Le triangle des Bermudes de la pandémie du coronavirus

Le gouvernement est actuellement confronté à un double triangle des Bermudes : entre le risque virologique, l'effondrement économique et les conséquences psychologiques d'une part ; d'autre part entre le discours médical, les médias et le public qui commence à s'impatienter.

Le triangle des Bermudes de la pandémie du coronavirus.

Dans cette crise sanitaire, le gouvernement se trouve piégé dans un quasi triangle des Bermudes, entre le risque virologique, les dommages économiques et les conséquences psychologiques.

De plus, il se voit confronté également à un autre triangle infernal, entre ses propres conseillers, les journalistes et le public dont la tolérance aux mesures sanitaires commence à s’user.

Face au discours médical et scientifique qui s’exprime dans les médias, comment le gouvernement peut-il autoriser les membres du Conseil Scientifique censé lui réserver ses recommandations, intervenir à tout bout de champs dans les médias ? Comment peut-il accepter cette pression médiatique que lui impose par exemple le Professeur Delfraissi ou le Professeur Lacombe. C’est unique dans les annales et incompréhensible de cacophonie gouvernementale.

Les journalistes s’en repaissent avec un plaisir à peine dissimulé, à l’affut des moindres contradictions entre les recommandations des experts et les décisions du Premier Ministre.

Cela donne un résultat désastreux au niveau du public, qui, non seulement est confronté à des explications parfois confuses de la part des experts, constatant qu’ils ne sont pas tous d’accord et que certains reconnaissent qu’il y a beaucoup d’inconnues dans l’évolution de ce virus, mais qui de plus reçoit des directives difficile à comprendre, telles que le nombre de personnes en réunion, variant en nombre de 6 à 8, ou en distance ou surface difficile à mettre en place : une fois c'est 4m2, une autre fois c'est 10 m2, ou 1 mètre de distance, puis 2 mètres.

Il est évident par ailleurs qu’en suivant les conseils des Scientifiques, les ministres s’exposent inévitablement à des mesures contradictoires, voire incohérentes ; car depuis le début de la pandémie, les scientifiques n’ont pas cessés d’affirmer tout et son contraire, s’appuyant sur des logiques cartésiennes ou des intuitions péremptoires, qui sont souvent teintées de surestimation de l’Ego. Et il ne faut pas oublier que la science, non seulement ne détient pas la vérité sur le biologique, mais aussi qu'elle manque totalement d’objectivité. N’oublions pas qu’elle est plus adaptée à des systèmes déterministes, prévisibles et reproductibles, qu’à des systèmes chaotiques et complexes comme les épidémies, qu’elle ne peut aborder que par petites touches ; car interpréter des résultats d’expériences à plus de 3 variables devient quasi impossible et la nature a l’art de tromper son monde du fait de sa complexité. Les variants du coronavirus sont là pour nous surprendre par leur venue impossible à prévoir, sinon que l’on sait qu’ils sont inévitables. Et heureusement qu’ils ne sont pas aussi rapides et nombreux qu’avec le virus du sida.

Penser que la science est objective, sous prétexte qu’elle s’appuie sur des données de la nature est une illusion d’optique. Déjà le choix des protocoles est en soi un point de vue personnel du chercheur, sans oublier que de nombreux biais sont rapidement en jeu, altérant la qualité d’un protocole. Mais la collecte des informations nécessite une interprétation et là le subjectif s’impose. On a bien vu les désaccords entre les chercheurs, pour quelques raisons que ce soit, pour donner des explications sur l’évolution de la pandémie. L’histoire de l’Hydroxy-Chloroquine a été exemplaire de ce point de vue, sans omettre les enjeux commerciaux parfois énormes, sous-jacents à ces règlements de compte, qui viennent pervertir les débats.

Les affirmations et les conclusions des uns et des autres donnent un tableau surprenant, où tout et son contraire peut être entendu. Mais ce qui est plus grave, c’est de constater que, face à un virus que l’on connaît mal, certains se permettent d’avancer des prévisions parfois rocambolesques. Ainsi des alarmistes n’ont pas hésité à s’appuyer sur des modèles mathématiques pour prédire des catastrophes nationales si on ne pratiquait pas un confinement total comme à Wu’an. Rappelons qu’en mars-avril il avait été annoncé plus de 400 000 morts, selon ces modèles mathématiques, en l’absence de confinement. On a évoqué des résultats désastreux aux Etats-Unis, alors que le nombre de décès s’est avéré, en novembre dernier, du même ordre qu’en France, qui a pourtant pratiqué une politique de confinement, rapporté à la population, c’est à dire 200 000 morts, pendant que la France atteignait 60 000 morts ; mais la population américaine est 5 fois supérieure à la France. Chercher l’erreur. Certes c’est beaucoup pour les deux pays. Mais si les modèles mathématiques étaient si fiables, il aurait dû y avoir plus d’un million et demi de morts aux USA. On est loin du compte. Ces modèles sont aussi fiables que les sondages aux élections américaines dernières.

