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Billet de blog 28 sept. 2022

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La solidarité pour la contre-offensive ukrainienne a un mauvais gout de propagande

Ce premier billet pour synthétiser mon point de vue sur le conflit en Ukraine, extrait des discussions et des dires des penseurs de gauche (je les remercie), qui n'arrivent décidément pas à prendre parti pour une guerre, quelle quelle soit. J'en suis.

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Un appel à la solidarité avec le peuple Ukrainien sans arrière-pensée et sans condition : cela ne serait-il pas un peu court?

Cette solidarité peut-elle s'honorer de ne pas être complaisante ?

Soutenir la défense des Ukrainiens est une chose, soutenir le projet géostratégique américain en est une autre. En d’autres termes et sur un plan moral il faudra éviter de confondre légitime défense avec appel au meurtre.

Alors en tant qu’occidental de culture judéo-chrétienne (rassurez-vous Socrate, Kropotkine, Illich et Veil m’aident à me dépêtrer de ce mauvais sort !) j’ose la question suivante :

Après trois décennies de militarisation de la politique étrangère américaine - nous noterons ici que les États-Unis ont à leur palmarès 100 interventions militaires depuis 1991- quelles sont les implications logiques et pratiques de la politique du gouvernement américain dans ce conflit en Ukraine ?

Ces implications paraissent encore pour l'instant noyées dans le brouillard, opportunément voilées par l'offuscation, l'indignation contre l'abjection des atrocités des crimes de guerre perpétrés par le gouvernement Russe. Mais, en réalité, l'approche américaine des trois dernières décennies est une approche militaire d'abord, et souvent uniquement militaire.

Les US arment qui ils veulent, en appelant à un élargissement de l'OTAN, faisant fi des intérêts de sécurité des états membres. Lorsque l’un des membres se plaint, les USA envoient davantage d'armements à leurs alliés dans cette région. Les US partent en guerre quand ils veulent, où ils veulent, qu'il s'agisse de l'Afghanistan ou de l'Irak ou de la guerre secrète contre Assad en Syrie, ou de la guerre en Libye. En entonnant toujours le même refrain : “Nous sommes pacifistes. Qu'est-ce qui ne va pas avec la Russie et la Chine ? Ils sont si belliqueux. Ils veulent miner le monde.” ... Et le monde entier se retrouve dans de terribles confrontations.

La guerre en Ukraine aurait pu être évitée et aurait dû l'être par la diplomatie. Pendant des années, le président russe Poutine a répété que l'OTAN ne devait pas s'étendre jusqu'à la mer Noire, ni jusqu'à l'Ukraine, et encore moins jusqu'à la Géorgie, qui, si l'on regarde la carte, se trouve directement sur le bord oriental de la mer Noire. La Russie n’a cessé de dire à l’Occident : “Cela va nous encercler. Cela va mettre en péril notre sécurité. Ayons recours à la diplomatie.”

Ainsi, à disqualifier toute interrogation sur les intentions du protagoniste américain, nous refusons de prendre en compte une réalité: les dirigeants américains sont en guerre. Ayant clairement choisi l'escalade plutôt qu'une paix de compromis - certainement parce qu'ils s'imaginent en vainqueurs, les 900M$ de budget annuel de l’OTAN permettant sans doute d’alimenter sans se démunir la contre-offensive du gouvernement ukrainien - nous pourrions tirer les ficelles et soutenir que l'OTAN ne cherchait que cela : "en terminer avec la guerre froide". C'est d'ailleurs en ces termes que s'exprime la propagande occidentale pour remplir au plus vite ses objectifs de bourrage de crâne : car cela est bien pratique de dire que l’on veut terminer une guerre! cela fait automatiquement de nous un pacifiste, non ? Ainsi toute objection -potentiellement vraiment pacifiste, elle- émanant de tout autre camp pourra être soit ridiculisée, soit étouffée ou bien encore carrément remise en cause! En colportant le motif de cette propagande, les peuples occidentaux donnent carte blanche aux US pour utiliser le peuple ukrainien en mercenaires-low-cost-porteurs de leurs armes et de leurs étendards.. Bref, en chair à canon.

D'autre part, le gouvernement ukrainien qui chapote la contre-offensive contre la Russie, est-il vraiment si inattaquable sur le plan diplomatique et moral ? ce même gouvernement qui accueille à bras ouverts la logistique militaire de l’OTAN (des plus efficaces), mène son peuple à la guerre, et pousse l'opportunisme jusqu'à porter atteinte aux droits des ukrainiens pendant ce temps (lois sur le droit du travail par exemple) ? Le gouvernement ukrainien n'a-t-il pas les mains sales de transformer son propre peuple en chair à canon, comme cela sans frémir ?

De leur côté, les gouvernements européens qui conçoivent, fabriquent, fournissent et vendent les systèmes armés pour soutenir la contre-offensive contre la Russie, menée par leurs mercenaires gracieux (le peuple ukrainien), sont-ils réellement si inattaquables sur le plan diplomatique et moral ? Quid de leurs addictions forcenées aux énergies à pas cher ? Les gouvernements européens ne sont-ils pas pris de la sorte dans un cercle vicieux d’autodestruction ? Devons-nous regarder ce conflit en Ukraine comme le prototypage des stratégies de guerres à venir ? Comme une phase de test des nouveaux systèmes armés, un peu de marketing pratique ne faisant jamais de mal à un Business en manque de débouchés ? Les gouvernements européens n'ont-t-il pas les mains sales de laisser un peuple cousin mourir pour d'autres, comme cela sans blémir?

