rien de bon. Et le simple fait que nous n'ayons une nouvelle fois pas eu notre mot à dire suffit à inspirer le dégoût.

 

L'Union Européenne a donc encore frappé, franchissant un nouveau stade sur l'échelle de l'indécence. On la savait médiocre parce que pas fichue de résorber (a-t-elle seulement essayé?) les effets interminables de la crise et du chômage. Pathétique parce qu'effrayée par l'arrivée d'exilés qui ne demandent autre chose que la paix et une vie digne. Cynique, parce que capable de mettre un État comme la Grèce à genoux pour rembourser des créances au profit de banquiers véreux. Mais là, en signant le CETA, elle est carrément devenue ignoble. Parce qu'officiellement et sans complexe, elle piétine le principe même qu'elle croit incarner : la démocratie. Entre sacralisation de l'investissement, nivellement des normes environnementales, sociales et sanitaires par le bas, privatisation des services publics et de la justice pour les multinationales, ce n'est pas une balle dans le pied qu'elle vient de se tirer, mais un boulet de canon en plein cœur.

 

 

Il y a aussi des leçons que l'histoire nous donne. Avant la mise en place de l'Alena, traité de libre-échange nord-américain dont les termes sont fondamentalement similaires à ceux du CETA et du TAFTA, on promettait des centaines de milliers d'emploi aux américains sceptiques, des produits moins chers, une croissance sans limite. Vingt-cinq ans plus tard, plus personne n'ose défendre son bilan accablant : les industries ont massivement délocalisé leur production au Mexique, où la main d’œuvre est moins chère, et jeté dans la pauvreté et le chômage des centaines de milliers d'américains ; quatre millions de paysans mexicains ont perdu leur emploi à cause de la concurrence des firmes américaines ; les lois canadiennes de protection de l'environnement ont été rabotées au profit des multinationales du pétrole.

 

 

Imaginez maintenant ce que Monsanto Canada nous réclamera pour contester l'interdiction de la culture OGM. Et tout cela devant un tribunal d'arbitrage privé, des juges privés, des avocats privés, pour des intérêts privés. En bref, l'affaire Tapie (qui a coûté 404 millions d'euros à l’État français) mais sans possibilité de faire appel. Ainsi, soit l'entreprise ramassera le jackpot sans avoir investi un centime, soit les lois existantes seront abrogées, tricotées, reficelées dans son intérêt.

 

 

Raisonnons par l'absurde. Si cet accord était vraiment ce qu'on essaie de nous vendre, « le meilleur accord jamais négocié », s'il protégeait notre agriculture et rehaussait nos normes sociales et environnementales, cela ferait longtemps qu'on entendrait Pierre Gattaz et sa clique gémir de désespoir, craindre pour « les emplois », regretter déjà « la compétitivité de nos entreprises ». Mais à l'heure qu'il est, ce ne sont pas les larmes mais le champagne qui doit couler à flot au Medef.

 

On ne va pas rentrer plus encore dans les détails. L'essentiel, c'est que les décideurs ont tout faux et qu'ils continuent dans cette voie sans nous demander notre avis. Alors quoi ? Devant, un champ de ruine politique sur lequel nous sommes tous destinés à pourrir, malades des OGM et des poulets aux hormones, trop pauvres pour nous soigner, fauchés parce qu'au chômage ou fracassés par le boulot, seuls.

 

 

Je n'aurais pas le culot de parler au nom d'autres, bien que je pense ne pas être seul à m'opposer à ce traité. Quelle forme cet engagement peut-il prendre ? Je n'en sais rien. Mais ce que je sais, c'est que le gaz de schiste, les saumons génétiquement modifiés, ou le porc bourré aux antibiotiques, ce n'est pas le monde que je souhaite (même si on a déjà les porcs bourrés aux antibiotiques). Et si toutes ces horreurs que j'ai évoquées ne sont pas prévus par le CETA, ils en seront pourtant les effets. Car je ne tomberai pas dans le panneau de « l'accord juste », radicalement différent du TAFTA. Ceux qui ont signé ce papier ne représentent plus rien qu'un mélange de cupidité et de bêtise, qui n'ont rien à voir avec mon monde. Ce n'est pas ce que je veux, ni que je suis. Je ne suis pas CETA.

 

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