J’écoutais, lors de la dernière déclaration du Ministre de la Santé, Olivier Verant, la directrice de l’Inserm, annonçant deux scénarios possibles, en cas de confinement ou de non confinement, s’appuyant sur des courbes prévisionnelles totalement imaginaires. J’ai cru halluciner devant tant d’allégations farfelues. Merci Couet.

Ce soir-là je constatais que, contrairement à ce qui était affirmé par beaucoup d’experts selon qui les nouveaux variants, notamment britannique, étaient beaucoup plus contagieux que la souche initiale, que le Ministre de la Santé reconnaissait que nous ne savions rien de sa puissance de contamination et de contagiosité à l’heure actuelle. Enfin un peu de relativité.Cela n’empêche pas que l’on continue à promouvoir des mesures non prouvées par les évaluations dites scientifiques.

A titre d’exemples, je voudrais citer deux mesures paradoxales :

La première intéresse un geste barrière recommandé régulièrement sur les ondes et qui, paradoxalement, est peut-être le meilleur geste de contamination qu’on ait pu inventer et qui perdure malgré tout, geste qui a pu favoriser l’atteinte du chef de l’Etat et de ses collègues internationaux : "tousser et éternuer dans le creux de son coude". Le Président Macron est-il sûr d’avoir bien expectorer dans le creux du coude et que ses interlocuteurs l’ont bien pratiqué ? N’a-t-il pas malencontreusement inondé son coude de ses miasmes. En se touchant le coude avec ses collègues, a-t-il pensé à se nettoyer préalablement la manche de son vêtement avec du gel hydro-alcoolique, avant de procéder à ce type de salutation. Bien sûr que non ! Idem pour ses interlocuteurs avec qui ils se touchent volontiers le coude. Celui qui a inventé ce geste barrière stupide n’avait certainement pas prévu que les gens allaient remplacer le serrement de mains par la confrontation des coudes et que, de plus, il n’avait pas pensé que l’on ne se passerait pas du gel sur la manche, et donc que l’on garderait toute la journée au moins, tout ce qu’on a expectoré dans ce soi-disant creux du coude. Manifestement cette mesure a été pensée à partir d’une logique cartésienne purement intuitive, qui, certes, partait d’un bon sentiment : celui d’éviter les contacts inter-humains. Et pourtant lors de la première phase de contamination, des chercheurs avaient prouvé les dangers d’une telle mesure et que le coude pouvait être contaminé dans sa quasi totalité.

Il serait plus judicieux de recommander d’éviter toute geste de contact pour les salutations que de proposer un tel geste barrière.

La deuxième mesure concerne le confinement : elle repose sur une logique imparable et simpliste : en évitant les relations entre contaminants, on peut espérer que le virus disparaisse faute d’alimentation. Certains continuent de le préconiser de façon stricte et totale, espérant éradiquer totalement le virus du territoire, c’est à dire parvenir à zéro virus à terme ( ?). Ce serait effectivement idéal et ceux-ci s’appuieraient sur les résultats proclamés par les autorités chinoises concernant Wu’an. Mais vu le faible souci de transparence du gouvernement chinois, je n m'appuierait pas sur cette exemple. D'ailleurs peu d'experts cite cette expérience, faute d'assurance sur la réalité des faits.

Cela a été vrai pour les 17 EPHAD qui se sont confinées avec une partie de leur personnel pendant trois semaines. Aucun décès ou malade du Covid 19 n’a été répertorié, sauf pour une qui a cumulé les décès de la série. Il est vrai qu’une fois le virus intégré dans la place, il peut proliférer tranquillement, quelque soient les gestes barrières. La Nouvelle-Zélande a pu ainsi bénéficier d’une protection efficace en fermant ses aéroports très précocement. Mais elle a l’avantage d’être un pays insulaire et d’avoir décrété l’isolement national avant l’introduction du virus : coup de chance. Ça aide grandement d’avoir des frontières naturelles comme la mer. Pour les pays européens, le Professeur Eric Caumes avait raison de dire que c’était trop tard, quand le gouvernement avait décrété le confinement en mars dernier. En effet il est difficile pour un pays aux frontières poreuses comme la France, d’espérer que le confinement soit efficace. Peut-être a-t-il atténué l’impact de l’épidémie ? Mais les comparaisons sont peu nombreuses et les différences entre les pays qui ont refusé le confinement, tels que la Suède, les Etats-Unis et le Brésil, et ceux qui on décrété le confinement en mars dernier (l'Italie, la Belgique, la France et l’Espagne en particulier) si l’on considère le nombre de cas graves et de décès, rapporté aux nombres d’habitants, ne sont pas probantes.

