Si seulement...

Pour la première fois de l’Histoire, les pays du monde entier s’organisent pour endiguer et détruire une menace commune, le Covid-19. Si seulement ils en faisaient de même contre le réchauffement climatique, et contre la sixième extinction massive actuellement en cours. Si seulement…

Emmanuel Macron a annoncé des mesures drastiques pour lutter contre le Covid-19. Emmanuel Macron a annoncé des mesures drastiques pour lutter contre le Covid-19.
Sans précédent. Les mesures prises par les États du monde entier, pour lutter contre le coronavirus, sont d’une radicalité sans pareil. 550. C’est le nombre de milliards d’euros qu’Angela Merkel a décidé d’injecter dans l’économie allemande. Aux États-Unis, la Banque centrale (Fed) va injecter au moins 150 milliards de dollars par jour, dans le marché monétaire. Oui, vous avez bien lu. 150 milliards, chaque jour. Le Fonds monétaire international (FMI) a prévu une enveloppe de 50 milliards, la France 47 milliards, l’Italie 25 milliards…

Et ça n’est évidemment pas tout : le trafic aérien est drastiquement réduit, les importations aussi. Les écoles, les universités, les stades, les cinémas, les restaurants : presque tout ferme. Nos sociétés acceptent littéralement d’arrêter de vivre, au nom de la lutte contre le coronavirus. À noter également l’attitude des médias, qui font les gros titres sur le virus, depuis des semaines. Ils décomptent en temps réel le nombre de morts, se demandent de façon permanente si nos dirigeants en font assez. Et surtout, ils font tout pour convaincre le grand public que la menace est réelle.

C’est la vie sur Terre qui est menacée

Autant de moyens, pour lutter contre quoi ? Contre un virus qui a fait, à l’heure où j’écris ces mots, 8 000 victimes à l'échelle mondiale. Il ne s’agit surtout pas de minimiser la dangerosité du Covid-19. Si nos dirigeants n’avaient rien fait, peut-être y aurait-il aujourd’hui des dizaines voire des centaines de milliers de morts. La menace est réelle. Il est donc heureux que nos dirigeants aient agit en conséquence.

Mais tout de même, comment ne pas comparer avec le réchauffement climatique ? Si l’on continue ainsi, il y aura d’ici 30 ans des territoires et des villes entièrement engloutis par les eaux. Les océans déborderont de plastique. Partout frapperont des inondations violentes, des typhons meurtriers, des incendies ravageurs. Il faudra expliquer à nos enfants qu’avant, il y avait des poissons dans l’eau, des insectes sur la terre et des animaux dans les forêts. À terme, c’est la vie sur Terre telle que nous la connaissons actuellement, qui est menacée.

Pourquoi quand c’est pour sauver le monde d’un risque infiniment plus grave que celui du coronavirus, plus personne n’est d’accord ?

« Nous sommes en guerre », a martelé lundi soir le Président de la République. Et en temps de guerre, tout le monde est d’accord pour que des mesures radicales soient mises en place. Personne ne botte en touche en disant : « tu veux endetter l’État ? », « tes mesures sont liberticides », « ce n’est pas à nous de payer, c’est aux américains », « il faut du temps, tout ne peux pas se faire en un clin d’œil ».

Alors pourquoi ? Pourquoi quand c’est pour sauver le monde d’un risque infiniment plus grave que celui du coronavirus, plus personne n’est d’accord ? Nationaliser les entreprises, réguler la bourse, écouter les scientifiques, consommer moins, diminuer les transports aériens… tout à coup, toutes ces mesures qui étaient du bon sens face au virus, deviennent une fois appliquées au réchauffement climatique, de l’ultra extrémisme idéologique ?

Ah, si seulement. Si seulement nos dirigeants, et avec eux les médias, comprenaient que la menace que représente le réchauffement climatique semble certes lointaine, mais qu’elle nécessite en réalité des mesures au moins autant radicales que celles prises contre le Covid-19. Si seulement ils comprenaient que tout se joue aujourd’hui. Si seulement.

TR99

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