L'information sur la lutte contre le Coronavirus

Les informations que nous trouvons dans les médias laissant perplexe, autant que les données sur le coronavirus, interprétées par les nombreux experts interviewés. Le risque n'est-il pas la "pan-médicalisation" de la société, comme le craignait le philosophe Comte-Sponville, ou la peur de la peur, comme risque majeur dénoncé par le Professeur Raoult ?

Les informations qui nous sont données par les médias, que ce soient des interviews d'experts ou des conseillers du Conseil Scientifique, laissent perplexe, d'une part par le fait que les données sont le plus souvent données brutes, sans explication, d'autre part parce que les médias donnent plus volontiers la parole aux Cassandres en tous genres.

Le logiciel d'information, dans les médias, sur l'épidémie du Covid 19, a changé, faisant appel à d'autres critères d'expansion de l'épidémie que ceux utilisés cet hiver et ce printemps. A cette époque, seules les admissions à l'hôpital de malades avérés, celles en réanimation et le nombre des décès permettaient de suivre l'évolution de l'épidémie en France. Maintenant on ne parle que des cas positifs aux tests, qui se sont bien entendu multipliés, du fait des possibilités meilleures que cet hiver, de les faire. Pendant ce temps-là, les chiffres des malades sont devenus confidentiels, voire inexistants. Et une confusion voit le jour, entre les termes de "contamination" et d'infection", faisant croire que la circulation du virus serait un critère prévisionnel d'une nouvelle vague. Rappelons que la contamination n'est qu'une transmission du virus, alors qu'une infection est sa manifestation pathologique. Il y a donc une grande différence entre les données des tests qui révèlent une évidence, à savoir que le confinement n'a nullement éradiqué le virus ; ce qui est une utopie. Car aucun microbe n'a jamais été éradiqué complètement de la planète, même du fait de vaccinations efficaces ou d'autres mesures de prévention. Tout au plus ces mesures sanitaires ont-elles pu en réduire la nocivité. Les infectiologues, qui clamaient l'efficacité du confinement total, avaient-ils vraiment pensé qu'on pouvait éradiquer un tel virus ? Celui de la grippe est toujours présent malgré les vaccins, pourquoi le SARS-Cov 2 aurait-il pu disparaitre ainsi, comme par enchantement ?

De plus, la croissance du nombre de cas positifs est-elle liée à une réelle expansion du virus ou simplement le fait que la multiplication des tests permet d'en révéler sa présence et non forcément sa croissance ? 

Quant à la notion d'immunisation face au coronavirus, elle a disparu des radars médiatiques. Pourquoi ? Certaines recherches démontrent la production d'un immunité réelle soit sous la forme d'anticorps anti-coronavirus, soit d'une immunité cellulaire efficace. Sa durée reste inconnue. Nous ne savons rien de l'évolution des cas positifs. Combien de temps ceux-ci restent -ils positifs. Si l'on s'en tient aux recommandations du gouvernement une quarantaine de 7 jours suffirait, au lieu de 15 jours auparavant. Ce qui voudrait dire que les experts pensent que les porteurs du virus seraient moins contagieux au bout de cette période. Alors pourquoi s'affoler devant les chiffres de contamination pendant l'été ?

Si l'on s'en tient au nombre de cas pathologiques, cet été, il est évident que ce coronavirus est un virus saisonnier, comme l'avait prédit d'ailleurs le Professeur Raoult et bien d'autres infectiologues. Il semble sensible à la diminution de la durée du jour ; d'où son apparition à l'automne et sa disparition au printemps, en tous cas dans notre pays. Peut-être aussi à la température , Mais les résultats des études publiées sont moins tranchés, concernant ce dernier critère. D'où la diminution importante de sa nocivité cet été et la possible réapparition de sa virulence en octobre /novembre. En tous cas, les pays proches de l'Equateur, semblent nettement moins touchés par l'infection. L'Afrique équatoriale est d'ailleurs peu touchée par le Covid 19, sinon  par des individus venant de l'étranger.

