Appeler un chat un chat

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"Appeler un chat un chat" est un adage que la gauche serait bien inspirée de suivre. Ayant perdu la bataille culturelle depuis plusieurs décennies, la gauche s'est vue confisquer son vocabulaire : prolétariat, exploitation, aliénation, lutte des classes... Le capital triomphant a préféré lui substituer des mots plus lisses et appelant moins à la révolte.

Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, les réactionnaires, aussi libéraux en économie qu'autoritaires en politique, s'autorisent toutes les outrances langagières. Islamo-gauchistes et gréviculture en sont les deux exemples les plus symptomatiques. A cette inflation lexicale de la haine s'ajoute l'inflation de la répression et le recul du droit d'informer (la France ne cesse de descendre dans les classements tenus par les ONG). Tri des migrants, secret des affaires, ordonnances, interdictions de manifester, gazage et nasses systématiques des protestataires, interdiction de tourner des images pendant l'évacuation de la ZAD, choix des courtisans-journalistes qui auront le privilège de cirer les pompes de notre bon roi lors des voyages officiels, parole ministérielle pilotée par l'Elysée, de même que celle des députés...

Et pendant ce temps, la gauche, effrayée qu'elle est de passer pour radicale, irréaliste, voire d'être comparée au FN, adopte des discours policés. Même Mélenchon, à qui l'on reproche souvent ses sorties, est bien tendre dans le lexique adopté. Pour commencer à trouver un début d'offensive, il faut se tourner plus à gauche, vers le NPA. A ce titre, les dernières prises de parole de Besancenot, ou même de Poutou au débat de la présidentielle, sont des bols d'oxygène aussi rares que bienvenus dans les médias dominants.

Pour espérer gagner un jour la bataille culturelle, la gauche sera obligée de renouer avec les outrances langagières, de renouer avec son vocabulaire, de s'adresser directement aux gens et non plus aux propagandistes qui attendent d'elle un discours sérieux. Populisme de gauche ? Chiche ! Il faudra bien que la gauche appelle un chat un chat, et désigne Macron - et tous les autres - pour ce qu'ils sont : des fachos.

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