L’achat du silence par Monsanto-Bayer : le coupable court toujours.

Suite à l’article du Monde du mercredi 24 juin 2020 concernant Bayer-Monsanto, le Comité de Soutien à Tran To Nga (dont le procès se déroule actuellement contre Monsanto) et de nombreuses associations dénoncent l’impunité de Bayer-Monsanto face à ses victimes et réaffirment leur demande de reconnaissance par la justice des Vietnamiens comme victimes des épandages de Dioxine produit par Monsanto

                                                                      COMMUNIQUE DE PRESSE

 

                                 L’achat du silence par Monsanto-Bayer : le coupable court toujours

 

Suite à l’article du Monde du mercredi 24 juin 2020 sur les annonces du groupe allemand agrochimique Bayer-Monsanto, le Collectif Vietnam-Dioxine, SOS Racisme, Notre Affaire à Tous, le Collectif Stop Monsanto-Bayer et l’agrochimie, le Comité de Soutien à Tran To Nga (dont le procès se déroule actuellement contre Monsanto notamment), dénoncent l’impunité de Bayer-Monsanto face à leurs victimes et réaffirment leur demande de reconnaissance par la justice des Vietnamiens comme victimes des épandages de l’Agent Orange/Dioxine produit par Monsanto pendant la guerre du Vietnam.

En 1987, les industriels chimiques producteurs de l’Agent Orange dont Monsanto, versaient 180 millions de dollars aux anciens combattants américains victimes de l’Agent Orange. En février 2009, la Cour suprême des Etats-Unis déboutait les victimes vietnamiennes de leurs plaintes contre les 37 entreprises ayant fabriqué l’Agent Orange. Aujourd’hui, Bayer-Monsanto a annoncé un accord d’indemnisation de 10 milliards de dollars bénéficiant à près de 100 000 plaignants américains victimes du Roundup.

Les victimes vietnamiennes doivent être reconnues. Bayer-Monsanto paye pour éviter la justice américaine et ne se préoccupe pas des victimes du reste du monde. La responsabilité des gouvernements américains successifs doit être nécessairement soulevée. En effet, ils considèrent n’avoir jamais perdu la guerre qu’ils ont mené au Vietnam. C’est pourquoi Chomsky explique « Ce sont les ennemis vaincus qui sont responsables (…) les vainqueurs ne payent jamais les réparations, les vaincus sont jugés pour crimes de guerre, les vainqueurs ne le sont pas ». Pour Noam Chomsky la justice internationale est sclérosée, « Il n’y a qu’un seul pays au monde qui ait été condamné par une cour internationale de justice pour terrorisme et qui ait rejeté le jugement : les Etats-Unis ».

De même, face aux vies perdues et aux souffrances vécues, la gravité historique des actes des industriels fabricants de l’Agent Orange/dioxine (dont principalement Monsanto et Dow Chemical) et leur responsabilité doivent être reconnues et condamnées. C’est bien Monsanto qui a produit massivement l’Agent Orange, arme chimique composée de dioxine, dont la toxicité était et demeure connue du fabricant. Entre 1961 et 1971, l’armée américaine a déversé 80 millions de litres d’Agent Orange/dioxine sur le Vietnam. Cela constitue la plus grande guerre chimique de l’histoire de l’humanité. Ce poison a détruit une partie importante de la forêt vietnamienne et contaminé la terre, l’eau et les corps. Il s’agit du « premier écocide de l’histoire » et d’un drame humain trop peu connu, rappelle Tran To Nga, victime de l’Agent Orange.

Aujourd’hui plus de 3 millions de victimes sur 4 générations souffrent de maladies graves, de cancers, de handicaps et de dysfonctionnement graves du système immunitaire et nerveux suite aux épandages de défoliants et d’herbicides en particulier l’Agent Orange/Dioxine déversés il y a plus de 40 ans. « Depuis l’Agent Orange et ses millions de victimes au Vietnam, Monsanto a étendu sa guerre chimique à toute l’humanité. L’Agent Orange est l’ancêtre des pesticides » explique Tran To Nga. Pire encore : « La dioxine n’était pas nécessaire à l’Agent Orange, il s’agit d’un déchet de fabrication. Pour pouvoir produire plus vite, en plus grande quantité à moindre coût, un mode de fabrication a été choisi qui a rendu l’Agent Orange vingt fois plus dangereux que le produit d’origine ! Pour ces industriels, la santé humaine compte bien peu par rapport aux bénéfices », précise Kim Vo Dinh, coordinateur du Collectif Vietnam-Dioxine.

En France, Tran To Nga mène un combat historique et poursuit devant la justice une vingtaine de firmes chimiques américaines dont Monsanto et Dow Chemical. Le procès se déroule actuellement devant le tribunal d’Evry (Essonne) *

Le lundi 29 juin de 19h à 21h, date de l’audience de mise en état du procès de Tran To Nga contre Monsanto et les autres fabricants de l’Agent Orange, une conférence en ligne se déroulera sur Facebook (https://www.facebook.com/events/760844127990090/) animé par la journaliste Léa Dang, avec la participation de Tran To Nga, ainsi que de Valérie Cabanes, juriste en droit international présidente d’honneur de Notre Affaire à Tous, Me Bertrand Repolt avocat du Cabinet de William Bourdon, André Bouny auteur de L’agent orange : Apocalypse Vietnam, et Kim Vo Dinh, coordinateur du Collectif Vietnam-Dioxine et du Collectif Stop-Monsanto et l’agrochimie.