Alors pourquoi tant de précautions cet été ? Nos experts ne croiraient-ils pas en une possible immunisation de la population ? Il sera sûrement intéressant de suivre l'évolution d'une nouvelle vague dans les pays (notamment la Suède et les Pays-bas) qui n'ont pas choisi le confinement total comme en France, en Italie ou en Belgique.

Pourquoi ne fait-on pas des tests d'immunologie chez les cas positifs, pour vérifier à terme s'ils développent des signes manifestes d'immunité face à ce virus ? J'imagine que nombre de scientifiques s'en chargent. Mais on en parle peu. Certes les recherches dans ce domaine sont difficiles, du fait des immunités croisées et des problèmes techniques.

Les Cassandre, auraient-ils pris le pouvoir dans les médias, passant allègrement de critères de pathologie à des critères de simple transmission, s'étonnant de voir les cas positifs augmenter ; ce qui est  logique puisque l'on fait maintenant des tests massivement. A moins que les médias les préfèrent pour le sensationnel de leurs prévisions alarmistes . Au journaliste qui demandait à un infectiologue pourquoi il s'alarmait, malgré l'absence de nouveaux cas pathologiques, cet été, celui-ci admettait qu'il ignorait quels étaient les critères de nocivité du virus, et tentait maladroitement de donner une réponse en s'appuyant sur les nouvelles statistiques de cas positifs. Mais ces cas sont asymptomatiques, donc pas malades, simplement porteurs du virus. Pour combien de temps ? On l'ignore bien entendu. Ce n'est pas la même chose que de comptabiliser le nombre de cas pathologiques.  

En toute logique le virus n'a pas disparu du territoire, du fait d'un simple confinement total, notion simpliste d'ailleurs ; car essayer de transformer le pays en une espèce de bloc opératoire, où les gestes barrières appliqués par la population devraient être aussi performants que ceux qu'utilisent les chirurgiens, anesthésistes et réanimateurs, c'est purement illusoire, comme d'espérer imposer aux jeunes et moins jeunes de ne pas participer à des manifestations festives, cet été. Réduire les rassemblements à tant de personnes n'est -il pas purement arbitraire. Contraindre un stade de foot-ball à n'accepter que 1000 personnes ne revient pas au même quand il s'agit d'un stade de la dimension de celui de Marseille que s'il s'agit du stade d'une petite agglomération. Alors pourquoi ce chiffre ? Quel est le seuil également pour une  réunion familiale ? 10 personnes ? pourquoi pas 12 ou 8 ? Nulle explication ; sinon celle d'un humoriste qui disait que le virus savait compter !  

Je pense que les politiques devraient maintenant reprendre les rênes des décisions et imposer à leurs conseillers de rester discrets, c'est à dire ne pas déverser leurs recommandations ou régler leurs désaccords avec leurs ministres à tout bout de champs dans les médias, comme l'a fait le Professeur Delfraissy ; une façon de faire pression indirectement sur les décideurs, tout en clamant (sans prendre garde du paradoxe de sa déclaration), comme en juin à l'Assemblée Nationale, devant les caméras de télévision, qu'il ne cherche pas à imposer ses vues. Joli paradoxe. En effet les conseillers ne sont pas les payeurs. Alors basta ! Qu'ils cessent leurs déclarations intempestives et souvent menaçantes. Que les ministres puissent prendre leurs décisions sans risquer de se faire prendre en contradiction avec les recommandations et menaces des experts qui les conseillent, face à la population. Evitons la pan-médicalisation de la société, comme l'a justement craint le philosophe André Comte-Sponville. Il est évident que l'on en pourra pas refaire un confinement total comme cet hiver et ce printemps sans risques majeurs d'ordre économique et sociétal.

