Quelques pa(vé)s pour le(s) flanc(s) gauche(s)

Pourquoi l'arnaque derrière le traitement médiatique des Gilets Jaunes est bien plus importante qu'elle n'en a l'air... Et pourquoi il serait plus que temps qu'on s'y mette !

Quelques pa(vé)s amenés jusqu’ici... taillés vite fait entre les 20 et 28 novembre derniers...(trop) longs, un peu lourds, rugueux, pas très adroits ni toujours bien calibrés... mais ce sont les miens, et je vous les partage comme je peux, comme quelques munitions à mettre en commun et retailler ensemble pour nos combats en cours et à venir... Pardon d’avance pour ces pavés à la syntaxe bancale et l’orthographe aléatoire ... Un tas de pavés, c’est rarement propret...

 

Un pavé retiré des mains

          Au départ, tout début octobre, j'avais vu passer plusieurs fois un appel à mobilisation contre le coût de la vie avec comme mot d’ordre de ne rien acheter le 17 novembre. Bon, c’était accompagné des petits couinements habituels ( « pourquoi pas le vendredi putassié "BlackFriday" d'après, bande le lâches », « pourquoi une journée plutôt que réduire toute l'année, bande de lâche », « c’est les petits commerçant qui vont trinquer, bande de… », etc.), mais je trouvais l'idée intéressante à l’approche des fêtes. Surtout qu’elle commençait à prendre de l’ampleur. Et même si ça ne peut jamais le faire pile poil, ce principe d’un boycott ponctuel mais généralisé touchait quand même aux problématiques d’un paquet de monde sans trop faire de distinguos partisans : Pouvaient s’y retrouver aussi bien des personnes politisées de la justice sociale et environnementale type altermondialistes, anticas, écolos, ou plus globalement tendance gauches, que des personnes pour qui le sujet est « juste » la thune, le coût de la vie et la baisse du pouvoir d'achat.

          Il me semblait aussi que c’était une logique d’action qui touchait majoritairement les bonnes cibles : faut consommer pour que ce système tourne, mais le pouvoir d'achat tombe au plus bas pour la plupart des gens, ça ruisselle que dalle des Premiers de cordée qui continuent à se gaver de la consommation de la majorité des gens, du coup : grève de la conso (carburant compris donc). Et là ce sont les Premiers de cordée qui perdent du fric et cumulent des stocks bêtement pendant une journée (enfin qui en gagnent moins fric hein…), et personne d’autre ne morfle en perdant du salaire en se mettant en grève. (1)

          En plus cette idée de « non consommation » couplée à une mobilisation dans les rues, ça n’empêche pas de bloquer les ronds-points, au contraire, mais ça aide à cibler, genre ceux des Zones Commerciales qui bousilles les centres villes par exemple... Bref, tout ça pour dire que ça avait l’air plutôt chouette que ça prenne de l'ampleur, et que c’était plutôt clair comme objectif.

          Et puis petit à petit, j'ai vu cette idée de gilet jaune apparaitre de plus en plus souvent accolée à cet appel à ne rien acheter. Du style « on va insister sur "le coût de la vie" en mettant la priorité sur le prix du carburant qui à augmenter à fond à cause des taxes ces derniers mois (enfin surtout le gazole) et parce que ça touche tout le monde (enfin surtout les diesels, mais c’est vrai que comme il fallait rattraper les autres, du coup, c’est méga cher pour tout le monde). Et pour symboliser ça, on va poser son gilet jaune sur le tableau de bord. »

          Bon... c’est vrai que le prix à la pompe il fait méga mal, surtout quand t’en a besoin pour bosser… En même temps ça brouille un peu l’idée de départ et perso, là, je me sens moins raccord. Pourquoi ? Déjà parce que ce n'est vrai qu’à 1/3 : l’augmentation du prix du carburant c’est 1/3 de taxes, 2/3 d’augmentation du prix du baril ( info ici ). Et puis surtout parce qu’on sait depuis des lustres que comme il n’y a plus de pétrole, c’est mécanique que le prix du baril augmente. Mais bref…c’est long et chiant à expliquer… Alors pourquoi pas... c’est pas bien grave, si il y en a qui veulent insister là-dessus en customisant leur tableau de bord, ça mange pas de pain finalement…

          Sauf qu’à ce moment là (curieusement…), l’info a été relayée bien plus largement, et particulièrement par ces mêmes médias de masse qui les font passer pour des gros crétins fachos aujourd’hui. Et le discours a changé, l’air de rien, appuyé par les grandes infos. Il est passé de : « On bloque tous la consommation pendant une journée pour protester contre le coût de la vie, et ceux qui veulent insister sur les taxes sur le carburant mettent un gilet jaune sur leur tableau de bord » à : « On bloque tout en gilet jaune parce que les taxes sur le carburant sont trop élevées, et on le fait aussi plus largement contre le coût de la vie ». C’est fou comme dans les deux cas, ce qui est après la virgule devient lourd, et on a envie de le zapper. Et ce dernier discours a occupé tout l’espace. Et pour le coup, celui là, je l’ai vu relayé de plus en plus par des groupes très (très) à droite.

          C’est là où ça commence à me poser des problèmes, parce que remplacer « bloquer la consommation » par « bloquer tout (mais que les routes en fait) » ça n'arrange et ne dérange plus les mêmes. Dans le premier cas ce sont surtout les Premiers de cordé qui morflent et éventuellement un peu ceux qui sont pas d’accord (ou s’en foutent) sur les ronds-points des Zones Commerciales… alors que dans le second on fait chier beaucoup de monde (même ceux qui sont d’accord) et peut-être, éventuellement, dans la masse, avec du bol, quelques Premiers de cordée que se seraient égarés...

          Et surtout, ce glissement là, il ne fédère plus les mêmes personnes du tout !

 

Le retour du pavé (dans la tronche)

          D’abord parce que en faisant le focus sur le coût du carburant, les politisé.e.s justice-socio-environnemento-tendances-gauche-blabla, bah… même si elles.ils trouvent aussi que le carburant est cher, elles.ils se sentent nettement moins concerné.e.s, question priorité, quand leurs préoccupations principales sont l’urgence climatique, la dépollution de la planète, et stopper le système qui en est la cause. Et le côté coût de la vie/pouvoir d’achat, c’est aussi nettement moins vecteur de mobilisation pour elles.eux quand l’outil de lutte passe de « bloquer l’achat des choses pour montrer qu’on a le pouvoir » à « bloquer tout pour pouvoir acheter plus de choses »… En revanche, ça mobilise nettement plus des clichés et préjugés très à droite du style « on se fait trop taxer », « Radars, 80km/h, essence, automobilistes vaches à lait ! », « on balance notre argent par les fenêtres en aides sociales pour ceux qui foutent rien », « faites pas chier avec le climat, la vrai urgence c’est que j’ai besoin de bosser pour bouffer, et que mon budget essence à exploser alors que je dois claquer plein de thunes pour les fêtes »... En clair, ça nettoie sévère à gauche !

