LA STATUE DU COMMANDEUR

La statue du commandeur.

 

J'ai eu le privilège avec mon épouse d'assister à l'avant première du documentaire de monsieur Benjamin Stora "François Mitterrand et la guerre d'Algérie".

Depuis la vision de ce film, je ne cesse de repenser à la personnalité de monsieur François Mitterrand.

Le film a été suivi d'un débat entre les spectateurs et les personnes qui ont travaillé sur le film. En fil rouge monsieur Plenel de MEDIAPART.

Ce film montre et à chacun de le voir et de se faire sa propre opinion, comment François Mitterrand, président de la république, a-t-il pu être l'ordonnateur de 45 exécutions capitales entre 1954 et 1957 pendant la guerre d'Algérie.

Depuis cette soirée organisée par MEDIAPART, je m'interroge sur le souvenir de François Mitterrand.

J'ai 10 ans en 1981, je n'ai que peu de souvenirs de cette date. Par contre le plaisir de mes parents et le sentiment qu'une nouvelle époque allait commencer est très clair dans mon esprit.

En 1988, j'ai 17 ans et je ne participe pas à l'élection. Les sourires ne sont plus les mêmes, mes parents sont divorcés et j'ai , en mémoire, une élection par défaut.

Après le film, « François Mitterrand et la guerre d'Algérie », les questions tournaient assez vite autour du thème : "n'avez-vous donc pas de personnes pour défendre la position de François Mitterrand pendant cette période".

"Ou bien, ce qu'il a fait en tant que président vaut bien ses décisions de ministre de la justice à l’époque".

Justement de quoi je me souviens de lui ? Il est et restera l'homme de l'abolition de la peine de mort en France. Il est le charpentier de la pyramide du Louvre. Il celui de l'opéra Bastille. Il est, aussi, celui de la bibliothèque qui porte son nom. Il est le dernier à avoir fait 14 ans de présidence. C'est long deux mandats. Aujourd'hui je me rends compte de toute cette période mitterrandienne.

Il est aussi l'homme des amitiés inavouables jusque dans la mort, comme avec monsieur Bousquet.

Il est l'homme des affaires, entrainant avec lui certains de son parti politique.

Pendant que je regardais le film, je me disais mais comment est-ce possible que ses agissements, pendant la guerre d’Algérie, aient été cachés ?

Il est, aussi et peut être surtout, l'homme de tous les secrets. Secrets sur son passé, secret sur sa vie personnelle, au point que la République a financé la sécurité de sa famille de l'ombre.

Secret sur sa maladie.

je trouve que la balance commence sérieusement à pencher du coté des reproches...

Durant le débat monsieur Stora parle d'homme d'État.

J'ai longuement réfléchi au qualificatif d'homme d'État. Homme politique ne serait-il pas plus approprié ? Cet homme qui a porté l'espoir de toute une génération, qui a incarné l'alternance politique. Cet homme n'était-il pas tout simplement avide de pouvoir. Lui n'a pas démissionné devant le comportement du gouvernement de la France face à l'Algérie. Lui n'a pas crié l'injustice devant les pleins pouvoirs de la France en Algérie. Lui n'a pas, simplement, dit non aux exécutions capitales. Il est simple pour moi de critiquer. Il est aussi simple de considérer que sous couvert d'état de guerre tout est permis.

Il est peut être, tout simplement, opportuniste. La place était trop bien prise à droite.

Le chemin de la gauche, plus libre, les communistes ralliés dans le programme commun.

Être là au bon moment.

A la fin du film, Monsieur Robert Badinter dit qu'il a changé. J'ai une énorme affection pour l'homme qui a donné forme à la loi sur l'abolition. Mais je ne peux me satisfaire de cette explication.

Le " il a changé", me fait penser au "j'ai changé" de notre président actuel. Formule utilisée pendant sa campagne électorale. Seul devant son pupitre sur une scène immense...

Peut-on, alors, imaginer un lien de ressemblance entre ces deux hommes. Ou du moins des points communs. Ils sont tous deux à la recherche du pouvoir. Ils ont un ego inavouable pour le commun des mortels. Mais autres temps, autres mœurs, mandat plus long pour l'un. Agitation perpétuelle pour l'autre, respect des institutions pour l'un. Hypermédiatisation pour l'autre. J'arrête, là, une liste non exhaustive de leurs différences. Mon questionnement, maintenant, est : de quoi devons nous nous méfier des hommes et des femmes qui sont à la tête de la France.

Que peuvent-ils nous cacher aujourd'hui ? Que découvrirons nous dans 50 ans.

Nous avons deux enfants avec ma femme. Mezzian 14 ans et Zacharie 8 ans. Leur maman, Malika, de parents algériens, a perçu le film autrement.

Sur le retour, après cette soirée, on se posait la question de savoir ce qui resterait de cette période de l'histoire pour eux nos enfants.

Aujourd'hui la statue du commandeur est tombée, pour moi, il ne reste que le socle avec simplement son nom.

Aujourd'hui j'ai réalisé que j'avais adhéré à "tonton", à "la force tranquille".

Comme l'a dit monsieur Plenel en conclusion de la soirée, il est l'homme "d'un extrême à l'autre".

Pour moi il restera l'homme de 81 mais dorénavant il sera aussi l'homme de 45 exécutions capitales.

Merci monsieur Plenel.

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