Il est surement regrettable que l’Europe soit maintenant majoritairement affiliée à la diplomatie US par le biais de l’OTAN. Car, comment jouer au médiateur quand on a pris fait et cause pour l'une des parties? Au final, la position des gouvernements européens ressemble étrangement, comme par « pattern » à celle des lobbys qu’elle laisse gouverner à Bruxelles : les actionnaires de l’armement et les multinationales de l’énergie s’enrichissent au-delà de toute mesure à cause de cette guerre - faut-il encore le rappeler - et les personnalités politiques s'occupent de pratiquer la langue de bois régionale et de détourner l'attention sur d'autres causes plus « médiatisables ». Comment alors tenir une position de diplomate, sans diplomates et avec de tels engrenages meurtriers et de tels intérêts sous-jacents ? Comment soutenir les peuples opprimés sans risquer d’être perçu par les autres belligérants comme un simple supporter de la politique des US ?

Est-ce que tout cela dédouane Poutine d'être dangereux, et néfaste ? Certainement pas, mais ce n'est pas en ajoutant de l'huile sur le feu par la livraison d'armes et de milliards de $ que nous nous rapprocherons de la paix: la réaction européenne, sous le coup de l'émotion, restera catastrophique. Non seulement Poutine s'enrichit grâce aux menaces internationales, mais en plus la population russe se voit désormais agressée par nos sanctions (ce qui veut dire en clair que le successeur de Poutine pourrait bien se permettre d'être encore pire).

Tout cela était assez prévisible et constitue un cran de plus vers l'apocalypse vers laquelle nous emmènent les media dominants; en faisant par ailleurs totalement fi de la récession économique qui avance à grand pas (inflation/récession), et va dans le moins pire des cas, affaiblir irrémédiablement l'Europe au seul profit de l'empire US - qui lui est à l’abri des pénuries énergétiques pour quelques générations encore -

Le principe d’extraterritorialité du droit américain aura ainsi fini par payer, mais la victoire de l'OTAN n'est pas véritablement acquise, et la détermination de la Russie pourrait bien l’emporter sur le mince vernis de l'unité occidentale; Alors que l'Europe se retrouve régulièrement obligée d'absorber les contrecoups d'une politique menée par les États-Unis, l'escalade pourrait en accélérer sa défection dans la recherche d’un accord avec la Russie (possible bis repetita de affaire de Suez en 1956 : les européens seront rapidement mis hors-jeu face aux géants de la géostratégie - RUSSIE et USA).

Lorsqu'un peu de lucidité nous touche, nous serions obligés de constater que l'implication croissante de l'OTAN ne pourra qu'intensifier une menace que la Russie a - préalablement au conflit - jugée existentielle. Cela justifie sa résolution - et alimente copieusement sa propagande -  plutôt que de la réduire (cercle vicieux/escalade). Comme en témoigne le cliquetis de son sabre nucléaire, les intérêts vitaux en jeu pour la Russie donnent à ses dirigeants bien plus de volonté politique que pourrait en avoir l'Occident d'accepter les fardeaux et les périls de l'escalade.

Tenez pour se détendre....... (?) voici deux devinettes :

Qui, depuis la naissance de l’humanité, sont les vainqueurs des guerres menées par deux états belligérants?

 Les vainqueurs sont les oligarques, des deux pays

Qui, depuis la naissance de l’humanité, sont les perdants des guerres menées par deux états belligérants?

 Les perdants sont les pauvres et les exploités, des deux pays aussi

Afin de permettre une résolution pacifiste de ce conflit, Washington devrait certainement accepter son rôle dans la provocation et maintenant la prolongation de la guerre. Malheureusement, le récit conventionnel (médias dominants relayés sans analyse aucune par les masses) atténue cette prise de conscience et retarde la correction de cap. Cette obstination imprudente se fera au péril du peuple Ukrainien, des russes forcés de combattre et in fine de la paix mondiale.

En conclusion, s’il faut plaider pour quelque chose, c’est que les soldats des deux armées fraternisent, et profitent d’être armés pour retourner leurs fusils contre leurs officiers et dirigeants sans scrupules.

Une solidarité intellectuelle envers les opprimés n'interdit pas un regard critique sur les moyens que ces mêmes opprimés utilisent :  Les Ukrainiens ont certes fait le "choix" de la résistance armée, car en l'état, ils ont estimé qu'ils n'avaient pas d'autres choix; mais l'objecteur de conscience, l'antimilitariste, le militant de la non-violence que je suis doit-il soutenir cette résistance-là ?

Je préfère, à l’encontre de l'opinion dominante, contre tout vent et sans donner de leçons, soutenir que d'autres moyens de lutte existent et sont possibles :  Il existe une résistance civile, non armée, certes minoritaire et totalement inaudible et non médiatique (Celle-là même qui existait sous l'occupation nazie, et que nous glorifions tous et toutes). Ne la négligeons pas, ne la méprisons pas. Le courage sans arme n'est pas une vue de l'esprit. Je veux croire, comme le disait Camus, qu'il est possible de servir la dignité de l'homme avec des moyens qui ne la renient pas. Même en Ukraine.

La guerre est apolitique. En effet, la politique, c'est la gestion de la cité, non pas sa destruction (oui j'aime beaucoup l'étymologie); Ainsi, lorsque je soutiens une guerre par l'esprit et/ou par le corps, je reviens à un état purement animal; et mon esprit devient ou deviendra à terme aussi riche et libre que celui d'une fourmi (oui, elles se font la guerre aussi...).

Portons nous réellement le souhait de jouer indéfiniment à qui a la plus grande et la plus indestructible des fourmilières? 

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