Journal d'un sans-abri : #28/07/2021

L'échéance de la rue se rapproche, cela me donne l'opportunité de penser à mon passé, à ma famille mais j'ai l'impératif de trouver un peu d'argent pour engager mon voyage.

07:37

Je remarque que les journées se passent relativement bien. Vers sept heure trente, je peux dire que je suis serein, mais de mon réveil à cette heure là, j’ai la rage, tout repasse comme un film qui fait le focus sur les actions les plus humiliantes que je vis.

Ce matin, j’ai un mauvais sentiment de l’Armée du Salut, s’ils avaient pu, ils auraient pris les murs et les canalisations.

Je ne concevais pas à ce moment là encore, qu’en leur donnant ma machine à café, ce matin, j’aurai pas de café et pas un euro pour en prendre un dehors, mais j’imaginais, il faut dire que j’ai de l’imagination, qu’en lui téléphonant pour lui dire que je n’ai pas d’argent, il m’apporterait vingt euros, mais il faut croire que l’Armée du Salut n’apporte plus le salut, il te vide volontiers les poches, mais il ne t’offrirons pas un café. 

08:44

J’ai un ami, lorsque je lui expliquais la situation, avec les propriétaires de mes logements par exemple, il me répondait à chaque fois, que c’est la construction de notre société, que l’incompétence, l’ignorance, le mépris et le profit sont partout et qu’il faut l’accepter ainsi.

S’il dit cela, c’est parce que c’est un filou, qui ne respecte pas les règles, pas toutes les règles. Tu peux te permettre des écarts, parce que la société est comme ça, mais pourtant les lois stipulent que cela ne doit pas être comme ça.

Il me dit, si je me fais avoir, je dis que s’était une erreur, je paie la pénalité, qui sera toujours moins forte que si j’avais respecté les règles totalement et on recommence.

C’est mon ami, mais il sait que j’ai un mauvais sentiment de lui, durant ces discussions-là.

Je ne peux m’empêché de me dire que tu filoutes toujours sur le dos de quelqu’un.
Je ne peux m’empêché de me dire que s’il filoute avec les autres, il filoutera avec moi, voir qu’il a déjà filouter avec moi.

Avoir de si grands fossés qui nous séparent avec des personnes qu’on considère ami est troublant.

Accepter donc, l’ignorance et l’incompétence de notre société, parce que c’est comme ça.

Si tu te fais écraser c’est parce que tu es un esclave.
Et si tu écrases, c’est parce que tu es un maitre.
Parce que la société est comme ça.

Mon beau père, m’a toujours dit, toute ma jeunesse, soit sérieux et honnête, c’est ainsi que s’obtiennent les propriétés, le respect et la dignité.

A 54 ans, une mort fulgurante l’a emporté ne lui laissant pas le loisir de dire au revoir à qui que se soit, d’organiser ses affaires ou de donner ses dernières volontés, ses organes étaient décomposés par les produits chimiques qu’il manipulait à son travail et l’alcool qu’il buvait pour amoindrir ses douleurs et ses peines.

Le lundi, il avait un rdv pour une radio du foie et il est mort le jeudi de la même semaine. Cela fessait un moment qu’il avait mal mais il ne disait rien, ne fessait rien, il s’est manifesté parce qu’il n’arrivait plus à avaler sa nourriture.

Jeune il dormait dans sa voiture, pour louer ensuite dans un HLM, sérieux, forçat du travail, il s’acheta une maison qu’il rénova entièrement et que la banque lui subtilisera 15 années plupart, à 5 années de la dernières échéances, parce que, un mois, ma mère, préféra financer, avec l’argent du crédit, les obsèques de la fille morte née de son frère.

Deux semaines avant sa mort, comme une invitation à un dernier rendez-vous, Ghyom me propose de l’accompagner à Bâle le week-end, pour le démontage, à la foire d’art, du stand de la galerie Bruxelloise Aeropolis.

Nous arrivons samedi matin, nous travaillons toute la journée et plutôt que de les accompagner à l’hôtel, je décide de me rendre chez mes parents qui habitaient à Mulhouse, à 30 klm de Bâle et de revenir le lendemain. 

Sur le coup je n’y avais pas fait attention, mais sa peau était grise, sa peau était déjà foncé, il était le fils d’un père allemand et d’un mère mauritanienne qui se sont rencontrés en Algérie Française. Christian est né en Algérie française et y a passé une partie de son enfance avec sa soeur et son frère.

Ils habitaient une ferme extraordinaire dans la périphérie d’Alger, mon grand père étant médecin, aimait et soignait toutes formes de vie, il parcourait les villes et les villages, pour se rendre aux chevets des malades et s’il rencontrait un animal blessé en chemin, il lui prodigué ses soins aussi.