La Journée internationale d’hommage et de soutien aux victimes de l’Agent Orange/Dioxine le 10 août 2020 constituera aussi un événement mobilisateur contre Bayer-Monsanto dans le monde entier.

Le collectif Vietnam-Dioxine, le Collectif Stop Monsanto-Bayer et l’agro-chimie et le comité de Soutien de Tran To Nga, SOS Racisme, Le Mouvement de la Paix, Notre Affaire à Tous, l’UGVF (Union Générale des Vietnamiens de France), l’AAFV (Association d’Amitié Franco-Vietnamienne), Combat Monsanto, le MRAP, l’ARAC (l’association républicaine des anciens combattants), Le Village de l’Amitié de Van Canh, Vietnam Enfant de la Dioxine, l’Union des Étudiants Vietnamiens de France, … se mobilisent pour soutenir Tran To Nga dans son procès, informer et conscientiser le public sur les crimes et les victimes de ces industries chimiques, donner de la visibilité à son combat et celui des victimes de l’Agent Orange/dioxine, mobiliser pour une aide médicale pour les victimes de la dioxine, dénoncer l’écocide et s’assurer que ce drame ne soit jamais oublié et qu’il serve pour les générations futures.

Les accords financiers actuels de Bayer-Monsanto – s’ils apportent une aide matérielle aux victimes Américaines du Roundup – ne rendent aucune justice car aucune responsabilité ou faute quelconque n’est imputée à Bayer-Monsanto. Bayer-Monsanto achète le silence, la justice, et consolide son impunité qui l’exempte de toute reconnaissance de la dangerosité de ses produits pourtant dénoncés à travers le monde. Le Roundup est classé cancérigène probable en 2015 par le Centre international contre le Cancer de l’OMS.
« Ce n’est pas d’une stratégie de muselage judiciaire à coup de dollars que nous sommes en droit d’attendre pour les victimes de Bayer-Monsanto » affirme Valérie Cabanes, juriste internationaliste et présidente d’honneur de Notre Affaire à Tous, « mais d’une stratégie de muselage des activités de Bayer-Monsanto en reconnaissant leurs activités comme des atteintes graves faites à la santé humaine et au delà à l’habitabilité de la planète. Ces activités constituent un écocide, un crime international qui devrait être reconnu et poursuivi par la Cour pénale Internationale. »

Les préoccupations quant aux risques financiers du groupe, sont une insulte aux victimes du passé et du présent de Bayer-Monsanto, l’image d’un monde où l’argent achète la justice, où Bayer-Monsanto achète le silence, où le profit compte plus que la vie, la santé et l’environnement. Agissons avant que de trop nombreuses victimes ne soient malheureusement encore à déplorer dans le monde. « On a besoin d’argent et je comprends les victimes qui acceptent, mais ce n’est pas seulement pour l’argent que je fais ce procès. Si j’accepte un accord financier, je baisse les bras, j’aurais honte, et ce serait une offense à toutes les autres victimes dans le monde » explique Tran To Nga. « J’ai 80 ans. Les avocats des firmes chimiques font tout pour ralentir la procédure, mais je combattrai jusqu’à mon dernier souffle ».

Témoignages :
NGUYEN VAN RINH (président de la VAVA «Vietnamese Association for the Victims of
Agent Orange») : « Je pense que nous avions peu de connaissance concernant les
dégâts liés à l’agent orange. Si nous avions su, nous aurions demandé à la population de
ne pas vivre dans une région contaminée »

ROBERT PERAGALLO : » En 1965-1966, six mois après mon arrivée au Vietnam, nous avons été expédiés vers la colline 55. Quand nous y sommes arrivés, la colline était totalement nue. Dans un rayon d’un kilomètre, autour de cette colline, il n’y avait pas la moindre trace de végétation. Elle avait été entièrement arrosée avec un produit chimique appelé l’agent orange »

DANG HONG NHUT : « J’ai entendu le bruit d’un avion. Croyant qu’il allait nous
bombarder, je me suis réfugiée dans une tranchée. Quand l’avion s’est éloigné, je suis sortie de la tranchée et j’ai regardé le ciel, il était rempli d’un épais brouillard. Les feuilles des arbres étaient recouvertes d’une poudre à l’odeur très désagréable »

TRAN THI HOAN : « Je m’appelle Tran Thi Hoan j’ai 25 ans, je suis étudiante. Je suis née à Binh Toan. Depuis 1994 je vis dans le Village de la Paix. Je suis handicapée depuis ma naissance, il me manque les deux jambes et la main gauche »

Source :

Contacts presse du collectif Vietnam-Dioxine :
Léa Dang lea.dang@lilo.org 06 47 20 72 34
Kim Vo Dinh kim.vodinh@gmail.com 06 84 01 83 05
Sophia Olmos olmosophia@gmail.com 06 26 28 45 41

Pour plus de renseignements sur les actions menées en soutien aux victimes vietnamiennes de l'Agent Orange-Dioxine : vietnamdioxine.org

* Tran To Nga est défendue par William Bourdon, Bertrand Repolt, Amélie Lefèbvre

 

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