EELV, le nouveau piège tendu par les anti-écologistes

Le 26 mai dernier, Europe Écologie Les Verts (EELV) créait la surprise, se glissant sur le podium des élections européennes. Mais leur projet plus qu’insuffisant contente plus l’ordre établi que les véritables défenseurs du vivant.

Daniel Cohn-Bendit, fondateur d'Europe Écologie Les Verts (EELV). Daniel Cohn-Bendit, fondateur d'Europe Écologie Les Verts (EELV).

        Il y a une semaine, Europe Écologie Les Verts (EELV) obtenait une flamboyante troisième place aux élections européennes. Avec 13,47% des suffrages exprimés, la liste emmenée par Yannick Jadot comptera 12 parlementaires européens pour les cinq années à venir. Si certains y voient la consécration d’une cause à laquelle les français sont de plus en plus sensibles, ce résultat est en réalité une mauvaise nouvelle pour la lutte qu’EELV prétend défendre.

        Ce parti a été fondé en 2010 par Daniel Cohn-Bendit, celui-là même qui est un soutien de la première heure d’Emmanuel Macron. Il a fait campagne en sa faveur, et continue aujourd’hui d’en soutenir l’action : pas plus tard que le 6 mai dernier, Cohn-Bendit saluait sur BFM TV le « virage vert » qu’effectue selon lui le Président français. Et il est loin d’être le seul blagueur de la bande : EELV a compté dans ses rangs Pascal Canfin, Barbara Pompili ou encore François de Rugy. Tous les trois soutiennent la politique ouvertement antiécologique de monsieur Macron, respectivement en tant que député européen La République en Marche (LREM), députée française de cette même majorité présidentielle et ministre de la Transition écologique et solidaire. Il faut appeler les choses par leurs noms : EELV est un repère d’opportunistes et de corrompus.

Lorsque les plus grands pollueurs du pays rêvent de voir un candidat accéder au pouvoir, que cela révèle-t-il de son programme écologique ?

        Ensuite, Europe Écologie Les Verts milite pour une écologie favorable aux puissances de l’argent. Le 26 novembre dernier, Yannick Jadot exprime son soutien à la taxe carbone que tente alors de faire passer le gouvernement Philippe. Monsieur Jadot sait, grâce aux mouvements des gilets jaunes alors en pleine croissance, que cette mesure va faire plonger des millions de gens dans la pauvreté, ce qui rendra la lutte écologiste impopulaire aux yeux des Français. Surtout, il sait que le carbone des voitures pollue nettement moins que le kérosène des avions, ou que les 15 000 litres d’eau nécessaires à la production d’un kilo de viande de bœuf. Il sait tout cela, mais il soutient ouvertement une mesure qui permettra d’enrichir les plus grandes entreprises françaises, celles-là mêmes qu’il faudrait combattre.

        Le lendemain des élections européennes, la une de Paris match en étonne plus d’un : on y voit Yannick Jadot et Isabelle Saporta, main dans la main et tout sourire. C’est désormais officiel : ils sont en couple, la journaliste se lançant en politique au côté de son compagnon. S’il est normal que la tête de liste EELV soit présente dans les médias, lorsque l’on atteint le stade de la vie privée de façon aussi complaisante et bon enfant, cela relève de la construction d’un mythe qui n’est pas sans nous rappeler la série d’unes de ce même Paris Match sur le couple Macron. Des mois avant l’élection présidentielle, le magazine n’accorde pas moins de quatre unes au futur couple présidentiel. On sait grâce au livre enquête Mimi, que cette série d’unes a été méthodiquement organisé par le milliardaire Arnaud Lagardère lui-même, pour lancer le soldat Macron vers la présidentielle. Le système médiatique, gouverné par ses milliardaires, semble bien partie pour faire la même propagande en faveur du couple Jadot-Saporta. Au-delà du caractère anti-démocratique du procédé, cela révèle que les puissances de l’argent souhaitent voir Yannick Jadot accéder au pouvoir, et encouragent son ascension. Cela s’est d’ailleurs prodigieusement confirmé puisque le Medef a désigné Yannick Jadot comme candidat le plus convaincant, en avril dernier. Lorsque les plus grands pollueurs du pays rêvent de voir un candidat accéder au pouvoir, que cela révèle-t-il de son programme écologique ?

« Il eut fallu une révolution. Le reste est indécent face à l’urgence »

        Enfin, Europe Écologie Les Verts défend une idéologie qui n’en finit plus d’être modérée. Ils prônent une vision dépolitisée de l’écologie, défendant par exemple les petits producteurs locaux face à l'industrie agroalimentaire, sans jamais remettre en question le système économique dans son ensemble. Les verts ne veulent pas d’une révolution : ils aspirent simplement à effectuer quelques petits changements, ajouter une petite virgule verte à chaque loi. Ils voient l’écologie comme une affaire de petites fleurs. Or 70% des êtres vivants ont disparus en 40 ans. D’ici 2050 l’existence même de poissons dans les océans pourraient être de l’histoire ancienne (rapport des Nations Unies). Dans ce contexte-là, ce qui est malsain et dangereux ça n’est pas d’être radical, c’est bien au contraire d’être modéré et de prôner les petits pas. Dans ce contexte-là, un projet écologique doit ambitionner de révolutionner nos modèles industriel, économique, agricole, de transports, et in finée notre mode de vie tout entier… c’est là la moindre des choses. Tout projet prétendument écologique d’ambition inférieure sera vain face aux tragédies vers lesquelles nous courons.

        C’est précisément ce que dit l’astrophysicien Aurélien Barrau, auteur en septembre 2018 de l’appel « Le Plus Grand Défi de l’histoire de l’Humanité », qui a déclaré à la suite de ces élections européennes : « On s’en fout que les écolos aient un petit pouvoir d’arbitrage au Parlement… Il eut fallu une révolution. Le reste est indécent face à l’urgence. Et même un peu ridicule ».

        Le très bon score obtenu par Europe Écologie Les Verts aux élections européennes montre que les Français, et tout particulièrement les jeunes, sont de plus en plus sensibles à la question écologique. C’est un signe très positif pour l’avenir. Mais cet intérêt est vain si nous portons au pouvoir une écologie corrompue et faible, qui serait en réalité un frein à la nécessaire transformation de notre civilisation.

        Au fond, l’écologie d’EELV est sensiblement la même que celle à la sauce Macron, que l’on nous a vendue lors de la dernière élection présidentielle. Il faudra, à l’avenir, lui préférer une écologie profonde et radicale, qu’incarnait lors de ces élections européennes la liste « Urgence Écologie » du philosophe Dominique Bourg.

TR99

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