Catherine Guillouard (RATP), l’augmentation de trop?

La présidente de la Régie autonome des transports parisiens vient d'obtenir 50 000 euros d'augmentation dans un contexte socialement délicat pour l'entreprise. Ces émoluments s'ajoutent à ceux qu'elle touche en tant que membre du conseil d’administration d’autres groupes.

De quoi imposer l’image d’une femme d’argent sans scrupules, dont l’augmentation du pouvoir d’achat intervient alors que ses salariés s’apprêtent, eux, à lutter contre la précarisation de leur statut.

Un an après le déclenchement du mouvement des « gilets jaunes », certains grands patrons n'ont manifestement pas bien compris l'appel de ces derniers à davantage de considération et d'égalité. Comme à la RATP, où l'on a appris récemment que sa présidente, Catherine Guillouard, qui touchait déjà 300 000 euros annuels, venait d'obtenir une augmentation de sa rémunération de 12,5 % – soit 50 000 euros –, désormais fixée à 350 000 euros.

Mauvais timing

Ainsi que le rappelle, non sans une ironie grinçante, un blog hébergé sur « Mediapart », « 50 000 euros, ce n'est jamais que le salaire d'environ 25 machinistes, qui eux devront attendre très longtemps pour voir leur salaire faire un tel bond. » En termes d'écarts salariaux, nous sommes assez éloignés de ce que recommande toute règle éthique en matière de rémunération. « Car dans l'immédiat, le menu proposé pour le personnel roulant de la RATP est la diète... et une diète sévère », poursuit le billet.

Au-delà du chiffre (ronflant), le timing pose également question. Non seulement l'augmentation de Madame Guillouard intervient alors que la situation sociale de l'entreprise est au plus bas – un appel à la grève a d'ailleurs été lancé pour le 5 décembre prochain, qui devrait être « très suivi », ceci sur plusieurs jours. Mais cette offrande de 50 000 euros semble en totale contradiction avec les orientations de réduction des coûts de la RATP, qui cherche à être compétitive en vue de la mise en concurrence de son réseau de bus en 2024. Question exemplarité, la présidente de la RATP prendra donc le prochain métro.

Faute politique

Aide à la réponse. En 2018, un an après son arrivée à la RATP, celle-ci lorgnait déjà du côté d'Air France, dont elle se voyait PDG. Un poste bien plus rémunérateur (900 000 euros) que lui refusera pourtant sèchement la ministre des Transports, Elisabeth Borne. Retour sur (sous) terre, donc, à la triste réalité des émoluments de l'avare Régie. Non sans bénéficier tout de même d'une part variable de 100 000 euros venant s'ajouter à son salaire.

Catherine Guillouard, une femme d'argent ? Le titre est provoquant. Mais est-il injustifié pour autant ? Tandis que son départ de Rexel, pour désaccord stratégique, lui avait valu une indemnité de 1 627 076 euros (!),la patronne de la RATP touche également quelques jetons de présence au conseil d'administration d'Airbus (141 000 euros) et à celui d'Engie (113 114 euros). Au printemps dernier, Isabelle Kocher, la directrice générale de l'énergéticien, a toutefois mis fin à son mandat d'administratrice. Une raison suffisante pour exiger une augmentation compensatrice à la RATP ?

Visiblement, oui. Un constat qui incite à en dresser deux autres, assez problématiques : non seulement Catherine Guillouard, davantage intéressée par l'argent que par le poste, semble considérer son actuel boulot comme un « poste d'attente ». Mais on peut également légitimement s'interroger sur les raisons qui ont amené le gouvernement à accéder à sa demande d'augmentation dans le climat social actuel – au sein de la Régie mais pas que. Sans compter que Madame Guillouard est réputée pour la brutalité notoire de son management et son incapacité à pratiquer un vrai dialogue social avec les organisations syndicales. Sommes-nous en présence d'une belle faute politique ?

 

 

 

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