         Et là, les justi-socio-environnemento-féminist-gaucho-blabla, enfin celles.eux qui ont un peu travaillé le sujet de départ quoi, et bah elles.ils sont eu.e.s! Parce que pour expliquer que ce sont des arnaques intellectuelles et que l’action de départ faisait mieux le job, c’est long et c’est fastidieux. Et quand c’est long et fastidieux (un peu comme cette article d’ailleurs…), ça fait pas corps, ça n’agrège pas de groupe, et c’est mort pour en faire un mouvement social. (2)

         Et ces écolo-gaucho-antica-blabla sont encore plus eu.e.s parce que pendant qu’elles.ils étaient paralysé.e.s par ce changement de ligne (et donc ne relayaient plus l’info sur leurs réseaux), l’effet Grands-médias-à-idées-pré-mâchées a fait son job, et les sensibilités d’extrêmes droites avec leurs clichés maintenant bien nourris (loin d’être paralysé.e.s sur les réseaux, eux) sont venues remplir sérieusement les rangs des Gilets Jaunes !

          Et ça, voulu ou pas, et j’en suis navré pour les Gilets Jaunes du départ, ça arrange quand même très sérieusement le pouvoir en place !

          Parce que ce basculement sur le carburant et les taxes il est aussi pervers que malin. C’est l’entrée idéale pour mettre dos à dos revendications contre le coût de la vie et urgence climatique, là où le boycott initial rendait possible de les rassembler.

          Va expliquer, maintenant que c’est ancré dans l’action, que le prix du carburant c’est pas le vrai problème. Que ça fait un paquet de dizaines d’années que des tonnes d’études scientifiques expliquent que, comme il n’y pas de pétrole à l’infini, quand la ressource va commencer à manquer, les prix vont flamber puis plafonner, et fluctuer en dents de scie, et blablabla… Et que c’est simplement ce qui est en train de se passer parce qu’il s’avère que la période dont ces études parlaient, c’est maintenant ! (C’est très bien expliqué ) Donc pour celles.eux qui l’ont intégré, pas trop de surprises de ce côté là, et surtout ça ne sert pas à grand chose de se battre contre la hausse des prix, parce que c’est mécanique, bien avant d’être politique. Leur focale est plutôt sur la question des autres solutions énergétiques pour sortir de la dépendance ( ici)

          Et si t’y arrives, on va te dire que le vrai problème c’est les taxes qui s’envolent. Donc faudra expliquer que si on paye de plus en plus de taxes mais qu’on supprime quand même des postes de fonctionnaires et des services publiques, c’est que le problème ne vient pas tant des taxes que de ce qui est fait de l’argent des taxes ( exemple parmi tant d’autres ici ). Donc forcément, tu dois aussi expliquer l’arnaque que c’est quand le gouvernement augmente les taxes tout en réduisant nos salaires en les appelant Charges Patronales ou Sociale sous des « bravo, merci » ( extrait ici , tout expliqué dans cette Conférence Gesticulée ).

          Et quand, après être passé par la justice fiscale avec l'ISF et l'évasion fiscale, tu arrives enfin à l’essentiel, l’urgence environnementale pour notre avenir sur cette planète, t’es tranquille, tout le monde est retourné depuis un bail sur les ronds-points à demander de l’essence moins chère... Parce que même si c’est effectivement là le fond du problème, c’est trop tard pour l’expliquer et ramener du boycott là dedans. C’est ici et maintenant qu’il faut agir, et ça paraît nettement moins palpable et atteignable que d’agir sur le montant du ticket de la CB à la pompe…

 

Leur(re) anti-pavé

          Alors, que ce mouvement du 17 novembre ait démarré par des anonymes sur FB, c’est certain.

          Qu’il en ait été de même pour la proposition de gilet jaune sur le tableau de bord, c’est fort possible.

          Par contre je doute très fortement que ce soit un pur hasard que les grands médias aient été relais de ce mouvement citoyen grandissant précisément à ce moment là, en le réduisant à l’idée de ces gilets et l’appelant d’emblée « Mouvement des Gilets Jaunes » et non « Mouvement du 17 novembre ». C’était tuer dans l’œuf un mouvement de Boycott citoyen similaire à celui du Maroc ( re ici comme dans le (1) en bas du tas de pavés) à une période idéale (salut BlackFriday, cadeaux de Noël, et bouffe à gogo!) qui en plus de faire mal aux Premiers de cordée, si il avait pris, aurait pu générer tellement de stock qu’on aurait vu des gigas soldes comme jamais auparavant en janvier pour les écouler (ok je m’enflamme... ). Et tout.e.s celles.eux chez qui la seule préoccupation était le pouvoir d’achat auraient eu en plus le sentiment d’une double victoire ! Un beau terreau pour envoyer du monde à gauche ! (ok ok je me suis encore enflammé pardon !).

          Et je doute également énormément que ce ne soit pas délibérément que ces médias mainstream, qui ont porté Macron au pouvoir en bons seigneurs du marketing, s’efforcent de réduire aujourd’hui ces Gilets Jaunes aux sensibilités d’extrêmes droites d’une partie des participants :

          D’une part parce que l’extrême droite à toujours été un faux ennemi du capitalisme et de l’argent en général: tant que les classes populaires se battent entre elles, la gauche (la vraie gauche hein, épargnez moi le PS et ses satellites) ne peut pas gagner. Et si par malheur ça allait trop loin et que l’extrême droite prenait le pouvoir, ce serait toujours bon pour l’industrie et commerce. Pour rappel, le RassemblementIdentitaireduBlocduFrontNationalBleuMarineblabla veut fermer les frontières, mais toujours que pour les gens, et plutôt que pour ceux qui veulent rentrer dans le pays, et même surtout que pour ceux qui veulent rentrer dans le pays mais qui viennent d’un pays pauvre. Sinon pour les CETA, TAFTA, secret des affaires et compagnie y a pas de problèmes, l’évasion fiscale et les emplois fictifs non plus, etc. ( ici )

           D’autre part parce que ces médias tiennent à protéger coûte que coûte le système en place ( ici ), et ne se gênent pas en passant pour tenter de décrédibiliser aux yeux du grand public plus ou moins discrètement les mouvement de gauches qui fédèrent et font le job, en jouant du « extrême droite et antica, même combat » (exemple récent parmi tant d’autres avec France 2 et Mr Mondialisation ici, relayé aussi par Arret sur Images )

           Et puis surtout parce que leur vrai ennemi, ce serait un gros mouvement social de gauche et citoyen ! Bruxelles est quand même nettement moins virulente et violente (je parle des faits plus que des discours évidemment) contre l’ extrême droite au pouvoir en Autriche, en Italie, et les manifs fachos dans toute l’Europe (Euronews ici ) qu’elle ne l’est contre la Grèce, l’Espagne, le Portugal, et tous les groupes de gauches, écologistes, zadistes etc. , s’approchant du pouvoir ou de victoires publiques (détaillé récemment dans cet excellent article de Reporterre) .