Quant aux gestes barrières, ne croyons pas qu'ils suffiront à nous protéger de la contamination ; tout au plus éviterons-ils les projections des gouttelettes de salives et ainsi réduire un petit peu les contaminations. Je passe sur la distanciation sociale, impossible à respecter partout, y compris dans la grande distribution. Quel catastrophe pour les petits commerçants. Il sera difficile au gouvernement de prendre les mêmes mesures qu'au début de l'épidémie.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Je pense à ce geste soi-disant barrière, (imaginé probablement par un adepte de Descartes qui ne tient aucun compte de la complexité du vivant), qui consiste à éternuer dans le creux du coude. Quand je vois ensuite diverses personnes, y compris le chef de l'Etat, toucher du coude celui d'une autre personne, je me dis quel superbe moyen de transmission. J'imagine mal Emmanuel Macron se passer du gel hydro alcoolique  sur la manche de son costume. Qui pense à le faire d'ailleurs ? Comment imaginer que le virus ne s'est pas éparpillé autour du coude ? Soyons sérieux. Je préfère éternuer avec la main ou un mouchoir  devant la bouche et me passer aussitôt un gel ou me savonner les mains que laisser mes miasmes sur la manche de mon vêtement toute la journée et les transmettre à celui qui voudrait me dire bonjour par coude interposé.

Sur le plan psychologique et social, que de conséquences non comptabilisées ! Je reste perplexe devant l'importance donnée au biologique, et peu au psychologique et social. Isoler les personnes âgées, pour les préserver de ce virus, telle semble être la priorité avancée. A quel prix ? Ces mesures d'isolement dans les EPHAD ne favoriseraient-elles pas aussi la virulence du Covid 19, en plus des comorbidités si fréquentes chez les personnes âgées ? Il semblerait que les statistiques du syndrome de glissement commencent à s'affoler. On sait depuis longtemps combien la fatigue, la baisse de moral, voire la dépression s'accompagnent volontiers de problèmes somatiques, accentuant donc la vulnérabilité des individus. Il fut même une époque où on parlait de dépression masquée quand une personne cumulait diverses infections, mal corrigées par les antibiotiques et soulagée par un antidépresseur (véritable test thérapeutique).

En effet pourquoi vivre pour survivre seulement. Où serait le plaisir si on ne peut plus voir ses proches ? L'affectivité, la convivialité, les relations sociales seraient-elles un pis-aller ? Quel intérêt auraient-elles, ces personnes âgées, de vivre ainsi, enfermées dans leur chambre, sans voire aucun de leurs proches ?  Pour battre des records de longévité ? Alors que certaines, déjà usées, ne demandent qu'à mourir pour échapper aux douleurs en tous genres, à la perte d'autonomie qui découle d'un affaiblissement physique ?

Ne serait-il pas temps, avant une résurgence de la virulence de ce coronavirus, de repenser les fondamentaux de la vie ? Pourquoi vivons-nous ? Pour des records de longévité ? Pour le fric ? Pour posséder  le plus de biens matériels ? Ou pour le bien-être ? Le bonheur peut-être ? quelle importance donnons-nous aux relations sociales ?

En tous cas, ne serait-il pas temps de  revoir aussi notre manière d'appréhender la réalité, la nature ? Devant la complexité du monde vivant , le causalisme scientifique  n'est-il pas une vision simplificatrice, pour ne pas dire simpliste et dérisoire de la vie. Les querelles des experts, les avis contradictoires de certains scientifiques dont ils n'ont pas cessé de nous abreuver, souvent de façon purement intuitive, sans vérification, ni preuve tangible, ne peuvent que laisser un goût amer d'égos surdimensionnés et de prétentions ridicules. La Science détient-elle toute la vérité, rien que la vérité ? C'est oublier qu'elle  est aussi une idéologie, c'est à dire une certaine manière d'expliquer la nature, qu'elle ne peut aborder le monde du vivant que par petites touches faute d'appréhender globalement sa complexité ; ce qui n’est déjà pas si mal.

Je reste donc ainsi perplexe ..... en tant que médecin, psychiatre, chronobiologiste, devant tout ce tohu-bohu et constate est tous cas  que le cerveau humain a des difficultés à se sortir des paradoxes auxquels il se confronte et à affronter la complexité de la vie.

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