Metal : une musique résolument européenne

Le metal est un objet musical contre lequel de nombreux décideurs culturels et groupes de presse ont de fortes appréhensions. Outre les habituels clichés sur le satanisme et le gore qui n’intéressent que les Christine Boutin, beaucoup estiment que les musiques extrêmes ne sont qu’un rejeton boursouflé de l’impérialisme culturel américain. Mais c’est aller beaucoup trop vite en besogne.

Gojira, groupe de metal français, sur scène Gojira, groupe de metal français, sur scène

Pour la petite histoire…

Pour la petite histoire, il est communément admis que le premier groupe de metal est Black Sabbath. Un groupe anglais, et non pas américain. Black Sabbath serait donc le point de bascule entre le hard rock d’illustres contemporains (Led Zeppelin, Deep Purple, pour ne citer qu’eux) et le heavy metal des groupes qui viendront après.

Mais pour comprendre vraiment ce qui fait du metal une musique plus européenne qu’on ne l’imagine, il faut pousser l’analyse un peu plus loin. D’un point de vue musical, le metal qu’est-ce que c’est ? C’est du hard rock qui aurait partiellement abandonné ses racines blues, pour se tourner vers des influences bel et bien européennes : la musique classique, prise au sens large. En effet, le metal partage avec celle-ci la recherche permanente de puissance sonore, un certain goût pour l’exubérance et il est vrai, parfois, la grandiloquence. Sur ce dernier point, on peut d’ailleurs ajouter que le metal lorgne tout particulièrement vers la musique baroque par la mise en avant d’interprètes virtuoses tels que Yngwie Malmsteen ou John Petrucci.

Des géants de toutes les nationalités

Outre les influences anciennes de ce courant musical, d’autres éléments étayent la thèse selon laquelle cette musique n’est pas exclusivement américaine. Au premier rang desquels on compte la présence sur le devant de la scène métal de géants européens : les Britanniques d’Iron Maiden, les Allemands de Rammstein, les Français de Gojira, les Suédois d’Amon Amarth, les Polonais de Behemoth, les Grecs de Septicflesh, etc.

À ce point de mon exposé, je sens pourtant que nombre d’entre vous ne seront pas d’accord, m’opposant le fait que dans tous les cas, le metal serait influencé par la musique anglo-saxonne. Certes, mais cet argument a des limites. En effet, même si le metal est identifiable par ses guitares et sa batterie puissante, il ne constitue pas une esthétique figée et unie, en témoigne l’immense quantité de sous-familles que cette musique a engendrées.

Ainsi, le metal s’est adapté aux différentes cultures. Le metal allemand par exemple, se caractérise par une profusion de groupes classés dans le sous-genre « industriel ». Celui-ci se définit par l’emploi massif de synthétiseurs et d’effets électroniques. Pour rappel, l’Allemagne est le pays où la musique électronique s’est popularisée le plus tôt, notamment sous l’impulsion du précurseur Kraftwerk.

Au nord de l’Europe, nombre de groupes appartiennent à la mouvance « pagan metal », metal païen en français. Les thématiques abordées sont, pour l'essentiel, les mythologies scandinaves et les guerriers vinkings. En outre, le pagan a souvent recours à des instruments traditionnels, tandis que ses mélodies s’inspirent largement de la musique folklorique.

Mais c’est aussi dans les pays du nord de l’Europe, à l’aube des années 90, après le reflux de la vague trash metal et en pleine vague grunge que sont nés deux sous-genres, toujours très vivants, créatifs et populaires aujourd’hui : le death et le black metal.

Un phénomène bien français

Pour clore cet article, parlons du metal tricolore. Bien qu’aucun média n’en parle, le metal français existe, et il se porte bien ! Il suffit de se balader dans les café-concert du Nord – où j’habite – pour s’en rendre compte. Une multitude de groupes metal amateurs (et pourtant très pros) s’y produisent chaque semaine.

Si on tourne le regard vers des groupes de plus grande envergure, on peut encore constater la vivacité de cette scène dans l’Hexagone. De nombreuses formations, chantant en français ou en anglais, ont percé à l’échelle nationale et européenne : Lofofora, L’Esprit du Clan, The Arrs, Smash Hit Combo, Black Bomb A, Mass Hysteria, Dagoba, etc.

Toujours pas convaincus ? Alors il ne reste plus qu’à se tourner vers d’authentiques géants français, passés ou actuels : Trust, Gojira et Loudblast. Certes, c’est peu en comparaison de certains de nos voisins européens, mais c’est déjà une franche réussite pour ces talents qui ont dû se frotter à des oreilles étrangères pour se bâtir une notoriété internationale.

En bref, malgré sa faible médiatisation (excepté pendant la brève période du Hellfest), le metal est une musique à la fois mondiale et locale, puisqu’elle parvient à faire résonner à l’international les spécificités culturelles de nombreux pays.

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