           Et ça a été dit clairement plusieurs fois, dont dans une interview géniale d’un représentant du Crédit Agricole au nom du Monde de la finance en 2012 par François Ruffin pour Là-bas si j'y suis ( ci-dessous à partir de 7’40 ).

Le plan des financiers pour 2012. © DRMLille

 

          Alors mettre dos à dos urgence environnementale et coût de la vie pour envoyer les mouvements de gauche sur la touche, c’est capital pour ce système là. Infiniment plus que d'encourager les percées de l’extrême droite !

          Et ça n’a pas loupé : le 17 novembre au soir, le JDD (Europe1) publie un sondage IFOP tout beau tout frais : « Pour 62% des français, le pouvoir d’achat est plus important que la transition écologique » ! (ici) C’est pas beautiful ça ?!

 

          Donc effectivement, il y a de grande chance pour que la vérité soit loin d’être celle décrite par les grands médias, et que ce mouvement soit beaucoup plus flou qu’ils veulent nous le faire croire. Néanmoins, comme on dit, « quand c’est flou, c’est qu’y a un loup », et ce système pervers qui s’emploie à entretenir le brouillard est méchamment bon quand il s’agit de détourner nos colères, nos révoltes autant que nos générosités à son service.

          Je pense que les véritables intentions qui se cachent derrière tout le tapage pour faire gonfler ce mouvement des Gilets Jaunes, tout en entretenant le malaise de ses objectifs et l’offrant à l’extrême droite, sont :

  • d’une part de ne toujours pas parler de toutes les autres luttes sociales qui se passent depuis des mois en France chez les postiers après des suicides de salariés bousillés par le management, les enseignants contre les suppressions de postes, les infirmières, les aides soignantes, ambulanciers, l’égalité femme-homme-LGBTQI+, les Zadistes, les Afpa, les pompiers, etc., etc., etc. dont BastaMag fait un topo ici . Luttes qui sont portées, elles, par des organisations salariales et/ou syndicales de tendances gauche rodées à l’exercice, et avec des revendication clairement définies et atteignables.

 

  • Mais surtout, d’autre part, (et je pense que c’est l’objectif principal) de s'assurer à tout prix que ces luttes interprofessionnelles politisées et un mouvement citoyen apartisan comme le mouvement du 17 novembre ne puissent pas faire front commun efficacement à un moment aussi crucial et symbolique pour le monde de la consommation à outrance et de l’argent. Parce que si jamais la mayonnaise prenait, on risquerait de voir se dessiner un début de mouvement social ressemblant vraiment beaucoup à celui redouter par le monde de la Finance... Et il y a des élections européennes dans à peine plus de 6 mois !

          M’enfin pour que ça mène vers un truc efficace, va falloir faire du ménage de tous côtés....

          Et je dis bien « tous cotés », (surtout) pas que du côté des Gilets Jaunes !

 

Pointer le gravier dans l’oeil du voisin pour ne pas voir le pavé qu’on a dans le nôtre

          Je crois que la difficulté n’est clairement pas de faire comprendre aux Gilets Jaunes que le problème vient d’elles.eux (même en partie) et/ou qu’elles.ils devraient réfléchir un peu mieux pour avoir un mouvement plus efficace.

          D’abords parce que le problème vient totalement du système décrit dans le pavé précédent qui s’est employé à (dés)orienter cette colère légitime. Elles.ils ont (on a tous !) infiniment raison d’être en colère de se faire saigner le compte en banque pour enrichir une minorité déjà pleine aux as qui ne contribue en rien à l’intérêt général (mais qui bénéficie plus que tous les autres des avantages collectifs hein, avec en plus du carburant détaxé, lui, pour qu’elles.ils fassent bosser leurs porte-conteneurs, avions, etc.) Et pour les fausses cibles affichées, les Gilets Jaunes ne s’y limitent pas du tout ( témoignage ici ).

          Ensuite, bien sûr il y a les questions de sortir l’extrême droite du mouvement, mais il faut se rassurer, il y a un paquet de Gilets Jaunes qui n’ont pas attendu de regarder des Conférences Gesticulées sur les ronds-points pour s’y coller (exemple parmi tant d’autres sur la toile ici ).

          Et enfin, elles.ils n’ont pas attendu non plus qu’on leur fasse la leçon pour faire d’autres choses que de simplement bloquer des routes. Ne serait-ce que les opérations péages gratuits (mais il y en a bien d’autres) qui là, pénalise les bonnes personnes (c’est Vinci et ses potes qui s’en mettent moins dans les poches). Et les automobilistes sont contents ! (Encore merci, d’ailleurs, aux Gilets Jaunes des péages de Clermont ce weekend !)

          Mais dans cette frénésie médiatique maintenant bien huilée, ils.elles ont tout le système contre eux, extrême droite comprise, dont les dirigeant.e.s remercient d’ailleurs encore Macron pour le sketch réussi du débat de l’entre-deux tour. (3)

 

Installé.e.s bien confort sur nos pavés

          La difficulté, je crois qu’elle est en très très grande majorité pour les justi-socio-environnemento-gaucho-blabla qui sont resté.e.s paralysé.e.s quand elles.ils ont vu l’arnaque se mettre en place. Parce qu’ils.elles ont peut-être pigé plein de trucs à la situation du monde, à ce qui se passe autour du mouvement du 17 novembre, et aux raisons qui vont avec, mais elles.ils sont toujours comme des con.ne.s coincé.e.s derrière leurs ordis à partager des infos et des réflexions sur internet (coucou c’est moi).

          Et si tou.te.s les gaucho-écolo-féminisit-anticatralala qui sont (sommes !) d’accord sur le fond ne trouvent pas un moyen de faire preuve d’assez d’humilité pour assurer leur part du job efficacement malgré tout leurs fucking bagage théorique et/ou expériences de luttes, celles.eux qui tentent de se faire entendre et de virer les fachos du mouvement n’y arriveront tout simplement pas. (témoignage ici). Et on sera mal venu de se plaindre.

