Le fascisme de l'argent

Si le nationalisme a commis des horreurs au cours de la première moitié du XXème siècle, il a depuis laissé place à une autre idéologie, une idéologie qui menace aujourd’hui le vivant tout entier d’extinction: le fascisme de l’argent.

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Emmanuel Macron serrant la main de Bernard Arnault, le plus grand milliardaire français.

Le terme de fascisme trouve ses racines dans l’Italie de l’entre-deux guerres, période durant laquelle Mussolini a installé un régime fondé sur la dictature d’un parti unique, un nationalisme puissant ou encore la suprématie de l’armée. Mais il revêt également un sens plus large, désignant alors tout système autoritaire et violent basé sur le mépris des droits humains.

C’est à partir de cette seconde définition que nous allons ici dénoncer un nouveau fascisme: celui de l’argent. Il est apparu et a grandit en concomitance avec le triomphe mondial du capitalisme libéral et financier. Le fascisme de l’argent a pour caractéristique une obsession psychique et primaire pour l’argent, dont découle un refus catégorique de tout progrès, qu’il soit social, écologique ou démocratique. Il est le fait de l’oligarchie qui combat depuis maintenant 40 ans toute avancée, voire pèse parfois de tout son poids pour faire régresser nos sociétés par pur intérêt financier, laissant derrière elle des marres de sang et semant le chaos.

Comment qualifier celui qui se donne pour but de cacher la nocivité d’un produit responsable de la mort de millions de personnes ?

En 1953, les premiers rapports scientifiques établissant un lien entre cancer et consommation de tabac sont publiés aux États-Unis. Dès janvier 1954 les grands cigarettiers américains, Philipp Morris en tête, créent le Council for Tobacco Research (CTR). Son objectif: financer des rapports scientifiques qui maintiennent le doute sur ce lien entre consommation de tabac et cancer. 300 millions de dollars seront investis pour que les ventes de cigarettes ne s’effondrent pas. Plus récemment, en France et en Europe les cigarettiers ont tout fait pour retarder la mise en place du paquet neutre, notamment en exerçant un lobbying effréné à l’égard des parlementaires. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le tabac tue 7 millions de personnes par an dans le monde. Il est la cause d’un décès sur dix. Alors comment qualifier les pratiques des grands cigarettiers ? Comment qualifier celui qui consacre toute son énergie et pèse de tout son poids pour cacher à la population l’extrême nocivité d’un produit, dans le but qu’elle continue à le consommer pour pouvoir continuer à s’enrichir ? Radinerie ? Penchant un petit peu trop prononcé pour le profit ? Non. Cela relève du fascisme. Ces gens, les dirigeants des grandes entreprises de tabac, ont la mort de millions et de millions de personnes sur la conscience. Ce sont des fascistes, des psychopathes du profit.

Si les grands patrons qui brassent des milliards sont prêts à tout par intérêt financier, ils ne sont pas les seuls dans ce cas: le pouvoir politique est lui aussi en proie au fascisme de l’argent. Depuis juin 2017 l’Assemblée nationale est largement dominée par les députés marcheurs, qui votent en cadence les lois choisies par l’exécutif et refusent quasiment systématiquement les amendements proposés par les autres groupes parlementaires. Parmi ces amendements refusés s’en trouvait un qui proposait d’élever le statut des accompagnateurs d’enfants handicapés, qui vivent presque tous sous le seuil de pauvreté. Augmenter le salaire de travailleurs pauvres dont le métier est on ne peut plus indispensable ? Non. Cela coûterait de l’argent. Un autre amendements proposait de saisir les biens de la société Lafarge, qui finançait et commerçait avec le groupe terroriste Daech. Punir les complices du groupe terroriste le plus puissant du monde ? Non. Cela coûterait de l’argent. Limiter de 1 à 20 les écarts de salaire au sein des entreprises ? Non. L’argent. Taxer le kérosène des avions, qui pollue au combien plus que le carburant des voitures ? Non, non et non. L’argent. Alors que M. Macron multiplie depuis un an et demi les cadeaux faits aux plus grandes fortunes, la cadence de ces refus montrent toute la complicité du pouvoir politique avec le pouvoir économique: nos dirigeants politiques sont eux aussi prêts à toutes les ignominies par intérêt financier.

Aucun plan officiel de lutte contre les dommages faits à l’environnement n’a été annoncé par une seule des grandes puissances occidentales

Enfin, s’il est un symbole parmi les symboles de l’extrême gravité des conséquences du fascisme de l’argent, il s’agit bien de l’état actuel de la Planète. Les quatre années les plus chaudes de toute l’histoire ne sont autre que les quatre dernières années que l’histoire ait connu (2018, 2017, 2016 et 2015). La sixième extinction de masse de la biodiversité se passe en ce moment même: de 1970 à 2014 60% des animaux sauvages ont disparu. C’est le cas de 4 insectes sur 5, de 83% des animaux d’eau douce. Partout la vie disparaît. Et face à cette urgence inédite dans toute l’histoire de l’humanité, qu’est-ce qui est fait par les décideurs politiques et économiques ? Rien. Les grandes multinationales continuent à utiliser autant de plastique et ne trient toujours pas leurs déchets, à l’image de Coca Cola ou de Mac Donald’s. Lors de la crise financière de 2008, les États-Unis ont regroupé 700 milliards de dollars pour enrayer la crise, tandis que la France regroupait 360 milliards d’euros, la Grande-Bretagne 364. Aujourd’hui, aucun de ces pays n’a regroupé un euro dans un plan officiel de lutte contre les dommages faits à l’environnement. Zéro. Rien. Rien de rien.

Dans la première moitié du XXème siècle, des idéologies fascistes ont commis des crimes innommables, à l’image du nazisme. Aujourd’hui, c’est le fascisme de l’argent qui sévit. L’oligarchie qui nous gouverne est prête à toutes les ignominies, non par haine de telle ou telle religion, non par haine de telle ou telle ethnie, mais uniquement par obsession pour l’argent. Pire encore: face aux menaces environnementales sans précédent qui pèsent actuellement sur l’humanité, les élites restent spectaculairement inactives, sacrifiant ainsi l’avenir du vivant tout entier.

Il nous reste à nous battre face à ces psychopathes de l’argent, aussi fortement que nos ancêtres se sont battus face aux psychopathes de la race.



TR99

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