Il était aimé de tous, sa maison toujours pleine et cette amour allait au de-là de l’amour des hommes, tous les animaux l’aimaient aussi, au point que, leur maison était devenu un refuge autant pour les hommes que pour eux.

Des chiens, des chats des sables, des gazelles, des belettes, des moutons et des chevaux fessaient leur vie sur la propriété et quand la chèvre ou le bourricot du voisin s’enfuyait, il savait où il pouvait venir les récupérer.

Il avait crée un havre de vie, d’amour et de paix où tous avaient leur place, jusqu’au jour, où, on lui a demandé de devenir algérien ou de partir.

Étant allemand, il ne comprenait cette aberration, il était allemand, il voulait rester allemand, il ne voulu pas se soumettre à cette injonction et il dû partir, avec sa famille, en laissant tout derrière lui.

En arrivant en France, notre famille fut accueillie à Obernay et mon grand père qui a dû abandonner tous ses souvenirs sur place, mourut l’année suivante.

À 13 ans, un an après être arrivé en France, mon beau-père fut placé dans un foyer, il était turbulent et ma grand-mère était trop en souffrance pour suivre cette boule d’énergie qu’il était.

Dans les foyers des années 60, tu te prenais des pains dans le visage si tu n’était pas sérieux, si tu n’allais pas droit « comme il disait », pour te punir, on te mettait à genoux, sur une baguette carré en bois, les mains sur la tête, dans un coin, ou, on pouvait te priver de nourriture, ou, t’épuiser en forçat sur des tâches d’hommes, c’est là, qu’il a appris, l’éducation que j’ai reçu et je pense que c’est, de là aussi, qu’il disait, qu’il fallait être sérieux et honnête dans la vie.

Je n'avais pas remarqué qu’il était gris, mais j’ai bien remarqué qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. 

C’est ce jour là qu’il m’a dit, ce qui m’a choqué 

« tu sais dans la vie, si tu n’es pas comme eux, tu crèves, tu n’aura jamais rien en restant honnête et sérieux, alors comment tu vas toi, qu’est ce que tu fais ? ».

Cela sera la premier et dernier fois que je l’entendrais insinuer que la malhonnêteté serait plus profitable de l’honnêteté.

Depuis deux ans, il avait été mis au chômage, lui, la force du travail qui même en vacance, travailler partout où il allait. Et ces derniers temps, même s’il acceptait tous les petits travaux des voisins, pourvu qu’il soit en activité, il se sentait devenu inutile.
La dernière fois que j’étais allé leur rendre visite, s’était il y a plus de deux ans, j’étais bloqué, j’étais loin et sans argent, je pensais pouvoir remettre à plus tard, je m’obstinais à vouloir être un artiste, à monter un centre d’art, à monter en compétences, je pensais avoir encore du temps.

Je commençais aussi ma descendre en enfer et je me rappelle lui avoir répondu : 

« pas grand chose, créer du sens et moi non plus j’y crois plus trop au sérieux et à l’honnêteté dans la vie ».

Il m’a regardé dédaigneusement, un voile de tristesse, qui me saisi à recouvert son visage, il a baissé les yeux quelques secondes, il a fait sa petite mimique du coin des lèvres qu’il fessait toujours lorsqu’il était déçu, il a relevé la tête, en la secouant, en direction de la télévisions qui diffuser les informations et en me souriant, il saisi un événement pour discuter d’autre chose.

Depuis sa mort, je suis souvent assis avec lui, au même endroit, dans la cuisine de leur appartement du HLM où ils sont retournés, et je lui dis que s’est faux, j’ai jamais perdu la confiance dans le sérieux et l’honnêteté, je ne sais pas pourquoi j’ai dis cela, je regrette, je ne le pensais pas du tout, je ne peux vivre, Papa, sans être sérieux et honnête, tu avais raison.

Dans le souvenir qui se présente à moi, il réside, allongé dans la dernière demeure de son corps et je me penche sur lui pour poser mes lèvres sur son front froid et ciré, cela sera le baiser de nos adieux. J’ai apporté un livre de Fernando Pessoa que je demande à mes frères de mettre dans son cercueil pour l’accompagner, je ne resterais pas pour assister à l’inhumation. 

13:10

Je viens de créer un cagnotte sur onparticipe.fr pour mon voyage.

Sans argent, je ne sais pas ce que je vais faire, moi qui, ces 5 derniers années est vécu presque comme un prince, mais je suis né dans un caniveau, j’y ai flotté 35 ans de ma vie, je sais nager dans les ordures depuis.