          Les Premiers de cordée ont tout intérêt à ce que les Gilets Jaunes soient identifié.e.s majoritairement à l'extrême droite et benêts, plutôt qu'apartisan.e.s et conscient.e.s. Et leurs Chargé.e.s de Com’ (les grands médias, eux quoi (4) ) vont le marteler comme des dingues. Sans que les sensibilité justi-socio-environnemento-gaucho-blabla partisan.e.s comme apartisan.e.s (type Nuit Debout et ZAD entre autres) ne rejoignent le mouvement en masse en s'identifiant collectivement, on va finir par croire leur propagande. Et à la longue, les sensibilités de gauche déjà dans le mouvement vont se barrer dépités parce que l'opinion publique autant que le leurs potes des autres luttes sociales (ou derrière leurs écrans) seront de plus en plus en décalage. Résultat, en leur laissant la place, la propagande risque fortement de devenir réalité... (5)

          Je crois sincèrement que le gros ménage urgent, là, il soit à faire du côté l’égo de tout.e.s celles.eux qui ont pigé plein de trucs, mais qui sont toujours dans la paralysie (somme toute confortable) du premier changement de revendication, et qui commentent de loin, bien assis, en attendant que le gros de la bataille soit entamée pour s’y mettre (ou pas). Et par « s’y mettre (ou pas) », j’entends s’assurer, comme souvent, que c’est pas trop elles.eux (nous !) qui allons faire la partie difficile (mais vraiment importante) et un peu sale du job en cleanant le gros des fachos, et en pesant dans la balance identitaire du mouvement. Du genre attendre un ou deux articles de Reporterre, Basta, média indépendant ou Mediapart qui apportent validité du travail bien fait ou de la bonne intention (c’est déjà fait ici), pour enfin s’y rendre en prenant une petite dose de lumière au passage parce qu’on parle mieux et qu’on peut étaler notre science un peu plus sécu.

 

(Quoi je m’énerve et je caricature ?!)

 

          Et ça n’empêche pas que cette “science” soit nécessaire, utile, attendue, et accueillie avec bonheur pour tout le monde ! Mais quand c’est le moment ! Quand c’est utile pour tous ! Nuit Debout a été si beau et a généré tant de choses superbes qui existent encore aujourd’hui grâce à ça. En revanche ne perdons pas de vu qu’aujourd’hui on ne (re)connait surtout que les youtubers et figures de proues du mouvement qui assurent une sorte de continuité de fond salutaire (Le Fil d'Actu , Osons Causer, etc.). L’énorme masse de celles.eux qui ont fait le job à risque pas cool, surtout en province où il n’y avait pas l’adrénaline de se sentir regardé.e.s par le monde entier et d’avoir François Ruffin ou Frédéric Lordon au micro tous les soirs, on ne la voit pas ! Tout ces gens qui ont débattus, échangés, appris, bref qui l’ont fait vivre en vraie cette démocratie là pour qu’on puisse en parler, on ne les voit pas.

          Et si certain.e.s de celles.eux-là, avec cette expérience géniale dans les mains, avaient bravé les ambiguïtés et enfilé leurs gilets jaunes quand même en ce moment ? (c’est le cas )

          Et si certains autres de celles.eux qui avaient fait cette aventure et qu’on ne voit plus faisaient partie des ambulanciers, pompiers, postiers, profs, etc. en grève depuis des mois ?

 

          Parce que on se gargarise à se dire que la construction collective c’est notre dada, à appeler à la « vraie démocratie » à chaque occasion, mais en fait que avec ceux qui pensent pareil sur le fond… et puis même plutôt, qui pensent pareil mais qui on aussi compris plein d’autres trucs comme nous (qu’on a eu la chance d’avoir appris à l’école, avec nos parents, à la fac, avec nos potes dans les assos écolo-socio-culturelles-qui-sauvent-le-monde (6), ou dans notre bibliothèque perso bien fournie…). Parce qu’on s’identifie joyeusement "Classe Populaire" le point levé, mais que quand même, faudrait qu’elle soit propre, homogène, sans TV et avec un jardin bio partagé. Et pour le coup, bah navré, ça c’est pas de la démocratie ! C’est juste du mépris et de l’entre-soi.

(“ouai non mais quand même pas tous hein ! Moi par exemple je… “ Ouiiiiiiii ! Je sais, j’ai dit « on », c’est général... va lire Emma)

          Bah oui, j’en suis désolé, mais la classe populaire, y a guère que dans les films, les mauvais bouquins sociopoliticococo, ou déshumanisé en tant objet d’étude des sciences humaines qu’elle existe en ayant conscience d’elle et/ou de manière claire et unifiée. Dans la vraie vie, elle est divisée (c’est décrit là ) et surtout ne se reconnaît pas elle-même, notamment en se croyant appartenir pour une bonne part à la classe moyenne ( l’égo toujours plus fort que l’INSEE : analyse ici ). Et comme c’est une sacrée partie de la population française (surtout si elle se confond avec la classe moyenne), tous les partis politiques se l’arrachent ( c’est raconté là ) .

          Or, la politique des Premiers de cordée pro Ultra-Riches semble réussir à réunir sous un même gilet la classe populaire et peut-être même une partie de la classe moyenne, là où Macron avait réussi (avec l’aide enjouée du PS ne l’oublions pas) à réunir cette classe moyenne (ainsi que ceux qui croyaient s’y trouver) avec les plus riches. Et si on prend deux minutes pour observer en large les métiers qui mènent les autres luttes sociales dont on ne parle pas, on pourrait se dire, quitte à continuer de réfléchir en termes de classes sociales, que c’est sensiblement le même groupe de population socio-économique.

 

Alors on fait le point de cette sociologie de comptoir :

  • On a toute une foule de gens en apparence sans liens qui descendent dans la rue, dont une partie est une multitude de groupes organisés (syndicats, groupes professionnels, ou groupes militants forts et identifiables politiquement) mais non médiatisés, et l’autre partie un groupe multiple et désorganisé (plus pour longtemps ) mais très médiatisé.

 

  • Il semblerait que ces groupes représenteraient une certaine unité socio-économique, et que cette catégorie socio-économique pourrait représenter une belle majorité de la population.

 

  • Actuellement, cette catégorie socio-économique ne se reconnaît pas, elle ne peut donc pas agir dans la durée en tant que force politique propre (contrairement aux riches et ultra-riches, pourtant extrêmement minoritaires au sein de la population française, mais se reconnaissant comme Premiers de cordée autoproclamés, et qui agissent donc politiquement aussi efficacement qu’elles.ils sont bien organisé.e.s) (7)

 

  • En martelant à l’affiche sur tous nos écrans, pour représenter le groupe “désorganisé“, une image d’abrutis aux objectifs foireux, les grands médias empêchent les groupes “organisés“ (nettement plus petits) de créer du lien trop facilement et de s’agréger rapidement en un mouvement commun.

 

  • Pour les mêmes raisons, cette communication maintient dans l’observation et l’hésitation (et donc hors de l’action) une partie de la population qui, d’une part, partage les luttes, les revendications et les valeurs des groupes “organisés“ (mais qui, en plus de ne pas en entendre parler dans les médias, ne se reconnait et donc n’agit dans aucun de ces groupes parce que pas du même métier, pas syndiqués, etc.), et qui, d’autre part partage les problématiques du groupe “désorganisé“ mais n’arrive pas à voir les choses assez clairement pour y trouver sa place dans un spectre de valeurs communes. Par cette partie de la population j’entends en particulier tout l’univers des mouvements sociaux et environnementaux (tels que Nuit Debout et ZAD notamment), les fameux.ses écolo-gaucho-féminist-antica-ettoutltralala, tout aussi désorganisé.e.s aux yeux des Premiers de cordée parce que sans entité, interlocuteurs ni revendications fixes (ou plutôt acceptables pour eux ! ), mais clairement identifiables en termes de valeurs et d’actions. Et comme les participants à ces mouvements s’y reconnaissaient, SE reconnaissent, et ont un fort sentiment d’appartenance, ils ont un pouvoir d’action très fort : on a pu constater que d’avoir des revendications très variées mais une seule entité globale dans laquelle se reconnaitre (ZAD Partout par exemple) permettait, au contraire d’un chaos incompréhensible, de créer de nombreuses solidarités et autant de victoires, même non médiatisées.

