Paris est le désert français

Dans des systèmes urbains nouveaux, libéralisés et pourtant asservis à la nouvelle économie, la question de l'accès à la centralité comme droit fondamental reste en flottement. Si, au cours des dernières décennies, la part laissée toujours plus grande aux promoteurs et à leur amitiés élues a laissé un gout amer de gentrification, les villes sont encore aujourd'hui un lieu de lutte primordial.

L'argent coule avec le béton, se répandant en "restructurations", en "requalifications" ou en "renouvellement urbain". Alors que les quartiers-centres sont désormais gentrifiés, les récents mouvements de protestation viennent confirmer la place des villes comme théâtre de la lutte des classes, de la lutte des places. Des agoras de Nuit Debout aux élans d'occupation citoyenne, on assiste aujourd'hui à une réappropriation de l'espace public par des communautés souvent marginalisées par la conception urbaine.

Dans ce contexte évoluent des problématiques plus profonde : le droit à la ville, le droit à la centralité et à ses services. Les classes populaires, ostracisées hors des tissus urbains centraux, parquées dans des grands ensembles ou dans des banlieues satellites, se voient victimes d'un double processus de marginalisation : expulsion sociale mais aussi spatiale. En assistant aujourd'hui au jeu des urbanismes sécuritaires et au ballet des promoteurs et des acteurs à-peine-publics, qui expriment sans presque aucune retenue leur violence dans nos centres et en particulier dans la ville de Paris, ne sommes nous pas en droit d'affirmer, en moquant le fameux titre de Jean-François Gravier, que "Paris est le désert français" ? Le désert français du droit à la centralité, dans la mixité et la diversité ? Nos villes sont bien trop souvent l'espace des incohérences, d'un urbanisme abscon et d'une violence symbolique sans précédent.

Accepter les logiques de rente foncière et les laisser réguler l'espace urbain revient à rationnaliser le fonctionnement de nos lieux de vies, et donc finalement de nos vies en elles-mêmes. Les quartiers, qu'ils soient pauvres ou luxuriants, insalubres ou éclatants, sont le théâtre des vies humaines, des sociétés et des marques symboliques et affectives que nous inscrivons dans nos lieux d'attaches, dans nos espaces d'existence. Et ces derniers, lorsqu'ils sont au coeur des villes, permettent un accès à la centralité, au marché, à l'emploi et aux services qui n'est pas l'apanage des start-ups et des entrepreneurs, mais qui est avant tout un droit indispensable pour maintenir un lien parfois ténu avec les populations âgées, précaires, marginalisées socialement ou économiquement.

Manifestation pour le "droit à la ville" Manifestation pour le "droit à la ville"

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