Et puis vouloir éradiquer un virus du territoire n’est-il pas utopique ? Il a fallu des décennies de lutte vaccinale et de traitements curatifs pour éradiquer la variole et la poliomyélite. Est-on sûr pour autant que ces virus ont réellement disparu de la planète. Ces maladies oui, mais les virus correspondants peut-être que non. En tous cas le bacille tuberculeux, lui, circule encore, certes à l’état quiescent, malgré un vaccin et une antibiothérapie efficaces. C’est ce que semble imaginer les adeptes du confinement à tous crins. Et vouloir un taux zéro virus dans le pays me paraît être totalement idéaliste.

Quoiqu’il en soit, le confinement ne peut être qu’une mesure à court terme, difficilement reproductible, et peut devenir rapidement un traitement pire que le mal. Le Premier Ministre s’en est rapidement rendu compte, lors de la deuxième phase, en renonçant, à contre cœur, à confiner les personnes âgées, pourtant les plus exposées au coronavirus, tant les statistiques de syndrome de glissement étaient devenues inquiétantes.

Je rajouterais également une question : de nombreux experts dont ceux du Conseil Scientifique, ont reproché au Professeur Raoult de ne pas avoir respecté les règles de tous protocoles de recherches scientifiques, à savoir de comparer son médicament ou son association médicamenteuse avec un placebo. L’a-t-on fait pour les mesures de confinement, les couvre-feux, d’abord à 20 h puis à 18h ? De même a-t-on fait de véritables études scientifiques concernant la contagiosité dans les milieux ouverts, comme les stades ou les remontées mécaniques, avec comparaison ad hoc ? J’ai trouvé intéressante cette étude portant sur une expérience d’un public dimensionné, présent à une manifestation théâtrale en plein air, comme l’a proposé le Ministère de la Culture. Enfin un test pour évaluer l’impact d’un rassemblement en plein air, afin d’évaluer la dangerosité du virus, au lieu de décréter arbitrairement moins de 1000 personnes dans un stade, sans tenir compte de ses dimensions.

Alors quoi faire ?

- Certainement analyser plus finement l’intérêt et les conséquences des différentes mesures, afin de tenir compte des conséquences tant économiques que psychologiques, de toute stratégie sanitaire. Le philosophe, Gaspard KOENIG, a raison d’appeler à évaluer les conséquences autant que l’efficacité d’une politique, afin de ne pas mettre de traitement pire que le mal.

- Eviter, autant que faire se peut, de prendre des mesures incohérentes et surtout incompréhensibles ou mal expliquées pour le grand public. Je ne suis pas sûr que les citoyens apprécient cette façon de décréter par exemple d’interdire les petits commerces dans un premier temps, puis de compenser en touchant la grande distribution dans un deuxième temps. De même, je ne suis pas convaincu qu’utiliser des arguments scientifiques pour cacher des pénuries, comme pour l’histoire des masques en quantités insuffisantes, soit une bonne manière de communiquer. Le public n’est pas dupe de ce genre de manipulation et cela augmente l’intolérance aux mesures prises.

- Enfin ne pas trop demander à la Science ce qu’elle ne peut pas expliquer clairement,  surtout face à la complexité de cette pandémie, au risque de faire passer les Scientifiques pour les oracles modernes qui, au lieu de lire dans les viscères de quelques animaux sacrifiés ou dans la position des astres, comme le faisaient les devins des temps anciens, s’appuient sur des modèles mathématiques fumeux pour prédire l’avenir d’une pandémie qui ne cesse pas de nous surprendre et qui résulte d’un système chaotique.

- Peut-être serait-il judicieux, tout d’abord, de remettre à sa juste place les experts conseillers du gouvernement.

- Ensuite prendre en compte également la dimension psychologique qui mérite autant de considération que le biologique. Malheureusement actuellement, c’est le virologique qui est prioritaire, oubliant que le virus est sensible à de multiples facteurs dont la plupart sont méconnus : l’environnement, la vulnérabilité d’un individu qui ne se résume pas qu’à quelques co-morbidités somatiques. Il n’est pas impossible que l’on redécouvre l’importance de l’instabilité psychologique dans la vulnérabilité au virus, comme on a pu l’observer par exemple chez les sujets déprimés, qui peuvent accumuler toutes sortes de désordres somatiques (ORL, dermatologiques, infectieux, etc…).

- Inexorablement nous serons amenés à inclure la Covid 19 dans les maladies infectieuses à déclaration obligatoire et, peut-être même, décréter le vaccin lui aussi obligatoire, si ceux produits actuellement s’avèrent réellement efficaces.

Beaucoup d’inconnues subsistent dans cette pandémie et les politiques seront, malgré les alarmes scientifiques, amenés, outre à relativiser les avis des experts, à prendre des directives, parfois contraires aux recommandations médicales, qui puissent tenir compte des multiples variables sociétales de façon plus appropriées.

Espérons que les vaccins, qui se multiplient rapidement, autant d’ailleurs que la découverte de protocoles thérapeutiques efficaces, nous permettrons de reprendre une vie plus normale.

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