 

 

Maintenant je me dis :

 

1. Cette espèce d’entité de population écolo-gaucho-antica-proégalitédessexes-zadiste-nuitdeboutiste-etjenpasse, je l’ai pas mal côtoyées, et tout aussi empiriquement je trouve qu’elle colle bien à cette idée de groupe socio-économique « classe populaire + classe populaire qui se prend pour moyenne et/ou quilestunpeumaisçapiqueleportefeuillequandmême » (si y a un sociologue dans l’assistance ? parce que bon je lis des trucs, je m’intéresse, m’enfin là…)

2. Cette entité là, toute paralysée qu’elle est, à regarder ce qui se passe perchée sur ses bouquins, elle a une expérience de dingue de l’organisation collective en dehors des partis politiques, en comités restreints comme dans le bordel d’un mouvement social, (même si c’est toujours avec une petite certitude du champs de valeurs globales du groupe).

3. Cette entité là, apartisane, avec son méga socle de connaissances et d’expériences communes, elle a aussi un bagage incroyable d’expériences de constructions collectives et de partage, qui combine luttes sociales et environnementales avec la construction concrète de solutions efficaces et pérennes ( par exemple ici sur la ZAD de NDDL ou chez Framasoft ou encore...partout )

4. Cette entité là, avec tous ses savoir-faire d’organisation, de construction, de partage, elle a en plus développé ses propres relais d’informations ( Reporterre , Mr Mondialisation , BastaMag , madmoiZelle.com, La Relève et La Peste et une infinité d’autres ) et de médiation ( les youtuber d’Il était encore temps , Les Conférences Gesticulées , le Projet Crocodile , DataGueule, Emma , Et tout le monde s'en fout et encore une foule d’autres ) tous plus efficaces les uns que les autres. Et je ne parle même pas de sa capacité à transmettre et à former autrui qui est totalement ahurissante ! ( dans les SCOP d’éducpop entre autres, cacedédi à L’Escargot Migrateur)

5. Cette entité là, elle a même généralement une économie qui lui est propre ( L’économie de la contribution, plein d’info sur le site de Ars Industrialis ).

 

          Bref, cette entité là que je suis bien emmerdé à nommer depuis le début de ce post (tout est plus facile à plusieurs cerveaux, et on ne se rend pas compte à quel point ) mais qui se reconnaît parfaitement (8), si elle (on !) prend un peu le risque de descendre de sa pile de bouquins et de sortir de sa zone de confort, elle a (on a !! ) toutes les billes pour être le liant entre ces groupes « organisés » et les Gilets Jaunes. Et en poussant le bouchon, elle pourrait même être le liant qui permettrait à toute une classe sociale entrain de se découvrir d’arriver se reconnaître, s’organiser et agir en tant que telle ( Ok ok j’ai re-pris feu pardon...    #jmesuisencoreoublié )

 

Le pavé de Damoclès

          Mais faut pas qu’on traine. Parce que pendant qu’on discute, le Responsable des Relations Publiques et Médiation des Premiers de Cordée et son staff (ok, Macron et son gouvernement. La Prod c’est à Bruxelles), elles.ils font leur job ! Et on peut compter sur leurs Chargés de Com’ pour le relayer !

          Les paris sur le scénar sont ouverts :

          Elles.ils vont s’employer à gesticuler le plus longtemps possible, histoire que les luttes dont on ne parle pas s’essoufflent avec l’arrivée des fêtes, en prétendant chercher de vraies réponses aux faux problèmes qu’elles.ils ont créé et maintiennent soigneusement dans le viseur (Et ne les sous-estimons pas, « gagner du temps pour trouver des vraies réponses à des faux problèmes qu’elles.ils ont créé » c’est leur vrai boulot à ces ancien.ne.s lobbyistes, CASH Investigation nous le rappelle bien assez souvent). Et si entre temps, à force d’installer dans l’imaginaire collectif que l’extrême droite a pris les rênes du mouvement, ça devient réellement le cas parce que toute.s les autres auront jeté.e.s l’éponge (enfin leur gilet) à force de se battre seul.e.s, ce sera tout bénef’ pour les Premiers de cordée :

          Si Macron ne fait pas la connerie du mépris de classe en suivant sa ligne habituelle (mais je n’y crois pas trop parce qu’en plus d’être méprisant, il est cynique), une fois que cette période au top de la consommation (et donc à risque pour les Premiers de cordée si il y a un mouvement social) sera passée, et accessoirement que les autres luttes auront dépéris pendant les fêtes dans l’indifférence générale, Macron va généreusement accepter de réduire certaines taxes. Évidemment, il ne les basculera pas sur les carburants détaxés pour compenser puisqu’ils servent aux Premiers de cordée. En revanche on admirera le feu d’artifice de la nouvelle salve de suppression de services publics, sous les « on a gagné » des Gilets-Jaunes-de-la-dernière-heure qui iront claquer leur illusion de nouveau pouvoir d’achat dans les soldes de janvier…

          Mais surtout, on se donne rendez-vous aux prochaines élections quand on s’entendra dire que c’est l’extrême droite qui a fait plier Macron et fait monter le pouvoir d’achat des français en baissant leurs taxes ! Cette illusion là, elle va faire mal, et on va s’amuser pour la déconstruire !

( Ok ok, j’y vais peut-être fort, je vais perdre les paris (j’espère !) )

 

Tant de pa(vé)s... à partager !

          Alors la vraie difficulté je crois qu’elle est là :

          Il s’agit pas d’aller jouer du KravMaga avec l’extrême droite dans les rues. On n’est pas bon à ça, c’est leur terrain favoris, c’est d’une efficacité douteuse et ça serait filer un coup de main au gouvernement que de forcer les ami.e.s grévistes ambulancière.er.s et pompière.er.s à reprendre du service pour un truc aussi con.

          Il s’agit pas non plus d’arriver avec des valises de bouquins plein la tronche pour expliquer « pourquoi c’est pas ça qu’il faut faire ». C’est long, relou, ça marche pas, et de toute façon c’est trop tard jouer les profs suffisant.e.s.

