GJ Acte 22 à Toulouse : Boulevard de la mort !

- Samedi 13/04/2019 - Acte 22 des Gilets Jaunes (Tous a Toulouse!) -

Samedi 13 avril, 14H.
Un majestueux soleil illumine la ville rose, alors grimée en jaune car décrétée capitale éphémère de la révolte populaire ce samedi. Nous battons le pavé boulevard Lazare Carnot en direction du monument aux morts. Le cortège dans lequel je me trouve est un véritable melting-pot : parmi les 2-3000 personnes qui le composent, on trouve des jeunes aux teints et styles hétéroclites, des hommes et des femmes aux visages particulièrement marqué(e)s (mais surement pas par des décennies de dur labeur car, c'est bien connu, le gueux n'a pas le sens de l'effort), des retraité(e)s, des reporters indépendants, des médics, etc, etc... bref, le peuple!
Vous l'aurez donc compris, nous sommes ici a des années lumière des étiquettes (fascistes, antisémites, haineux, violents, extrêmes...) que les méRdias, acquis a la cause de Louis X-V-Macron et de son pote Capital, essaient de coller sur nos fronts trempés de sueur.

 

Mais revenons a nos moutons (où nos loups, selon le "camp" dans lequel on se trouve). Bien que nous désobéissions (chuuuuuut!) aux ordres de dispersion que vocifèrent nos amis de la maréchaussée, nous sommes, pour l'immense majorité d'entre nous, des gens non-violents. Notre seul et unique but : résister afin de ne pas être divisés et que puisse ainsi perdurer la manifestation.

 

Postée a l'arrière du cortège, une horde de ce qui pourrait s'apparenter a des Rottweiler affamés, appuyée par un canon a eau (qu'ils embourberont d'ailleurs un peu plus tard en voulant faire le plein, les boulets!), nous pousse en direction de François Verdier. Afin d'impressionner la foule, les toutous de la Macronie martèlent leurs boucliers à grands coups de matraque, en rythme, façon tambours de guerre. Amusés par la théâtralité de la scène, nous les accompagnons en tapant des mains. Il paraît que la musique adoucit les moeurs... mouais, pas si sûr.

 

Quelques charges et une bonne douche plus tard, nous arrivons au monument aux morts. Le cortège marque un arrêt. Je ne vois pas ce qu'il se passe à l'avant, mais je me doute que, comme tous les samedi, une horde de mercenaires est déjà déployée sur toute la largeur du boulevard, prête a nous accueillir comme il se doit. Nous sommes donc pris en étau, nassés, coincés entre des immeubles et une bonne centaine de soldats. Quelques secondes s'écoulent (il se peut que, pendant ces quelques secondes, des projectiles soient lancés en direction des F.O, je ne sais pas, je suis en queue de cortège...) et ... PAN! J'entends une détonation, puis une deuxième, une troisième et puis... je ne les compte même plus tellement elles sont nombreuses. Un véritable torrent de grenades lacrymos s'abat sur nos têtes et, en moins de deux minutes, François Verdier est plongé dans un impressionnant nuage de gaz (dont, au passage, personne ne connaît la recette, pas même les cryogénisés du bocal qui nous le jettent dessus). La scène est digne d'une bonne grosse manif dans la bande de Gaza (au passage : viva Palestine !). 

 

Autour de moi, c'est l'apocalypse. Nous sommes entassés les uns sur les autres tels des poulets élevés en batterie. Il nous est littéralement impossible de respirer et d'ouvrir les yeux plus d'une fraction de seconde. C'est un véritable camp de concentration a ciel ouvert. Nous sommes faits comme des rats... Le temps s'étire. Il y'a peut être 30, 40, voire 50 secondes que la première grenade a été tirée,et pourtant, j'ai l'impression d'être enfermé dans ce brouillard mortifère depuis une éternité. Je suffoque. J'ai peur. L'espace d'un instant, je me vois même mourir d'asphyxie...

Tout en marchant à tâtons, j'entrouvre les yeux de temps a autres afin de trouver une issue a la nasse. Sur ma droite, j'aperçois une ruelle dans laquelle je m'engouffre illico. Je prends mes jambes a mon cou, mais je cours a l'aveugle car le gaz me calcine la rétine. Je cours, je cours, je cours, et peu à peu m'éloigne de l'impressionnant nuage. "Ouf, me voila sauvé!" pensé-je! Mais, en fait, pas tout a fait...

 

J'ouvre grand les yeux pour la première fois depuis le début du gazage. Instantanément, un Golgoth tout de bleu vêtu attrape mon sac a dos de façon virile, et me tire vers lui sans ménagement. "Allez file ton sac que j'te fouille!" me beugle t-il hostilement. C'est un type de la BAC. Je m'exécute. Il fouille alors mon sac, dans lequel il ne trouve évidemment rien de compromettant puisque que je ne suis pas ici pour en découdre, ni pour tuer qui que ce soit (comme peuvent le prétendre TF1, BFM, LCI, CNews et consorts). En me rendant mon sac, il me lance un méprisant : "allé, dégage! rentre chez toi!". Je souffle. Je respire. Ca y'est, me voilà sain et sauf, bien que fortement traumatisé.

 

Pendant quelques minutes, je me dis que j'ai eu ma dose pour aujourd'hui, et que je vais aller me siroter une mousse confortablement installé a la terrasse d'un café, loin de toute violence. Et puis, dans un élan de fierté, je me dis que non, que je ne peux pas me résigner après une telle humiliation. Trente minutes plus tard, je repartirai au "combat".



21ème siècle, pays des droits de l'homme.

Ps : si vous ne me croyez pas, jugez par vous même : https://www.facebook.com/rouendanslarue.net/videos/659310674509652/UzpfSTEwMDAwNjIyMjYzODEzMDoyMjgzOTcyNDM1MTUzNDg5/

Tristan

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.