Je vais être contraint de faire la manche, faire l’aumône, tendre la main, je peux réciter des poèmes, « prose du transsibérien et de la petite Jeanne de France » de Cendras ou « Apparition » de Mallarmé, c’est tout à fait mon rythme ces poèmes-ci et je peux taper sur une guitare en brayant mes poésies, j’ai besoin d’argent et de soutien.

Jusqu’aujourd’hui, je ne me suis pas soucié de followers ou de likes, être aimé et détesté par des inconnus, cela m’a toujours fait peur, mais, j’en ai besoin maintenant, il me faut une stratégie pour augmenter mes chances de survivre.

Je pense à contacter des influenceurs, demander le soutien de leur réseau, pour créer du traffic sur mon blog Mediapart, je vais leur proposé mes spaceship en porcelaine en échange de leur aide.

Je vais contacter Mcfly et Carlito, pourquoi pas, ils ont donnés leur soutien au premier des français, pourquoi ne donnerait-il pas leur soutien au dernier des français.

Mais avant cela, je n’ai pas encore terminer l’écriture de la recette. Il faut que la recette soit terminée demain midi, pour espérer faire un peu de bruit ces prochains jours. 

14:20

La performance et l’écriture ont toujours été présent sur mon parcours. 

Je n’ai jamais su écrire. Je ne connais pas la grammaire et la conjugaison, je me suis rendu compte que j’aimais apprendre, trop tard, je me suis rendu compte que je voulais passer ma vie à apprendre, mais trop tard, il n’est jamais trop tard pour apprendre, mais, disons que j’ai raté, ce moment où, il était important d’apprendre, ce moment où, l’esprit est formé à apprendre, si l’on rate ce moment là, ce qui est mon cas, l’on apprends plus aussi facilement, si un enfant rate ce moment précis, et bien, par la suite pour lui, cela sera dur d’apprendre, apprendre, ce n’est pas dur, mais c’est le plaisir d’apprendre qui est dur à trouver, c’est là qu’intervient la notion d’anarchie et de révolution bourdieusienne, qui, à mon sens, sont, les seules anarchies et les seules révolutions possibles, celles que l’on va mener au travers soi. 

Je n’ai jamais su écrire et j’ai toujours eu honte d’écrire, honte d’exposer la pauvreté de mon être, honte de détruire le sens avec mes fautes, et c’est pour cela que, aux beaux arts en découvrant le mouvement Oulipo, ouvroir de littérature potentiel, cela a été une libération pour moi, peut être avez-vous remarquer, avec quel insolence et quelle distanciation je peux jeter mes commentaires dans le monde, sans me soucier aujourd’hui de mes fautes d’orthographe ou de syntaxe, m’autorisant des corrections alors que j'ai déjà publié mes interventions, passant outre les réflexions m’assignant à mes origines, c’est grâce à Oulipo, oui, avec Oulipo, je me suis rendu compte que tout est possible finalement, ce que vous lisez actuellement, c’est, le journal d’un san-abri, qui écrit ce qu’il ressent avec « votre langue », c’est la contrainte, la votre et la mienne.

C’est alors que, la contrainte devient une source de libération, de motivation, d’inspiration, plus de traversée du désert, plus de page blanche, regarder autour de soi, transposer les contraintes qui s’énumèrent devant ses yeux, en poèmes, en récit, réaliste ou abstrait, en réinventant la langue et son expression.

Mon premier projet d’écriture oulipien à consisté à écrite des lettres phonétiques en utilisant le dictionnaire API (Alphabet phonétique international), moi qui détruit sans cesse les mots avec mes fautes, pour cacher mes erreurs je rendais mes phrases incompréhensibles en mettant en avant leur musicalité et leur graphique.

Mon second projet était d’écrire des lettres sans réponse, qui consistait à écrire des lettres à des auteurs morts.

Mon troisième projet, rejoint la phrase avec laquelle j’ai introduit ce texte, la performance et l’écriture. Je flânais sur une terrasse à Nice à l’été 2003, en pensant à mes contraintes, à Oulipo, et devant moi passe un sans-abri, qui transportait dans un caddie ses affaires. Et cela à défini la contrainte de mon troisième projet oulipien, « voyage avec 3 caddies », l’idée était d’écrire en ayant comme contrainte de voyager avec trois caddies. Le premier texte a consisté à trouver le caddie, le second texte à narrer la recherche d’affaire que je pourrais emporter dans mon caddie. Et je ne suis pas aller plus loin, j’avais une maison et je fessais cela durant mes études d’arts et puis je n’ai pas poursuivi, mais maintenant, peut-être que je vais mettre a profit ces idées à mon voyage.

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