          Il s’agit de descendre de nos petites condescendances, et de s’y mettre. Avec ce qu’on sait faire de mieux : la construction collective, la solidarité, le partage, et éventuellement gouter de la tonfa/lacrymo en se serrant les coudes avec les grévistes et les Gilets Jaunes dont beaucoup on surement découvert ça pour la première fois le week-end dernier.

          Parce ce que même si l’objectif officiel ( = médiatisé ) reste sur les taxes au carburant ou à la limite pousserait jusqu’aux questions de justices fiscales, on passera toujours à côté du problème. Je pense même que ça arrangerait sévère les Premiers de cordée que ça se focalise sur ce sujet là parce que ça restera le (faux) problème du gouvernement, et ça occultera toujours ceux des autres mouvements qui, eux, ciblent ouvertement les objectifs les Premiers de cordée : la casse des solidarités par l’organisation du travail dans l’entreprise, et le démantèlement des services publiques.

          Les objectifs des Premiers de cordée sont même bien plus profonds que ça, puisqu’il s’agit de la destruction méthodique de TOUTES les avancées sociales depuis la fin de la seconde guerre mondiale. C’est pas moi qui le dit, c’est l’ancien boss du MEDEF, Denis KESSLER, dans la revue Challenges du 4 octobre 2007 .

Alors je persiste et signe, capitalisme et extrême droite sont très très loin d’être ennemis ! C’est même un de leur labo favoris (à voir : la stratégie du choc, Naomie Klein )

 

 

Alors si on veut s’y mettre, récapitulons.

L’anatomie de ce contre quoi on doit se battre :

  • On connaît ce qui fait vivre les Premiers de cordée : l’argent de la consommation de tous : individu, pme, etc. (Elles.ils sont là les vrai.e.s assisté.e.s !)

 

  • On connaît leurs objectifs : démonter nos acquis collectifs et nos solidarités. C’est même plus que ça en fait : les privatiser. Parce qu’une fois privatisés, elles-ils vont nous les revendre (en moins bien et en plus cher), on n’aura plus d’autres choix que de leur racheter (Coucou les vieux EDF, SNCF, France Télécom…Ciao hopital public, école public, sécurité social… Coucou les nouvelles mutuelles obligatoires, complémentaires retraites, compteurs Linky…) . Et cet argent de NOS taxes comme de NOS cotisations sociales et patronales (nos salaires donc!) n’ira plus dans nos grandes poches collectives (l’intérêt général), mais dans les leurs (leurs intérêts individuels, privés donc), et ils sont pas nombreux : 1%! ( eux ! )

 

  • On connaît donc ce qui les fait exister : Bah oui, soit l’argent de ce qu’on consomme chacun de notre côté va dans leurs petites poches dorées individuelles (et APRES seulement s’être bien enrichis, ils peuvent jouer avec en bourse, l’investir dans ce qui les amuse ou rapporte encore plus, défiscaliser légalement – coucou les assos-écolo-socio-culturelo-qui-sauvent-le-monde (9) –, et enfin au bout du bout éventuellement, planquer ce qui reste de miettes avec de l’évasion fiscale plutôt que de faire ruisseler les miettes sur le reste de la population), soit l’argent de ce que l’on consomme individuellement nous revient collectivement et c’est nous, la majorité, qui en profitons, nous enrichissons et décidons de ce qu’on en fait. D’où des services publics dédiés à ces avantages collectifs – écoles, universités, hôpitaux, sécurité sociale, retraites, chômage, routes, recherche, énergie, etc. – et d’autres dédiés à la gestion des rentrées de cet enrichissement collectif : les services fiscaux. C’est donc bien le fait que quelques individus possèdent tous nos moyens de création de richesses (entreprises, brevets de recherche, énergies, etc. etc. etc.) et de consommation (grandes surfaces, grandes marques, stations de carburant, banques, assurances, écoles/universités privées, cliniques privées, etc.) qui est l’essence du problème! Les types nous payent pour faire tourner leurs business, on leur rend la thune (le net de nos salaires) en allant faire nos courses dans leurs magasins et en leur payant des énergies pourtant indispensable à tous (bientôt ce sera l’eau ) , et le salaire qu’on a réussi à protéger pour NOTRE bien commun (NOS cotisations et taxes) ils le pillent et le volent (puisque cet argent, c’est toujours nous qui le produisont en bossant, mais il reste dans LEURS bénéfices) pour nous faire repayer ces biens communs avec notre salaire net ! Alors pour qu’ils ne puissent plus exister, nous devrions TOUS être propriétaire de nos moyens de création de richesses, de consommation, de nos énergies. (Oui, ca s’appelle « la propriété collective » ce ne sont pas des gros mots, et non non non, ça suffit avec les « bouuuh les rouuuges » et l’agitation coco à la con ! C’est pas la Fête de l’Huma ici ! Déjà si ça avait vraiment existé plus de 10 jours quelque part ça se saurait - on se lancera là-dedans une prochaine fois si jamais ça s’avérait utile (ou pas, merci !) -, mais surtout je vous parle de concret moi avec des myriades d’exemples fantastiques comme ces reprises d’entreprises ici ou des créations d’entreprises là! Des supermarchés et magasins gérer par les consommateur eux même ici ou encore là! Des gens qui se réunissent pour financer et produire leur propre énergie , accéder à la propriété ou d’autre qui s’organisent pour devenir leur propre fournisseur d’accès à internet… bref ! )

 

 

Nos atouts :

  • Nos savoir faire collectifs

 

  • Nos relais médiatiques

 

  • De sales souvenirs frais, visibles et bien connus pour les Premiers de cordée (NDDL et Nuit Debout entre autres)

 

  • Nous sommes apartisan.te.s

 

  • Et plein d’autres, faites vous plaisir, y a de quoi faire

 

 

Nos freins :

  • Une petite suffisance (mais des bonnes intentions ! )

 

  • Une grosse pétoche que ça marche pas (mais sans essayer on saura jamais). Et puis si ça foire on se sera quand même marré à leur flanquer une belle trouille… et on a d’autres petites victoires passées, en cours et à venir pour se tenir chaud.

 

 

Un coup de pouce en particulier :

  • La surmédiatisation bien orchestrée a de l’inertie, et l’excès de zèle des Premiers de cordée sur ce point peut-être un sérieux avantage pour nous (et un vilain retour de flamme pour eux)

 

 

Notre calendrier :

  • Bon, le gros coup de boycott sur Black Friday c’est loupé, mais il a pris un pti pavé derrière l’oreille quand même

 

  • Les élections européennes c’est dans 6 mois

 

  • La période est top, les Gilets Jaunes comme les autres mouvements sont chauffés à bloc, et tous organisent des actions partout. Y a l’embarras du choix pour quelques semaines ou quelques mois

 

  • Le 8 décembre : marches pour le climat

 

  • Le 1er décembre, c’est samedi, et syndicat comme Gilets Jaunes sont sur le coup. C’est pas beautiful ça ?

 

 

Notre arme de luxe :

  • Une méga envie autant qu’une méga expérience de la démocratie (la vraie !) dans cette société. Et quand c’était dans nos petits entre soi (déjà rock’n’roll faut bien l’admettre), on le savait déjà tous : c’était de l’entrainement pour nos espoirs d’une société plus juste. Et bien je crois que c’est le moment de passer au niveau du dessus. En plus, on a la chance d’avoir des penseu.se.r.s intelligent.e.s et sympa avec nous qui définissent la démocratie de manière claire et opérationnelle (10) :

 

« Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c'est-à-dire traversée par des contradictions d'intérêt et qui se fixe comme modalité, d'associer à parts égales, chaque citoyen dans l'expression de ces contradictions, l'analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d'arriver à un arbitrage »

         

          Donc si on l’applique à notre (hypotétique) classe sociale qui va devoir être capable d’agir politiquement pour se sauver les miches et tenter un avenir plus radieux (mais moins chaud) pour ses enfants :

  • « se reconnaît » : c’est en cours (à condition d’avoir un peu d’humilité)

 

  • « divisée, c’est à dire traversée par des contradictions d’intérêts » : elle l’est

 

  • « se fixe comme modalité, d'associer à parts égales, chaque citoyen dans l'expression de ces contradictions, l'analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions » : c’est ce qu’on sait faire de plein de manière et qu’on peut apporter de plus fort

 

  • « en vue d'arriver à un arbitrage » : Rendez-vous les 26 mai pour les européennes !

 

 

Une première étape ?

          On se retrouve dans les rues le 1er décembre, et pourquoi pas terminer avec un « Coucou c’est re-nous, ça vous dit on reste un peu faire de la démocratie joyeuse cette nuit ? ». Et on en trouvera ensemble des idées pour la suite…

 

 

Un coup de pied au cul :

          Je ne peux que vous partager celui que j’ai pris le 6 avril dernier à Nevers au Café Charbon. Il était aussi magistral que magnifique, et je remercie encore infiniment Jack Simard de me l’avoir collé avec autant de poésie et de talent.

 

Choisis © Jack Simard

 

          Bon sur ce, c’est pas tout ça, j’ai mon CV à refaire et un mail relou à pondre pour expliquer une nouvelle fois à Pôle Emploi que non, la nouvelle offre qu’ils m’ont envoyé, je ne peux toujours pas y répondre positivement parce que j’y connais rien, c’est pas mon métier ni mes études, et que c’est à 840 bornes de là où je viens de leur dire que j’ai déménagé…

 

          On se retrouve samedi ?

 

 

Un.e parmi tant d'autres

 

 

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 Notes

(1) Alors oui, grève de la conso une journée ça fait un peu économie de comptoir dit comme ça, mais n’empêche que le boycott, ça marche grave ! Suffit de regarder le Maroc depuis quelques mois : Ça a démarré sur les réseaux sociaux plus ou moins de la même manière, puis ça s’est étalé dans le temps, et au bout du compte c’est plus le gouvernement qui dit “je vous ai entendu“, ce sont les PDG (français en particulier), et bizarrement là les prix baissent nettement plus efficacement ( https://www.franceinter.fr/…/maroc-danone-vend-a-prix-couta… ). Même BFM en a parlé c’est dire hahaha (et faut apprécier le titre de l’article : https://bfmbusiness.bfmtv.com/…/boycott-de-danone-au-maroc-… ).

 

(2) Quand t’es dans l’urgence, la colère, l’adrénaline d’un mouvement social qui s’amorce, t’as envie d’être dans l’action, que ça gueule, que ça bouge, de sentir le groupe en énergie ! Pas de te bouffer des pseudos cours d’éco, de socio ou de sciences po pour bien être sûr d’avoir tout pigé des nuances de ce qui est en train de se passer ! Surtout quand tes profs improvisés/potes-de-manif sont des étudiants qui ont peut-être tout compris mais qui devraient enlever leur t-shirt du Che avant de parler, ou des vieux Trotskistes à collier de barbe/béret à pin’s (rayer la mention inutile) qui en sont à leur 37e appel à la grève générale sans avoir jamais capter pourquoi ça marchait pas comme ça… En gros, soit t’as du bagage bien avant l’action et tu le concrétises quand ça bouge (par exemple, en marquant le trait, avec Lordon et Ruffin sur Nuit Debout, qui se sont retrouvés au devant de la scène en apportant de leur matière intellectuelle), soit t’as bougé dans un mouvement qui te parlait à priori et il y a eu au moins une petite victoire, et là t’as envie d’approfondir. Oui parce que par contre si tu bouges à priori et que tu perds, là c’est l’immobilisme totale : y a jamais eu autant de monde pour aller bouffer des conf’ d’économie de Lordon et autres intellos de gauche dans la foulée de Nuit Debout, par contre comme on a quand même pris la loi El Khomri dans la gueule, tout s’est arrêté net. Et surtout quand on nous a renvoyé la même en plus fort par ordonnance quelques mois après, personne n’a bronché, (in)formé.e.s dans des conf’ avant ou pas.

 

(3) : Ce sont, au petit bonheur, soit des militants d’extrême droite avec leurs drapeaux, soit quand les faits viennent le contre-dire, des « suiveurs provinciaux ». On apprécie le ton du Figaro ici .

 

(4) Oui y a aussi le Service Public dedans, mais comme on connaît leur boss ^^ et puis même quand les sensibilité sont de gauche, c’était quand même pas la même salade sur France Inter avec Par Jupiter ! qu’avec Là-bas si j'y suis ! Enfin je veux dire, ça me fait marrer Par Jupiter ! C’est cool, je partage les chroniques de Guillaume Meurice avec plaisir (en plus il est hyper intéressant par ailleurs), et tout et tout, mais y a une émission qui m’envoyait 50min de Sciences Politiques appliquées en me donnant envie d’aider des gens, et l’autre qui me fait un effet putaclic en partageant quelques minutes de rigolade avec les potes. Et ce genre de choix éditorial, ça n'arrange, ne dérange et ne fédère pas les mêmes personnes non plus.

 

(5) C’est mécanique, plus une info occupe l’espace plus elle s’installe dans la réalité. Et le sujet n’est pas d’en parler en bien ou en mal, il est juste d’en parler. N’importe quel écrivain dira qu’il préfère une mauvaise critique que pas de critique du tout. Mauvais ou bonne, elle fait vendre ! Regardez Zemmour, il s’est fait dézingué de partout pendant des semaines, résultat numero 1 des ventes en deux semaines : http://www.leparisien.fr/…/zemmour-numero-1-des-ventes-de-l… . L’info réellement efficace c’était « partout pendant des semaines ». Juste comme ça on avait déjà eu le coup avec Sarko : des manif anti-sarko toute l’année ? Des affaires dans tous les sens ? Ouai, on parlait que de lui, et paf, Sarko président. Et Macron l’inconnu superstar https://www.lesinrocks.com/…/emmanuel-macron-tant-de-unes-…/

 

(6) Focus sur le milieu culturel deux secondes : des engagements forts (http://www.agenda21culture.net/fr ), la solidarité, l’émancipation, la liberté d’expression, l’écologie, la démocratie et la révolution aux lèvres et dans chaque édito de programme de salles ou de festivals, mais on cherche toujours ces structures culturelles dans les mouvements sociaux de plus grande ampleur que leurs batailles estivales pour leur paroisse (ne serait-ce qu’en amplificateurs ou relais affirmés). Et ce même si leurs intermittents sont redoutable d’efficacité, et leurs victoires toutes aussi belles… https://gazettedebout.fr/…/livre-nuit-debout-culture-assou…/ Pour vu que ça change et que les valeurs rejoignent un peu plus les actions... (“ouai non mais quand même t’es chier! Nous on a fait… “ Maaaaaiiis euh ! Je parle du milieu culturel dans son ensemble ! , allez dont lire Emma aussi )

Mais quand même sans déconner, avec tous les outils insurrectionnels dont l’histoire et les formes de ce milieu fourmillent, je n’en suis toujours pas revenu d’avoir lu une arnaque intellectuelle aussi nase que « quand la révolution est impossible, il nous reste théâtre »… (détails ici : https://blogs.mediapart.fr/…/il-se-passe-quelque-chose-sauf… , là : https://blogs.mediapart.fr/…/nuit-debout-et-la-culture-de-l… , ou là : https://blogs.mediapart.fr/…/lettre-ouverte-aux-artistes-de… ) Augusto Boal, créateur du Théâtre de l’Opprimé, qui utilisait le théâtre comme outil de la révolution en donnant le pouvoir aux opprimés aurait foutu un sacré bordel dans sa tombe s’il avait entendu ça …

 

(7) En gros (à la hache) y a un super bouquin d’un type assez passionnant (« La Société Civile : le 3e pouvoir », de Nacanor Perlas), dans lequel il décrit l’organisation des jeux de forces de la société à travers trois grandes sphères de pouvoirs : La sphère politique (gouvernements, institutions publiques), le pouvoir économique (le monde des affaires), et la sphère culturelle (calmez-vous les cultureux, c’est pas QUE vous kiss! C’est au sens plutôt anthropologique, il s’agit grossomodo de toutes les forces sociales organisées qui n’appartiennent pas aux autres sphères, qu’il appelle aussi La Société Civile). Et le constat serait que les sphères politiques et économiques étant très organisées et conscientes d’elles mêmes, les échanges entre elles sont extrêmement facilités, influant donc énormément l’une sur l’autre (bonjour les conflits d’intérêts qui n’ont pas l’air de les déranger, et les transfert publics/privés à pont d’or récurents en guise de pré-retraite), là où la sphère culturelle, la Société Civile, ne l’est pas du tout, expliquant sa mise à l’écart de plus en plus forte des grandes décisions politique. Et cette absence (ce refus ?) d’organisation de la part de la Société Civile serait en train de changer parce que les tensions générées à son encontre par les pouvoirs politiques et économiques qui s’éloignent de plus en plus ses intérêts la pousse à créer son/ses propre/s modèle/s et à s’organiser. Et pour lui cette prise de pouvoir de la Société Civile va totalement changer le visage de la société parce que : ses membres sont plus nombreux, elles.ils sont conscient.e.s des enjeux environnementaux, sociaux parce que beaucoup plus proches de ces problématiques, elles.ils ont des alliés non négligeable dans les autres sphères. Et cette prise de pouvoir va se faire en trois étapes : - étape 1 : des mouvements sociaux de grande ampleur rassemblant aussi les entités organisées actives politiquement de la société civile (assos, ONG, syndicats, etc.) opposant un groupe de valeurs communes aux valeurs de ce qu’il appelle « la mondialisation élitaire » (dingue comme ça sonne bien « Premiers de cordée » ! ) - étape 2 : les tenants de ces mouvements sociaux diffusent leur groupe de valeurs communes à toutes les autres strates de la société civile (médias, universités, groupes religieux, apolitiques, etc.). C’est à ce moment là que la société civile constitue la sphère qu’on peut appeler Culturelle. - étape 3 : Les valeurs de la sphère culturelle atteigne les sphère politiques et économiques, les obligeant à des rapport de forces équivalent, rendant obsolète le principe même de Premiers de cordée. Intéressant au regard de ce qui se passe n’est-ce pas ? (même si bien sûr la réalité semble un peu plus complexe et rugueuse)

 

(8) Bon, et qui ressemble quand même beaucoup à ce que la psychologue/chercheuse Sherry Anderson et le sociologue Paul Ray appellent “Les Créatifs Culturels“ dans leur bouquin « L’émergence des Créatifs Culturels, enquête sur les acteurs d’un changement de société » chez Yves Michel ici .

 

(9) Plutôt que ce soir 1% de la population qui décide de défiscaliser en soutenant l’art (au cas certain.e.s se demanderaient pourquoi: https://youtu.be/ixSI7qD-Z1s ) ou la « cohésion sociale » (petit jeu : quelle est la différence entre « soutenir la “cohésion sociale“ et soutenir “la solidarité“ ? Coup de main : https://youtu.be/8oSIq5mxhv8 ), si ce 1% de la population mettait cet argent dans ses impôts, c’est tout le monde déciderait de où va cet argent. Et même si l’art c’est beau et que même ça peut être très bénéfique pour la société, il est possible que la majorité (et plus que 1% c’est pas dur) préfèrerait avoir son mot à dire et éventuellement choisir pour cette année d’utiliser l’argent pour rouvrir l’école ou le service hospitalier qui viennent de fermer plutôt que d’inaugurer le nouveau Centre d’Art Contemporain de la Gigagglo locale labellisé par le ministère de la Culture (et de la Com’ ). Ca vaut aussi pour un paquet de fondations caritatives dont l’objet devrait être notre priorité à tous, et pas seulement reposer sur les épaules de véritable superhéro.ine.s obligé.e.s de se mettre à poil et de sacrifier leur existence à quémander du blé aux plus aisé.e.s à coup de paillettes pour qu’elles.ils daignent enfin faire avancer la recherche pour la santé d’autres qu’eux (qui, en passant, soignera les maladies dont elles.ils sont responsable… mais comme c’est eux qui fabriqueront et vendront les médocs… )

 

(10) En l’occurrence cette définition s’appuie sur le philosophe Paul Ricoeur, mais la source exacte je ne la connais pas… j’ai parfois entendu dire que c’était le philosophe Luc Carton qui l’avait formulée comme ça, d’autre fois que c’était la chercheuse en éducation populaire Alexia Morvan dans sa thèse (passionnante d’ailleurs http://octaviana.fr/document/172299233 ) mais je ne l’ai pas trouvé dedans… donc si certain.e.s ont l'info...

 

 

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